Je ne veux pas que mon enfant soit « sage » !

enfant sage

Pourquoi je ne veux pas que mon enfant soit « sage »…

« Comme il est sage ! », « Tu as de la chance, il est sage », « Il a été sage aujourd’hui »…

 Je sais bien que ces phrases sont toujours prononcées avec beaucoup de bonnes intentions, qu’elles sont bienveillantes, qu’elles sont sensées être des compliments visant à me faire plaisir, voire à faire plaisir à mon fils… Mais je ne les aime pas, je dirais même qu’elles me mettent mal à l’aise. Ce n’est pas ce que je veux pour mon fils !

Qu’est-ce que cela signifie vraiment, finalement, « être sage » ?

Il suffit de prendre le Larousse pour voir que la définition de la sagesse est largement modifiée (et à la baisse !) lorsque l’on parle d’enfants.

Voici les deux premières définitions qui apparaissent, en rapport aux adultes :

  • « Qui fait preuve de sûreté dans ses jugements et sa conduite » : Avoir la réputation d’un homme sage.
  • « Qui est prudent, réfléchi, qui est conforme à la mesure, au bon sens » : Prendre de sages mesures.

Par contre, si l’on prend celle qualifiant les enfants… :

  • « Qui se comporte avec calme, docilité » : Un enfant sage.

Docilité ? Mais je ne veux pas que mon enfant soit docile ! Je travaille tous les jours pour lui transmettre tout l’inverse ! L’autonomie, le sens des responsabilités, la prise d’initiatives, mais surtout pas la docilité ! Ce n’est pas un animal que je cherche à dresser pour mon propre confort. Et puis, quelqu’un de docile est-il quelqu’un d’heureux, d’épanoui, de bien dans sa vie ? J’en doute !

Pour un adulte, être sage veut dire « faire preuve de sûreté dans ses jugements et sa conduite », ou encore « faire preuve de bon sens » d’après le Larousse. Pour un enfant, c’est être docile, être « sage comme une image ».  Se tenir tranquille et ne pas faire chier les adultes quoi !

Surtout, je ne vois pas comment un enfant docile peut devenir plus tard un adulte sûr de lui, ayant confiance en ses jugements et faisant preuve de bon sens. Tout cela est tellement incohérent ! Un enfant à qui l’on a toujours demandé d’être « sage » aura bien du mal à devenir un adulte comme cela. Parce qu’être « sage comme une image », c’est se taire, même si l’on n’est pas d’accord, même si l’on trouve la situation injuste. À force, l’enfant apprend à obéir à ce que l’adulte demande sans réfléchir, sans avoir si c’est bien ou mal. Il  s’en remet totalement à l’autorité de l’adulte, sans apprendre à faire des choix, à prendre confiance en son propre jugement, à prendre ses responsabilités. C’est l’opposé total de la véritable sagesse !

Toute petite, J’étais une « petite fille sage » aux yeux des adultes. On me le disait souvent. Effectivement, je ne disais jamais un mot plus haut que l’autre, j’obéissais toujours. Parce que j’avais trop peur des conséquences, et aussi parce que j’étais totalement dépendante du regard des adultes. Je n’osais pas m’affirmer, j’étais même complètement effacée, que ce soit auprès des adultes ou auprès des autres enfants. Je n’étais pas bien dans ma peau, je n’avais aucune confiance en moi et une estime de moi si petite que je pensais tous les autres enfants supérieurs à moi. Pourtant, j’étais « sage ». Plus tard, j’ai dû faire un énorme travail sur moi pour apprendre à m’affirmer, à avoir confiance en moi et en mes capacités, à faire des choix, à comprendre qui j’étais vraiment et ce qui était bon pour moi. Je crois même que j’y travaille toujours. Ce n’est pas ce que je veux pour mon fils !

Avec son papa, nous ne lui demandons jamais d’être sage. Parfois, il est vraiment tranquille, parce que l’instant s’y prête : il est très concentré sur un jeu ou une activité, il dort, il mange… Il fait sa petite vie de manière très discrète et laisse les adultes autour de lui « tranquilles ». On me dit alors qu’il est sage. Et puis, à d’autres moments, quelque chose le contrarie, il n’est pas d’accord avec nous, et là il sait le faire savoir. C’est drôle comme d’un jour à l’autre, les jugements peuvent varier du tout au tout concernant son comportement. S’il se « comporte bien » pendant les quelques heures où nous voyons une personne (disons quelqu’un qui le connaît peu, que l’on voit peu souvent), on me dira que c’est un enfant sage (bonjour l’étiquette !). Mais si, le lendemain, une crise a lieu justement au moment où nous voyons une autre personne, celle-ci le verra comme capricieux. Mon P’tit Loup n’est ni sage ni capricieux, il est LUI. Il se sent suffisamment en confiance pour laisser sortir ses émotions quand il va mal, et pour rien au monde je ne voudrais que cela change !

Un enfant « sage comme une image » est un enfant qui ne fait pas de bruit, ne fait pas de bêtises d’e