Les outils de la parentalité positive

Éduquer sans punir : les outils

Les outils de la parentalité positive

Quels outils pour susciter la coopération et poser des limites en bienveillance ?

Sur ce blog, je vous ai expliqué que l’enfant ne faisait pas de caprices, que ceux-ci étaient simplement le reflet de l’incompréhension de l’adulte de son « monde », du fonctionnement de son cerveau et de ses besoins. Je vous ai déjà parlé des méfaits des méthodes éducatives autoritaires traditionnelles (cris, menaces, fessées et autres violences physiques, punitions), notamment sur le développement du cerveau de l’enfant, sur le développement de sa confiance en lui-même et en l’autre, sur la relation parent/enfant. Je vous ai parlé de leur inefficacité sur le long terme et du manque de responsabilisation. Je vous ai présenté la parentalité positive, qui offre de formidables outils pour éduquer sans punir, des outils qui invitent à la coopération et mettent de côté les rapports de force pour avancer main dans la main avec son enfant, le guider dans le respect, et surtout sans violences. Des outils qui permettent de poser les limites nécessaires sans qu’elles soient perçues comme des contraintes par l’enfant. Des outils qui permettent d’autonomiser et de responsabiliser. Mais ces outils-là, je ne vous les ai pas encore présentés dans le détail ! Or je sais à quel point il est important de les connaître pour ne pas perdre pieds dans la bienveillance. La question : « ne pas punir ni menacer, d’accord, mais on fait comment alors ? » est fréquente, et je la comprends tellement puisque je me la suis posée aussi !

Je vais donc tenter ici de vous constituer une sorte de « boîte à outils » de la parentalité positive, pour présenter ces astuces qui permettent de susciter la coopération et de poser les limites nécessaires en bienveillance, dans le respect de l’enfant. Pour un quotidien plus doux pour toute la famille ! :) Ils ont (presque) tous été testés et approuvés chez nous (pour rappel, mon P’tit Loup a 27 mois).

J’appelle cela « boîte à outils », parce que les techniques qui vont être présentées sont combinables à volonté. Pour une situation donnée, il vous faudra probablement piocher et cumuler plusieurs de ces techniques, et c’est la pratique qui vous indiquera ce qui, pour chaque situation, fonctionne le mieux pour vous et votre enfant.

Attention, je vous préviens que cet article est très long! Je m’en excuse, mais je voulais cet article complet et le sujet est vaste…

POUR SUSCITER LA COOPÉRATION

Montrer l’exemple

C’est la base ! Il faut savoir que pour un tout petit, un acte vaut 1000 mots. Il peut avoir encore du mal à intégrer et respecter certaines consignes. Par contre, il apprend énormément par l’exemple ! Par ses neurones miroirs, il intègre inconsciemment les comportements des adultes qui vivent avec lui, et les reproduit. N’avez-vous pas remarqué comme les tout petits imitent nos moindres faits et gestes ? Vous voulez que votre enfant prenne l’habitude de ranger ses affaires ? Veillez à bien ranger les vôtres. Vous souhaitez qu’il retire toujours ses chaussures dès son arrivée dans la maison, qu’il aille systématiquement se laver les mains avant et après chaque repas ? Veillez à toujours faire de même. Et surtout, si vous voulez que votre enfant apprenne à communiquer dans le calme lorsqu’il n’est pas d’accord, faites-en de même et ne criez pas après lui lorsqu’il fait quelque chose qui ne vous plait pas !

Formuler les consignes de manière positive

Ceci est très important pour plusieurs raisons :

  • Un tout petit (jusqu’à 2 voire 3 ans) peut avoir beaucoup de mal à comprendre les tournures négatives. Si on lui dit « ne monte pas sur cette table », il entendra surtout « monter » et « table », et donc pensera qu’il peut y monter !
  • Même s’il comprend réellement le sens de la phrase, la tournure négative attire son attention sur ce qu’il ne peut pas faire. Son cerveau va donc visualiser l’action interdite, et alors il aura envie de la faire ! Si je vous dis de ne pas penser à une girafe, à quoi pensez-vous ? Lorsque vous voyez un panneau « NE PAS TOUCHER » dans un magasin, n’avez-vous pas une envie dévorante de toucher, justement ? De plus, le cerveau de l’enfant ne lui permet pas encore d’inhiber ses impulsions comme nous le faisons. Simplifions lui la tâche en lui indiquant ce qu’il PEUT faire, plutôt que ce qu’il ne peut pas faire ! En lui disant simplement « descend de la table », il visualisera l’action et le fera presque automatiquement !
  • Les tournures négatives sonnent comme des interdictions, or personne n’aime se voir interdire des choses, limité dans ses entreprises. Les enfants comme les adultes ! Une consigne positive permet de poser une limite sans en avoir l’air d’en donner une. L’enfant est donc beaucoup plus réceptif et enclin à coopérer !

Voici un petit tableau de quelques phrases clé, pour que vous saisissiez bien l’idée !

outil coopération consignes positives

Au début, ce n’est pas évident et chacune de ces phrases demande un réel effort. Pas facile de bannir nos réflexes ! Mais à force de pratique, cela devient rapidement un automatisme. C’est simplement une gymnastique à prendre :) .

Précisons également que l’intonation de la voix est extrêmement importante ! Un petit « tu descends de la table ? » sur le ton de la discussion aura bien plus de chances d’inviter à la coopération que de crier « DESCEND DE LA TABLE !!!! », ce qui sera perçu comme un ordre menaçant. Il est important d’avoir en tête qu’on ne cherche pas ici à se faire obéir par la peur (ni à se faire obéir tout court d’ailleurs) : on cherche à gagner la coopération consciente de son enfant :) .

Donner des consignes claires et adaptées à l’âge de l’enfant, et les répéter !

Il est normal que les tout petits aient besoin qu’on leur répète souvent les consignes avant de les assimiler pleinement. Il faut donc être patient ! Cela finit toujours par payer ! Il y a des consignes que j’ai répétées souvent à la maison, mais que maintenant mon P’tit Loup a totalement assimilées et me répète de lui-même !

Pour un tout petit, il est particulièrement important de formuler des demandes précises. L’idéal est de procéder par étapes. Par exemple, plutôt que de dire « range ta chambre », on peut lui demander de ranger ses vêtements, puis, une fois que c’est fait, lui demander de ranger ses livres, et enfin ses jouets. S’il est vraiment petit, on l’accompagnera par notre présence et on pourra lui donner les indications nécessaires au fur et à mesure. Les attentes doivent être réalistes selon l’âge de l’enfant !

Enfin, il est important de passer du temps à expliquer le pourquoi des consignes, surtout si l’enfant ne semble pas en saisir l’importance. L’idéal étant de choisir un moment où tout le monde est calme est disposé ! Par exemple, mon P’tit Loup était réticent à se brosser les dents ces derniers temps. L’autre jour, j’ai pris un moment pour lui expliquer que se brosser les dents, c’était un peu comme arroser les plantes (parce que ça il a bien compris !) : il faut s’appliquer à le faire tous les jours pour en prendre soin, pour qu’elles restent belles et en bonne santé. J’ai l’impression que cette explication a aidé lors des brossages suivants ! Et puis, les tout petits raffolent de ce type d’échanges avec leurs parents !

Le dire en un mot

Nous avons tendance à faire de longs discours (et parfois moralisateurs) aux enfants, mais ils n’y sont pas du tout réceptifs, d’autant plus s’ils sont tout petits ! Souvent, communiquer l’action désirée en un seul mot aura bien plus de chances de susciter la coopération.

Plutôt que de dire « Maintenant Jean, tu mets ton manteau, dehors il fait froid, tu vas être malade, blablabla »…. Vous pouvez simplement dire : « Jean, manteau ! » (avec un ton chaleureux, bien évidemment).

Instaurer des routines et des suites de gestes

Instaurer des routines et des suites de gestes à différents moments de la journée est une excellente manière de gagner la coopération de son enfant, qui fera les choses par automatisme. À force, il intégrera ces routines et réalisera ces gestes de lui-même sans qu’il n’y ait besoin de les lui répéter ! C’est super pour l’autonomie ! Lorsque nous rentrons à la maison après une balade, la plupart du temps, mon P’tit Loup retire ses chaussures, les range, puis va se laver les mains, sans que nous n’ayons besoin de le lui dire ! Merci la routine ! 😉 En cas de réticence à la coopération, le simple fait d’énoncer la routine peut débloquer la situation.

J’avais consacré un article sur le sujet , je ne développe donc pas plus ici et vous y renvoie ! 😉

Guider les gestes

Cette technique est particulièrement adaptée pour les tout-petits. Par exemple, au lieu de dire « Ne va pas là ! », on peut simplement lui prendre les mains et le guider dans la bonne direction « par là plutôt ». Plutôt que de dire « Ne touche pas à ça », on peut lui prendre doucement l’objet des mains en disant « attend, cette objet est vraiment fragile » et lui en donner un autre : « prend celui-là plutôt ». En procédant ainsi, l’enfant se sent davantage guidé/accompagné que contraint/limité : cela fait toute la différence !

Cela peut aussi être utile pour encourager la réalisation de certaines tâches. En ce moment, je sais que si je demande à mon P’tit Loup de se brosser les dents, je vais essuyer un refus net, mais si, lorsqu’il est dans la salle de bain pour se laver les mains, j’enchaîne en lui donnant sa brosse à dent et son dentifrice, il se brosse les dents sans soucis 😉 . S’il refuse de ranger, je n’insiste pas, mais je lui propose que nous le fassions ensemble, je commence à m’exécuter, je lui propose une tâche précise (« je prends le papier et tu prends les feutres ? », et 9 fois sur 10 il vient m’aider :) .

Plutôt que de donner des ordres, amener l’enfant à réfléchir à ce qu’il doit faire

Personne n’aime se voir donner des ordres, les enfants comme les adultes, et tout particulièrement les enfants d’environ 2 ans, qui ont besoin d’affirmer leur identité et de se différencier de leurs parents. Alors, plutôt que de lui donner un ordre, pourquoi ne pas lui exposer le problème et l’amener à trouver la solution de lui-même ? En procédant ainsi, on lui laisse un espace de décision personnelle, il se sent acteur et cela change tout pour lui ! Il n’a plus de raison de s’opposer ! De plus, on l’invite à mobiliser son cerveau frontal, celui qui permet de penser/de décider/d’anticiper… et de devenir responsable ! C’est donc pour lui un excellent exercice pour construire son intelligence et apprendre à prendre des décisions de manière autonome.

Il y a différentes manières de s’y prendre, et celles-ci sont évidemment à adapter selon l’âge de l’enfant. On peut :

  • Poser des questions de curiosité (selon le terme de Jane Nelson, auteure de La discipline positive). C’est une astuce que l’on utilise en permanence chez nous ! Par exemple, pour amener un enfant à se laver les mains après le repas, on peut lui dire : « tes mais sont propres ou sont sales ? ». Il y a de bonnes chances pour qu’il réponde « sales », et alors on peut lui répondre « et que peux-tu faire pour qu’elles soient à nouveau propre » ? Il y a alors de bonnes chances pour qu’il aille de lui-même se laver les mains. S’il répond « se laver les mains » sans y aller, on pourra enchaîner : « et où se lave-t-on les mains » ? etc. Ce peut être aussi un fonctionnement par associations : « Que fait-on juste après manger » => « On va se laver les mains ». De la même façon, avant de sortir, plutôt que de demander à son enfant de mettre son manteau/ses bottes/son bonnet, on pourra le questionner sur le temps qu’il fait dehors, et l’inviter à réfléchir à la meilleure manière de s’habiller en conséquence. De même, en disant « où range-t-on les chaussures ? » plutôt que « range tes chaussures ! », on aura bien plus de chances de gagner la coopération de son enfant ! En imaginant l’endroit où il range d’habitude ses chaussures, c’est tout naturellement qu’il ira les y ranger…

Voici un petit tableau récapitulatif reprenant quelques phrases du quotidien :

Exemples de questions de curiosité

  • Décrire. Au lieu de dire « range tes jouets », on pourra simplement dire, sans pression « il y a des petites voitures au milieu du salon ». Cela fonctionne vraiment très bien avec mon P’tit Loup ! Si nous lui disons « il y a de l’eau par terre », il va chercher l’éponge pour essuyer, si en fin de repas nous lui disons « ta fourchette est restée sur la table », il va la mettre dans le lave-vaisselle…
  • Donner des renseignements. Si l’enfant ne sait pas comment faire, on peut ajouter après « ta fourchette est restée sur la table » : « à la fin du repas, les fourchettes se rangent dans le lave-vaisselle ». Au lieu de dire « retire cette serviette du lit ! », on pourra décrire : « il y a une serviette mouillée sur le lit » puis ajouter : « elle mouille ma couverture ». Au lieu de dire « range cette bouteille de lait », on pourra dire « le lait tourne lorsqu’il n’est pas dans le frigo ». (Ces deux derniers exemples proviennent de Faber & Mazlish et s’appliquent évidemment à des enfants plus grands).

Donner des renseignementsOffrir des choix fermés

Encore une fois, personne n’aime se voir donner des ordres. Mettre l’enfant en position de décider des petites choses lui permet de se sentir acteur, de sentir considéré (son opinion a de l’importance). C’est lui donner la possibilité de faire les choses comme il les aime (ou du moins telles qu’il les préfère), et du coup lui donne davantage envie de coopérer. De plus, cela lui apprend à faire des choix, et en ce sens l’autonomise ! Si mon P’tit Loup refuse de changer sa couche, je lui demande s’il préfère la changer allongé ou debout. Parfois, cela suffit pour qu’il coopère ! S’il ne veut toujours pas, je lui laisse le choix du moment : « tu préfères la changer avant ou après le petit-déjeuner ? » S’il n’a pas envie de faire sa toilette le matin, je lui propose de choisir son gant de toilette (le jaune ou le bleu ?), il adore, et la plupart du temps, une fois le gant choisi, il fait sa toilette ! Lorsqu’il s’habille (il n’est jamais très motivé en ce moment), je lui propose presque systématiquement de choisir sa tenue du jour entre deux tenues, ça aide ! Il y a eu une période où le brossage de dent était compliqué, alors nous le laissions choisir entre se brosser les dents debout devant son petit lavabo, ou assis sur notre grand lavabo… Vous l’avez compris, il ne s’agit pas là de laisser l’enfant décider de tout, mais de lui proposer de choisir entre deux ou trois options qui nous conviennent à nous aussi. Les choix peuvent être très utiles également pour limiter quelque chose dans la durée : « tu préfères faire encore 1 tour ou 2 tours de toboggan avant de partir ? » sera bien probablement bien mieux accueilli que « maintenant, fini le toboggan, on y va ! ».

Choisir le bon moment/le prévenir en amont

Choisir le bon moment pour demander à l’enfant de réaliser une tâche est important pour qu’il coopère : si on lui demande d’aller prendre son bain alors qu’il est au beau milieu d’une activité très importante pour lui, forcément, il ne voudra pas y aller ! Nous adultes n’aimons pas non plus être coupés dans une tâche importante ! Et en plus, les enfants vivent vraiment ancrés dans l’instant présent, ont du mal à se projeter… Dans ce cas, mieux vaut le laisser terminer ce qu’il est en train de faire avant de le lui demander. S’il risque d’y en avoir pour longtemps, alors on pourra le prévenir en amont (« encore un petit peu, et ensuite on va aller au bain »), puis « encore une dernière construction, et ensuite on va aller au bain ». La phrase « dès que tu es prêt », est également assez magique : l’enfant est prévenu qu’il devra bientôt arrêter pour faire telle ou telle chose, tout en sentant qu’on le respecte et qu’on respecte ses activités. Depuis quelques temps, je l’utilise avec mon P’tit Loup avec beaucoup de succès, et honnêtement, je ne pensais pas que ce serait possible si tôt ! Je lui dis par exemple : « Je vois que tu es très occupé avec tes duplos. Mais après, il faudra aller t’habiller. Je vais t’attendre dans ta chambre, viens me rejoindre dès que tu es prêt ». Je prends de l’occupation avec moi (un livre, mon ordinateur…), et au bout d’un petit moment (ce peut être 5 ou 15 minutes), il vient me voir dans la chambre en disant « je suis prêt » ! :) Comme il est encore très petit, je pense qu’il ressent assez vite un manque de ma présence aussi, cela doit aider, mais tout de même ! Bien sûr, cette manière de procéder est adaptée si l’on n’est pas pressé. Dans le cas contraire, il faudra procéder autrement 😉 .

Rendre l’action à réaliser super attrayante à ses yeux !

On est encore et toujours dans l’esprit « positif » ! Plutôt que de dire « Bon maintenant ça suffit, tu arrêtes, maintenant il faut que tu prennes ton bain » et ainsi attirer l’attention sur le côté désagréable de la chose (il doit mettre fin à l’activité en cours), on va attirer son attention sur le côté génial de la chose qu’il va faire ensuite : « tu pourras faire des grosses vagues dans le bain » « tu pourras faire des bulles » « on pourra prendre ton sous-marin que tu aimes tant » « on va bien s’amuser »… J’utilise beaucoup cette astuce pour sortir de la maison aussi : j’essaie de susciter des images mentales de mon P’tit Loup sur toutes ces super choses qu’on fera lorsqu’on sera arrivés à destination, pour qu’il puisse se projeter : « tu pourras faire du toboggan et de la balançoire », « on prendra le goûter sur un banc comme tu aimes »… (Lorsqu’il était plus petit, il m’est même arrivé de « vendre » une sortie en ville en parlant des chiens et des pigeons qu’il verrait sur sa route ! 😉 ).

Pour un bébé ou un bambin qui refuse qu’on l’allonge sur la table à langer (c’est très fréquent), on peut utiliser la distraction avec des chatouilles, des chansons, bref, en faire un moment de jeu pour qu’il coopère avec plaisir !

Pour un enfant qui refuse de s’habiller, on peut aussi rendre la tâche ludique, par exemple en utilisant un sablier : il doit avoir terminé avant la fin du sablier, ou encore compter jusqu’à 10…

Le laisser faire seul

Souvent, entre 1 et 3 ans, l’enfant refuse de coopérer tout simplement parce qu’on cherche à faire à sa place quelque chose qu’il voudrait faire seul ! Que ce soit par habitude ou pour aller plus vite, cela nuit à son développement, à ses apprentissages, et l’empêche d’affirmer sa personnalité, alors forcément, il s’oppose ! Dans ces cas, simplement le laisser faire seul (quitte à fignoler le travail ensuite) suffit à débloquer la situation !

Dans certaines situations, le laisser faire seul lui permet également de conserver son intégrité. Certains gestes qu’on impose aux enfants peuvent être ressentis comme une réelle intrusion ! Mon P’tit Loup n’aime pas qu’on lui essuie la bouche après le repas. Mais si on l’emmène devant le miroir pour lui montrer les petites traces de nourritures autour de sa bouche, il prend son gant de toilette et se débarbouille seul avec plaisir :) .

POUR NE PAS DIRE NON… SANS DIRE OUI !

La croyance est répandue qu’il faille dire NON aux enfants pour leur poser des limites. Effectivement, on ne peut pas dire oui à tout, mais il existe d’autres manières de décliner une demande. Le « NON » tel qu’on le connait (fort, ferme, sourcils froncés voire en levant le doigt), est néfaste pour l’enfant. Il le renvoie à une image négative de lui-même (« j’ai fait quelque chose de mal, je suis mauvais »), ce qui à la longue nuit à son estime de lui-même. Comme les tournures négatives, il attire l’attention sur ce qu’il ne peut pas faire, ce qui lui donne l’envie de le faire.

Pour éviter le « non » sans accepter la demande de l’enfant pour autant, il y a plusieurs techniques.

Par exemple, si votre enfant vous demande un carré de chocolat et que vous souhaitez refuser, plutôt que de dire « non » (ce qui risque d’entraîner une crise s’il est tout petit), vous pouvez dire :

  • « Oui (mais)… »: « oui, tout à l’heure au goûter, tu pourras avoir un carré de chocolat »
  • « Oui, le problème, c’est que… »: « Oh oui, je vois que tu as très envie de manger un morceau de chocolat ! C’est vrai que c’est délicieux le chocolat ! Le problème, c’est que là, on va bientôt dîner, et le chocolat te couperait l’appétit. Mais demain matin, tu pourras en manger un. Tu voudras manger un morceau de chocolat aux amandes, ou aux noisettes ? »
  • Rêver avec lui/discuter, puis attirer son attention sur autre chose : « oh oui, c’est délicieux le chocolat, tu adores ça toi ! Quel est ton préféré, celui aux amandes ou celui aux noisettes ?… » et ensuite : « viens, on va se préparer pour aller au parc, ça va être super, tu pourras faire du toboggan… ». Les enfants sont tellement friands de ces échanges avec leurs parents que souvent, ils s’en contentent largement ! Le fait de rêver ensemble leur permet de sécréter des molécules de plaisir et satisfait leur besoin de divertissement du moment ! Il m’est arrivé souvent d’esquiver des crises imminentes parce qu’on mon P’tit Loup voulait manger des choses qu’on n’avait pas à la maison, juste en en parlant (« ah oui, c’est bon les fraises, tu préfères les grandes ou les petites ? »). Honnêtement, la première fois, je n’en revenais pas ! Je pensais que j’allais peut être le frustrer encore plus, mais non ! Cela fonctionne vraiment !
  • Poser des questions l’amenant à réfléchir et à dire le « non » de lui-même: « Ah oui, tu as très envie de manger du chocolat !» « Mais est-ce que c’est la journée ou est-ce que c’est le soir ? » => « c’est le soir ». « Et le soir, on mange du chocolat » ? => « Non ! ». « Ah, bah oui tu as raison, le soir on ne mange pas de chocolat voyons… » (avec le ton humoristique qui va avec…). Cette technique fonctionne vraiment très bien chez nous. Par exemple, si mon P’tit Loup me demande explicitement de manger son goûter debout dans le salon (la règle chez nous est que l’on mange assis à table), je vais lui répondre « manger le goûter debout dans le salon ? Quelle drôle d’idée ! C’est comme ça qu’on mange le goûter ? » en sur-jouant un peu voire même beaucoup 😉 . En général il va rire et me répondre « ah bah non ! On mange assis à table », puis aller s’asseoir à table… (Bon, évidemment, cela ne fonctionne que si c’est de cette manière que les choses ont été instaurées dans le foyer, et pour tout le monde. Si vous avez l’habitude de manger du chocolat le soir à la maison devant votre enfant, ça ne fonctionnera pas 😉 ).

Enfin, si vraiment, malgré vos efforts, l’enfant ne supporte pas votre refus et part en crise, accueillez simplement son émotion avec empathie : « Oh, tu es très frustré et en colère, tu aurais aimé manger du chocolat. Je comprends, c’est bon le chocolat. Ce doit être très difficile pour toi mon chéri… Est-ce que tu veux un câlin ? ».

Enfin, pour arrêter l’enfant dans son élan, un STOP sera plus efficace et mieux reçu qu’un NON.

ET S’IL REFUSE MALGRÉ TOUT DE COOPÉRER/ A UN COMPORTEMENT INAPPROPRIÉ ?

Se questionner sur le bien-fondé de la règle/limite, et apprendre à lâcher prise si nécessaire

Parfois, nos demandes ne sont tout simplement pas adaptées aux besoins ou aux capacités de l’enfant. Qu’un enfant de 2 ans ait du mal à rester assis en silence tout le long d’un long repas est NORMAL. Ce qui l’est moins, c’est d’en demander tant d’un enfant de cet âge ! Qu’un enfant de 18 mois mette de la nourriture partout quand il mange ou se salisse dehors est NORMAL. Et puis, est-ce si grave ? Que le bébé veuille absolument toucher tel ou tel objet pour le découvrir est NORMAL. Est-ce si grave ? Cet objet est-il vraiment fragile ? Il refuse de manger ou dormir, mais le contraindre est-il vraiment la solution ? Et est-ce si grave si pour cette fois il mange moins/dort moins ? Ne vaudrait-il pas mieux respecter ses besoins physiologiques ? Ces situations valent-elles la peine de s’opposer avec son enfant ? Je vous renvoie à mon article sur les limites pour creuser cette question.

Oui, parfois, la meilleure chose à faire est simplement d’accepter le refus de l’enfant. Parfois, ses raisons peuvent être plus légitimes que les nôtres. Lâcher prise n’est pas du laxisme, ce n’est pas « laisser faire n’importe quoi », juste lâcher consciemment du leste lorsque l’on juge finalement que notre décision de départ n’était pas justifiée. Se remettre intelligemment en question et revoir ses exigences de manière plus réaliste et respectueuse de l’enfant ne revient pas à céder à la permissivité !

Se questionner sur ce qui se cache derrière le comportement inapproprié

Si un problème est récurrent, il est bon de se questionner sur sa source. Je vous renvoie à cet article où j’ai déjà évoqué la question.

Passer à l’action physiquement

En cas de comportement inapproprié, passer à l’action physiquement peut dans certains cas s’avérer beaucoup plus efficace que de multiplier les demandes verbales. On peut arrêter avec douceur mais fermeté le bras de l’enfant qui tape, reprendre de ses mains un objet qu’il est en train d’abîmer, etc.

Il y a eu une période où mon P’tit Loup se mettait à jeter la nourriture par terre en fin de repas. Nous lui avons expliqué que la nourriture devait rester sur la table (explications positives), lui avons fourni un petit bol pour qu’il puisse la mettre lorsqu’il a terminé (alternative), mais surtout, dans l’immédiat, il est arrivé souvent que l’on retire purement et simplement son assiette (action) en lui disant « je vois que tu as terminé de manger ». Si le repas était terminé, nous le sortions de sa chaise, sinon nous passions au plat suivant…

Bien sûr, en cas de danger immédiat, on passera à l’action physiquement immédiatement ! Les explications viendront ensuite. Si l’enfant proteste voire part dans une tempête émotionnelle, il sera très important d’accueillir ses émotions de manière empathique et bienveillante : « je comprends que tu aies envie de courir près de la route, mais c’est trop dangereux. Si tu refuses de marcher en me donnant la main, je dois te garder fort dans mes bras. C’est difficile pour toi, tu es très en colère, je comprends, tu aurais aimé courir dehors… » (situation vécue avec mon P’tit Loup lorsqu’il avait 18 mois)…

Encourager les bons comportements plutôt que de stigmatiser les mauvais

Si un enfant répète un comportement qui nous dérange, mieux vaut passer du temps à lui expliquer ce qu’on préfère qu’il fasse à la place, plutôt que de lui pointer ce qu’il ne faut pas faire.

Prenons l’exemple d’un enfant qui arracherait régulièrement les feuilles des plantes. Lui dire « n’arrache pas les feuilles » aurait plusieurs inconvénients :

  • Il pourrait se sentir dévalorisé et attaqué personnellement (« je fais mal »).
  • Il pourrait être tenté de les arracher : en pointant ce qu’il ne faut pas faire, on provoque chez lui l’image mentale de cette action non désirée.
  • Ces échanges sont négatifs et peuvent entraîner un rapport de force nuisant à la relation parent/enfant.

Par contre, on pourrait passer du temps à lui expliquer qu’il est important de prendre soin des plantes, qu’elles sont fragiles et ont besoin qu’on les touche doucement pour rester belles. Lui prendre la main pour le guider doucement, lui montrer l’exemple en faisant le geste devant lui… À chaque fois qu’il recommence, lui répéter encore de cette manière. Et surtout, on pourra l’encourager lorsqu’on le voit « bien faire » : « je vois que tu as fait attention en touchant la plante, tu as été très délicat, j’aime beaucoup quand tu y fais attention comme ça »… En soulignant qu’on apprécie un bon comportement, on l’encourage de manière positive à le reproduire ! :)

Proposer une alternative positive

Nous en avons déjà parlé, en parentalité positive, on veille à mettre l’accent sur les choses que l’enfant PEUT faire, plutôt que sur celles qu’il ne peut pas faire. Dans cet esprit, si l’enfant se comporte de manière inappropriée à un moment donné, il est important d’accompagner le rappel de la règle tout en lui offrant une alternative lui permettant d’assouvir son besoin du moment. Par exemple, si un enfant saute sur le lit, après lui avoir dit que le lit est fait pour s’allonger, on pourra lui proposer de sauter sur un tapis ou sur un trampoline. Il y a eu une période où mon P’tit Loup se balançait sur sa chaise haute pendant les repas. Quelque chose qui a beaucoup aidé, c’était de lui expliquer qu’on restait bien assis sur la chaise, tout en lui proposant d’aller se balancer sur son cheval à bascule dès la fin du repas (il était clairement dans une période de son développement où il avait besoin de se balancer !).

Offrir des choix fermés (encore !)

Pour poser des limites de manière très ferme, lorsqu’elles ne sont absolument pas négociables par exemple, les choix sont très utiles car ils permettent de laisser une porte de sortie à l’enfant, de ne pas se sentir complètement « prisonnier » et forcé de se soumettre, malgré le caractère « non négociable » de la règle justement. Imaginons que vous êtes sur une aire de jeux, que le soleil tape très fort et que votre enfant refuse catégoriquement de mettre son chapeau de soleil malgré tous vos efforts pour le convaincre. Vous pouvez simplement énoncer la règle suivante : « Au soleil, on met son chapeau. À l’ombre, on peut retirer le chapeau ». Puis vous lui laissez le choix : veux-tu jouer au soleil avec ton chapeau, ou à l’ombre ? S’il ne veut pas du tout mettre son chapeau, il y a de grandes chances qu’il vous dise qu’il préfère jouer à l’ombre, et il n’y a alors plus de problème. S’il reste au soleil, vous pouvez lui dire que vous en déduisez qu’il accepte de mettre son chapeau, et le lui donner. S’il refuse toujours, vous pouvez lui rappeler à nouveau la règle, et s’il ne l’accepte pas, lui dire que dans ce cas vous n’allez pas pouvoir rester à l’aire de jeux s’il refuse de respecter les règles… (Bien sûr, je parle là d’un cas où le soleil tape extrêmement fort et où le non port du chapeau n’est pas négociable !).

Récemment, je marchais dans la rue avec mon P’tit Loup sur un trottoir large. Il a demandé à marcher près de moi sans me donner la main. Comme le trottoir était large, j’ai accepté. Mais je lui ai donné la règle : tu marches près de moi, et lorsqu’on arrive près d’un passage piéton, tu me donne la main pour traverser. Je lui ai demandé de me confirmer qu’il avait bien compris la règle. Au bout de quelques minutes, il s’est mis à courir devant moi (et nous arrivions près d’un passage piéton !). Je l’ai rattrapé et me suis mise à sa hauteur. Et là, il a refusé ma main pour traverser. Je lui ai rappelé la règle et lui ai dit que s’il n’était pas d’accord pour la suivre, je ne pouvais pas le laisser marcher près de moi (car dangereux) et qu’il devait choisir entre marcher seul en respectant la règle, ou me donner la main tout le temps. Il a choisi la première option. Après ce rappel, tout a été nickel ! S’il avait recommencé, je lui aurais imposé de me donner la main, quitte à ce que ça se termine en crise dans les bras pour rentrer à la maison, avec accueil bienveillant des émotions…

Divertir/détourner l’attention du problème avant d’y revenir

Si l’enfant refuse catégoriquement de coopérer, attirer son attention sur autre chose le temps nécessaire pour briser la tension est très efficace. Cela permet de rétablir la connexion avec lui ! Une fois la tension envolée, on pourra reformuler notre demande avec un choix fermé. Par exemple, si mon P’tit Loup refuse de monter dans la voiture pour aller quelque part, nous prenons un moment avec lui pour parler de manière positive de l’endroit où nous allons. Nous prenons le temps de l’écouter, de formuler des petites blagues, de rire avec lui. De ce fait, la tension retombe, il se projette, et est ensuite beaucoup plus enclin à coopérer. Nous terminons par « est-ce que tu veux monter tout seul dans ton siège auto, ou que l’on t’y installe » ? C’est très efficace ! Dans ce genre de situation, on peut aussi proposer à l’enfant d’emmener avec lui un jeu qu’il aime (nous le faisons souvent lorsqu’il s’agit de changer la couche, ou de sortir de la maison !).

L’autre jour, alors qu’il n’avait pas envie d’aller prendre son bain, j’ai inventé une chanson rigolote à propos du bain qui l’a beaucoup fait rire tout en nous dirigeant vers la salle de bain, et c’était bon. Il faut parfois être un peu créatif 😉 .

Laisser l’enfant expérimenter les conséquences de ses choix

Parfois, en cas de refus catégorique de coopérer, la meilleure façon de réagir est de lâcher prise. En laissant l’enfant aller au bout de son idée, en le laissant expérimenter de lui-même les conséquences naturelles de cette idée, il y a de bonnes chances qu’il y renonce de lui-même !

Par exemple, un soir récemment, mon P’tit Loup a voulu sortir sur la terrasse en couche, alors qu’il faisait un peu frais. Je lui ai expliqué qu’il faisait frais dehors, je lui ai suggéré de s’habiller avant, mais il ne voulait absolument pas. J’aurais pu lui proposer un choix (dehors habillé ou alors on reste à l’intérieur), mais je sentais que cette solution serait plus compliquée, il avait l’air vraiment décidé à sortir en couche. Alors je lui ai simplement dit « Ok, vas-y ». Il est sorti, est resté environ 5 secondes dehors, puis est rentré en disant « dehors il fait frais ». Et voilà ! Plutôt que de rentrer en conflit avec son enfant où d’entamer des négociations pas possible, parfois c’est aussi simple que ça ! (Bien sûr, je ne l’aurais pas laissé s’il avait fait froid au point qu’il risque de tomber malade hein, tout est question de bon sens ! 😉 ).

Autre exemple : il est arrivé une fois qu’après une petite séance farniente dans l’herbe, il refuse de remettre ses chaussures pour repartir. Pourtant, nous savions que nous allions devoir marcher sur un chemin caillouteux. Nous lui avons expliqué mais rien à faire, il ne voulait pas. Nous l’avons donc laissé continuer pieds nu, en lui précisant que s’il changeait d’avis, nous pouvions toujours lui donner ses chaussures. Au bout de quelques pas sur les cailloux, il a demandé ses chaussures, nous nous sommes arrêtés pour les mettre, et voilà ! J’étais contente de ce choix que nous avions fait, c’est tout de même bien plus sympa que de devoir les lui mettre de force ! (Bien entendu, s’il y avait eu un quelconque risque qu’il se blesse, nous aurions adopté une autre approche !).

Le troisième exemple, je ne l’ai pas (encore ?) expérimenté, mais vous le cite car il me semble très intéressant ! Il est tiré du livre J’ai tout essayé d’Isabelle Filliozat. Si un enfant refuse de s’habiller pour aller à l’école, plutôt que de rentrer dans le rapport de force, elle propose de simplement lui dire : « Bon ok, tu peux y aller en pyjama ». Il y a de fortes chances que quelques minutes voire secondes plus tard, l’enfant revienne en disant : « non, je ne veux pas y aller en pyjama, je vais m’habiller ». Pourquoi ? Parce que lorsqu’il ne subit plus de pression, l’opposition de l’enfant tombe. Et il se rend compte que tout compte fait, il ne se verrait pas tellement aller à l’école en pyjama. Et s’il disait oui ? Est-ce si grave ? Il ne le ferait probablement qu’une seule fois, le regard jugeant des autres étant une conséquence peu agréable à supporter sur une journée entière d’école…

Un avantage indéniable de ce type d’approche, c’est qu’elle autonomise et responsabilise l’enfant. Maintenant, mon P’tit Loup sait que s’il sort en couche et qu’il fait frais, il aura froid. Si on l’avait obligé à s’habiller, il ne l’aurait pas senti… Le référentiel n’est plus le parent, mais l’enfant lui-même. On sort du « référentiel  externe » tant décrié par Jane Nelsen (lorsque le parent récompense les bons comportements et sanctionne les mauvais, ne permettant pas à l’enfant d’en comprendre réellement la raison). Ici encore une fois, l’enfant apprend à faire des choix conscients et se responsabilise, s’autonomise. Bien évidemment, on ne peut pas lâcher prise sur tout, certaines choses sont absolument non négociables, notamment ce qui a attrait à la sécurité. Et puis, comme je l’ai déjà dit, lâcher prise ne veut pas dire « laisser-faire » tout et n’importe quoi. C’est un choix qui doit être bien réfléchi de la part du parent, mais dans certaines circonstances (notamment lorsque le refus relève de l’opposition pure), c’est un choix intelligent !

Parler de ses propres sentiments

Sans accuser l’enfant, sans être agressif avec lui, lorsqu’il adopte une attitude qui nous déplait, nous avons bien sûr le droit de le lui dire ! Le tout est de parler en « je » plutôt qu’en « tu », ce qui permet d’exprimer nos sentiments sans que ce soit perçu par l’enfant comme une accusation ou une dévalorisation. Par exemple, si votre enfant tire sur votre manche pour avoir votre attention alors que vous êtes en train de discuter, vous pouvez tout simplement lui dire « je n’aime pas me faire tirer par la manche » (et idéalement, enchaîner en lui proposant une solution alternative, comme prendre votre main). Récemment, nous sommes passés par une phase compliquée avec mon P’tit Loup lors de l’habillage et du changement de la couche. Souvent, il avait tendance à partir au beau milieu de l’opération pour aller faire des galipettes sur le lit ! Plutôt que de lui courir après (ce que j’ai fait une ou deux fois avant de me rendre compte que ce n’était vraiment pas une solution !), plutôt que de ruminer et être à deux doigts d’exploser ensuite au moindre prétexte (je n’en suis pas passée loin, il faut l’avouer), je lui ai finalement dit la chose suivante : « Je n’aime pas quand tu t’en va alors que je suis en train de changer ta couche. Je dois t’attendre, ça m’énerve. Je comprends que tu aies envie de jouer, mais moi je n’ai pas envie de jouer dans ces moments là. J’aimerais mieux que tu m’aides, et ensuite je serai contente de jouer avec toi ». Quelle efficacité ! J’ai dû lui répéter encore quelques fois les jours suivant, et ensuite le problème ne s’est plus présenté. De plus à chaque fois que je lui ai dit, il est venu coopérer rapidement. Il m’a même répété de lui-même que je n’aimais pas quand il faisait ça, que ça m’énervait ! Et quel soulagement de pouvoir dire sincèrement ce qu’on a sur le cœur ! Être parent ne veut pas dire « être obligé de faire toujours semblant que tout va bien, même quand ça ne va pas » ! :)

Dire ce que l’on va faire nous, plutôt que ce que l’on va faire faire à l’enfant

Dans le même esprit, on peut, pour poser fermement des limites sans manquer de respect à l’enfant, le dévaloriser ou l’accuser personnellement, lui expliquer ce que l’on va faire nous. On peut dire, par exemple « je ne lave que les vêtements que je trouve dans le panier à linge ». Si le lendemain, l’enfant râle parce que certains de ses vêtements n’ont pas été lavés, le parent peut rappeler la règle, et ce sera à l’enfant de faire attention à l’avenir. Dans ce cas, on prendra soin de ne surtout pas rabaisser l’enfant lorsqu’il se plaint que la conséquence logique est appliquée (ici : ses vêtements n’ont pas été lavés). On essaiera au contraire de faire preuve d’empathie à son égard (sans modifier la règle ou faire une exception pour autant).

Si je reprends l’exemple de mon P’tit Loup qui partait en courant pendant l’habillage, non seulement je lui expliquais que je n’aimais pas ça (comme je l’ai déjà dit), mais j’ai ajouté quelques fois : « Je ne vais pas te courir après. Je vais lire mon livre, dis-moi quand tu seras prêt pour t’habiller, et alors je serai disponible pour qu’on le fasse ensemble ». Je prenais mon livre, et au moins je n’avais pas l’impression de lui courir après inutilement, de perdre mon temps…  Et du coup je restais Zen ! En procédant ainsi, je ne rentrais pas en rapport de force avec lui, mais je n’allais pas non plus jouer avec lui. C’était comme si je me « retirais émotionnellement », pour reprendre les termes de Jane Nelsen. De son côté, il faisait 2-3 galipettes (mais si je ne regardais pas ce devait être moins drôle pour lui) puis venait vite me voir pour me dire qu’il était prêt, et effectivement, il coopérait.

Exprimer clairement ses attentes

En cas de « faute », formuler clairement ses attentes est une manière constructive d’exprimer son désaccord, puisque cela montre à l’enfant comment faire mieux la prochaine fois : « Je m’attends à ce qu’on me rapporte mes affaires telles qu’on me les a empruntées » pourrait dire une maman dont la fille adolescente lui aurait rendu son pull tâché. Les choses sont dites clairement et simplement !

Inviter l’enfant à réparer les conséquences de ses actes

Lorsque l’enfant casse ou salit quelque chose, on a trop souvent tendance à le disputer (ce qui le rabaisse et nuit à son estime de soi), puis à ramasser/nettoyer à sa place. L’approche positive propose de ne pas commenter et donc de ne pas juger, mais par contre d’inviter l’enfant à réparer la conséquence de son acte. Par exemple, si un petit renverse de l’eau par terre, on pourra lui proposer d’essuyer avec une éponge. En général, ils sont heureux de le faire ! Si on procède de cette manière à chaque fois, cela devient naturel pour eux, et au bout d’un moment, ils vont d’eux-mêmes chercher l’éponge sans qu’on n’ait rien à leur demander ! C’est le cas de mon P’tit Loup :) .

Dans le même esprit, la maman de l’exemple ci-dessus qui a récupéré son pull tâché peut, après avoir formulé son attente, indiquer à sa fille comment redresser la situation en utilisant du détachant.

Chercher des solutions ensemble

Pour les enfants plus grands, lorsqu’un problème se présente de manière récurrente, la recherche de solutions est une technique très intéressante. Il s’agit d’exposer le problème à l’enfant sans jugement : on expose ses sentiments avec empathie ( « C’est probablement difficile pour toi de quitter tes amis quand vous avez du plaisir ».), on expose les siens également : « mais je m’inquiète quand tu arrives en retard »), et on lui propose de chercher ensemble une solution au problème : « que pouvons-nous faire pour que tu arrives à l’heure pour le dîner ? ». On note ensuite toutes les idées, même les plus farfelues, encore une fois sans jugement, puis on sélectionne celle qui convient le mieux aux deux parties. Je n’ai bien sûr par eu l’occasion de la tester telle quelle puisque mon P’tit Loup est encore trop petit, mais j’adore cette approche ! Il me semble que c’est l’une des meilleures alternatives à la punition que l’on puisse trouver !

Dans son livre La Discipline positive, Jane Nelsen propose ce qu’elle appelle les TEF : les Temps d’Echange en Famille. Il s’agit de réunir la famille une fois par semaine pour parler des petits problèmes du quotidien et rechercher des solutions tous ensemble. Je trouve cette idée formidable !

Pour un tout petit n’étant pas encore en mesure de proposer lui-même des solutions, on peut utiliser cette méthode dans une moindre mesure. Lorsque l’on demande « je vois de la compote sur le sol, que peux-tu faire pour réparer ? », on lui propose déjà de rechercher une solution à un problème ! On peut aussi décrire le problème puis proposer soi-même une solution satisfaisante pour les deux parties. C’est ce que je fais parfois avec mon P’tit Loup, et cela fonctionne bien ! Par exemple, s’il veut jouer avec moi mais que je dois d’abord finir de faire quelque chose, je formule nos besoins à tous les deux (« toi, tu voudrais que je joue avec toi, mais moi, je dois finir de ranger la cuisine. Que peut-on faire pour qu’on soit tous les deux contents ? »), puis je lui propose une solution « peut-être que tu pourrais jouer près de moi pendant que je range la cuisine, et quand j’aurais fini, nous continuerons le jeu ensemble » ? En général, il parait satisfait de ce compromis et tout se passe bien. :) (Bien sûr, pour que cet exemple fonctionne, il faut qu’il soit disposé, et surtout que son réservoir affectif soit plein. Cette approche n’a aucune chance de fonctionner si l’enfant est en manque d’attention…).

POUR CONCLURE

Vous l’aurez compris, contrairement à l’approche traditionnelle de l’éducation, ici, le plus gros du travail se fait finalement en amont, en prévention. Il n’est pas vraiment juste de comparer ces techniques avec les menaces et les punitions car vraiment, la dynamique est bien différente.

Il est très important d’avoir en tête que plus le climat instauré entre l’enfant et ses parents sera basé sur l’écoute et la confiance mutuelle, plus ces techniques seront efficaces, c’est un cercle vertueux ! :)

En cas de situation difficile, je pense que le plus important est de se souvenir d’accueillir les émotions de l’enfant. Parfois, on est contraint de prendre des décisions catégoriques, on ne peut pas ou on ne peut plus prendre en compte son point de vue, mais on peut et l’on doit accueillir ses émotions de manière bienveillante de sorte qu’il se sente compris dans sa détresse et sa colère.

Enfin, je voudrais souligner que le métier de parent est très difficile, et il est normal que l’on ne réagisse pas toujours de la manière la plus adaptée à chaque fois. On apprend tous les jours ! J’ai personnellement le sentiment de faire encore beaucoup d’erreurs, je me dis souvent a posteriori que j’aurais mieux fait de réagir comme ci ou comme ça, mais finalement, ces erreurs m’aident à progresser ! Et je remarque qu’à force de pratique, les bons réflexes se mettent en place progressivement. Je parviens de mieux en mieux à jongler avec les différents outils de la « boîte à outil » au gré des situations. Des choses qui me demandaient un énorme effort au début deviennent des automatismes, et ça, c’est extrêmement encourageant ! :)

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Pour écrire cet article, je me suis servie des livres suivants. Ils m’aident au quotidien et je les recommande vivement à tout parent désireux d’approfondir le sujet. Ils sont très orientés sur l’application pratique au quotidien, et les deux premiers proposent même des petites BD illustrant les différents outils.

 

Sources et références :

Formuler les règles de manière positive

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 57 à 61

Utiliser l’imaginaire pour ne pas dire « non »

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 37

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 116-119

Dire STOP plutôt que NON

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 54-55

Guider les gestes/intervenir physiquement

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 56

Accueillir les émotions

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 100-101

Le lâcher prise (exemple du pyjama)

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 123-125

Faire réfléchir 

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 84 à 87

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 77 à 79, p 157-158

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, p 203-206 (questions de curiosité)

Le dire en un mot

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 88-89

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 77 à 79

À propos des choix

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 182

À propos de l’expression de ses propres sentiments

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 90-91

À propos de la recherche de solutions

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, p 189 à 209

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, p 255 à 185 (les TEF)

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 137 à 139

À propos du retrait émotionnel 

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, p 376 à 377

À propos des conséquences naturelles et logiques 

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, p 162 à 171 378-379

J’ai tout essayé, Isabelle Filliozat, Marabout, 2013, p 179 à 182

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 130, p 132

Crédit photo :

Photo de Eric Ward. Licence Creative Commons 2.0.

14 réflexions sur “Éduquer sans punir : les outils

  1. NadiaShamray dit :

    Bonjour, merci pour cette précieuse boîte à outils. Ma fille vient tout juste d’avoir un an. Je cherchais justement comment lui expliquer qu’on ne touche pas les câbles, qu’on ne tape pas le chien, qu’on ne jette pas son assiette par terre en fin de repas .. Pas toujours simple de prendre du recul dans le feu de l’action. Je vais imprimer votre boîte à outils Et l’accrocher à mon frigo!

  2. Claire dit :

    Effectivement, un article très complet!
    C’est curieux, on a les mêmes sources 😉
    J’aime beaucoup tes petits tableaux aussi. Ma phrase fétiche, c’est laisse tranquille …

  3. ptitbourriquet dit :

    Bonjour,
    je vous remercie pour tous vos articles qui m’aident à comprendre mon Gabriel (qui va avoir 33 mois à la fin de ce mois) de jour en jour.
    Nous sommes en ce moment dans une période assez difficile (cris pour un oui ou pour un non, il tape du pied, commence à lever la main et à taper, se met à hurler mais un cri je vous laisse imaginer)
    j’ai beau lui parler calmement, de lui demander pourquoi il est en colère
    il m’arrive de lui crier dessus car je ne sais plus quoi faire à la longue,
    je ne veux pas lui mettre de fessée car je trouve que taper ne sert à rien juste à l’humilier ça nous calme nous je pense
    mais pas lui au contraire c’est encore pire
    quand il se met à hurler comme ça
    la seule chose que j’arrive à faire c’est le prendre dans mes bras et là les cris s’arrêtent mais c’est très mal perçu par la famille car pour eux je tiens avec lui, je le laisse tout faire alors que pas du tout je veux juste qu’il se calme.
    Si vous avez des clés je suis preneuse
    Aurore

    • Floriane dit :

      Bonjour,
      Effectivement ce n’est pas facile, mais ces comportements sont tout à fait normaux à son âge : il ne peut pas encore gérer ses émotions seul et est donc traversé par de nombreuses tempêtes émotionnelles.
      Vous avez bien raison de le prendre dans vos bras ! Cela permet de sécréter de l’ocytocine qui vous fait du bien à tous les deux et l’aide à se calmer. Effectivement, le manque d’information générale à ce sujet fait que c’est mal vu, mais j’ai envie de dire : qu’importe ! L’important, c’est de répondre aux besoins de votre fils. Et oui dans ces moments là, il a besoin de vous 😉 . Pour ma part, en cas de crise, j’essaie de me concentrer uniquement sur mon fils et d’oublier le reste. A force de pratique, on y arrive 😉 .
      Nommer les émotions peut être d’une grande aide également, le contenir pour le rassurer, et après la crise « debriefer » en nommant encore les émotions (je ferai un article sur le sujet).
      J’avais abordé le sujet de la gestion des crises dans cet article, vous devriez y trouver des pistes intéressantes : http://parents-naturellement.com/caprices/
      Et il est important de rester calme, je sais que ce n’est pas facile, mais si vous lui criez dessus, vous lui transmettez le message qu’il est OK de crier quand on est énervé, ce qui l’encourage à vous imiter (les enfants sont des éponges).
      Courage ! 😉

  4. Morgane dit :

    Merci :) je suis contente de voir qu’en fait j’applique déjà tous les outils (même s’il y a des jours où c’est plus facile que d’autres) mais ça fait du bien de temps en temps de pouvoir ce les remémorer !
    Par contre je ne vois pas les tableaux (j’ai essayé sur 2 navigateurs différents mais c’est pareil)

    • Floriane dit :

      Super si tu les appliques déjà ! :) Et oui c’est sûr, certains jours c’est plus facile que d’autre, on est pas toujours si bien disposé(e) et les facteurs extérieurs influent sur notre capacité à garder notre calme, à rester bienveillant(e)… mais l’important c’est de faire de notre mieux 😉
      Dommage pour les tableaux, as-tu essayé depuis ? Je ne comprends pas trop, ce sont de simples images… Je vais étudier la question, merci !

  5. coralie6doigts dit :

    Bonjour Floriane,
    J’ai attendu d’avoir un peu de temps pour lire cet article, et je ne le regrette pas : il est très bien fait, et très complet ! Merci pour cette revue des outils. Il y a énormément de points qui font écho à des choses que j’ai également vécues !
    Je pourrais te mettre des liens vers des exemples de conséquences, de choix, de ne pas dire non sans dire oui… qui n’apporteraient pas grand chose de plus que tout ce que tu expliques déjà si bien !
    Je me contenterai donc de compléter avec un exemple de recherche de solution. Car tu as raison, c’est plus adapté aux plus grands, mais on peut commencer tôt ! En voici un exemple mis en place avec un petit de 2 ans, pour que tu sois persuadée que tu peux déjà commencer !
    https://les6doigtsdelamain.com/il-jette-les-jouets-par-le-balcon/

    • Floriane dit :

      Un grand merci d’avoir pris le temps de lire mon article et de me donner ton avis ! :)
      Et merci aussi pour ton article, j’adore, je vais de ce pas te laisser un petit commentaire :)

  6. natachaguillaume dit :

    Super article! Mais vu la foule d’infos, même si j’applique déjà pas mal de choses, je vais y revenir régulièrement.
    Merci Floriane de mettre votre expérience à profit pour les autres parents,
    Natacha de « heureux-sans-couches.com »

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