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Laisser pleurer son bébé : les conséquences

Pourquoi ne jamais laisser pleurer son bébé ?

Ce doit être l’un des « conseils » les plus donnés aux jeunes parents. S’ils osent se plaindre de manque de sommeil, il fuse plus vite que l’éclair : « Laisse-le pleurer, il faut qu’il apprenne à s’endormir seul, et alors il fera ses nuits ». Et souvent dès l’âge de 2-3 mois, voire même avant. 

bébé pleure

Le pire, c’est que ce conseil provient souvent de professionnels. Des méthodes dites « d’apprentissage du sommeil » ou de « contrôle des pleurs », plébiscitées par des soi-disant « experts », ont vu le jour à partir des années 1980. La plus connue est la méthode appelée « 5-10-15 » du Dr Richard Ferber (américain), reprise entre autres par le Dr Marie Thirion (française), Brigitte Langevin et Evelyne Martello (canadiennes). Le principe est relativement simple. On nourrit et on change le bébé pour être « sûr qu’il ne manque de rien ». On lui fait son petit rituel affectif du soir. Puis on le met au lit, on quitte la pièce et on ignore ses pleurs. Au bout de 5 minutes, on est autorisé à revenir, mais juste un bref instant, sans le prendre dans les bras. On peut lui remettre son doudou, le tapoter brièvement, lui dire un petit mot, puis on quitte à nouveau la chambre, même s’il pleure toujours. Cette fois, il faut attendre 10 minutes avant de revenir. De même, on ne le prend pas dans les bras et on fait vite. La fois suivante, on attend 15 minutes. Et on allonge ainsi de suite les périodes d’attente avant de revenir, jusqu’à ce que le bébé finisse par s’endormir. A chaque réveil nocturne, on est sommé de recommencer le processus : 5 minutes, puis 10, puis 15… Et le lendemain, on recommence tout. Et les nuits suivantes aussi. Sauf qu’il faut attendre 15 minutes minimum dès la première intervention. Et qu’on est sommé d’allonger encore plus ce délai à chaque appel. A jusqu’à ce que le bébé s’endorme et se rendorme seul et n’appelle plus du tout (ces « experts » annoncent que cela peut prendre quelques jours à quelques semaines). Les parents sont alors tous contents et fiers d’annoncer que le bébé « fait enfin ses nuits ». Champagne ! Il n’y a pourtant aucune raison d’être content ni fier !

Le mépris des besoins du bébé

Si le bébé se réveille la nuit, c’est tout simplement qu’il en a besoin ! Il faut cesser de prétendre qu’il est dans l’intérêt du bébé qu’il dorme toute la nuit sans se réveiller. Il faut cesser de prétendre qu’on lui rend service sur le long terme en ayant recours aux méthodes de contrôle des pleurs. Un bébé n’a pas besoin de dormir 8-10 heures d’affilé pour être bien reposé ! Au contraire, les réveils lui sont bénéfiques.

– Un bébé a besoin de se nourrir la nuit, même passé 3 mois, et même au-delà de 5kg, contrairement à ce que prétendent certains ! S’il réclame à boire son lait, c’est tout simplement qu’il en a besoin. C’est pourquoi, entre autre, on préconise l’allaitement à la demande. Le bébé est le mieux placé pour gérer son alimentation, en décidant de la fréquence des tétées et de leur durée. Son estomac étant très petit, il lui faut boire peu mais souvent. Ces méthodes ont souvent pour conséquence une prise de poids trop faible. Quand je lis qu’Evelyne Martello recommande d’attendre l’heure à laquelle on aimerait que le bébé prenne sa tétée ou son biberon du matin pour la/le lui donner, même s’il réclame des heures avant, je suis scandalisée…

– Les tétées nocturnes, les premiers mois, sont importantes pour la mise en place et le maintien de la lactation. En les refusant à son bébé, la maman qui allaite court le risque de manquer de lait. Ces méthodes mettent donc en péril l’allaitement maternel. De plus, la maman risque de souffrir d’un sentiment de seins trop tendus qui la réveillera de toutes façons, voire d’engorgements.

– Un bébé a physiologiquement besoin du contact de sa maman, de jour comme de nuit. C’est pourquoi il se réveille souvent la nuit, au-delà de l’aspect nourricier. Pour se sentir en sécurité, il a besoin de retrouver sa chaleur, son odeur, le bruit des battements de son cœur. La transition entre le monde intra-utérin, dans lequel il a vécu pendant 9 mois, et le monde extérieur ne peut se faire si vite ! Le sommeil est effrayant pour lui, c’est une séparation. Le bébé a besoin d’être accompagné dans le sommeil pour s’y abandonner en se sentant en sécurité. Un bébé n’est pas prêt à s’endormir seul, ni à dormir seul toute la nuit.

– Un bébé qui dort loin de ses parents toute la nuit (d’autant plus s’il a moins de 6 mois), est davantage exposé au risque de mort subite du nourrisson. Les réveils nocturnes le protègent en lui évitant de sombrer dans un sommeil trop profond pour sa maturité cardio-respiratoire.

Les réveils nocturnes participent au bon développement du cerveau. Ils permettent de multiplier les phases de sommeil actif, qui favorisent un bon développement cérébral.

Je ne développe pas plus ces sujets, que j’ai déjà abordés dans cet article et dans celui-ci, je vous invite à les lire.

Et par-dessus tout, dire qu’en agissant ainsi, on « apprend au bébé à être autonome dans le sommeil » est un non-sens ! Ce n’est pas en poussant le bébé ou l’enfant vers l’autonomie qu’il devient autonome. Aider son enfant à être autonome, c’est l’encourager et l’accompagner quand lui-même manifeste cette envie d’autonomie ! C’est lui donner confiance en lui donnant de l’affection, en lui montrant qu’il a de la valeur, que l’on fait attention à lui et qu’on est là pour l’aider s’il rencontre une difficulté. Et cela commence par répondre sans restriction à ses besoins affectifs ! C’est ainsi que contrairement à la croyance populaire, les bébés qui bénéficient de contacts rapprochés avec leurs parents et voient tous leurs besoins affectifs comblés (donc bien sûr qu’on ne laisse jamais pleurer) deviennent souvent des petits enfants très autonomes. La solide base de sécurité dont ils disposent leur donne des ailes ! Elle est comme un tremplin pour explorer le monde ! Ils ne restent absolument pas dans les jupes de leur mère ! Parce qu’ils ont confiance, parce qu’ils savent que si quelque chose ne va pas, ils appelleront à l’aide et qu’on leur répondra. J’observe déjà que mon P’tit Loup, qui bénéficie de ce type de maternage (à travers l’allaitement prolongé, le sommeil partagé, le portage…), est un bébé capable de jouer longtemps tout seul. Il va beaucoup vers les autres adultes et les autres enfants. Je peux en dire autant de tous les bébés/bambins ainsi maternés que je côtoie. Si l’on force l’enfant avant qu’il ne soit prêt, il risque au contraire de s’accrocher plus fort à ses parents. C’est ce qu’explique la théorie de l’attachement, qui a fait l’objet de nombreuses recherches ces dernières années. Je reprends une jolie phrase citée par la pédopsychiatre Nicole Guédeney dans sa conférence sur l’attachement (dont je mets le lien en bas de page) : « La vraie autonomie, c’est savoir ce qu’on peut faire tout seul, mais savoir aussi quand on a besoin d’aide ».

Un peu d’empathie…

Je vous laisse imaginer à quel point un bébé qui pleure seul dans sa chambre sombre peut hurler. Je n’ai jamais laissé mon bébé pleurer de mon plein gré. Mais je peux malheureusement témoigner d’une fois où pour lui, c’était tout comme. Il avait 5 mois. Nous étions tous les 2 en voiture, je conduisais et il était derrière dans son siège auto. Il s’est mis à pleurer. J’étais coincée sur la route, je n’avais aucun moyen de m’arrêter. Je lui parlais, je chantais, mais il pleurait de plus en plus fort. Jusqu’à s’en étrangler. Jusqu’à en perdre son souffle. Sa douleur était palpable. Il ne comprenait pas pourquoi je ne le prenais pas dans les bras, pourquoi je le laissais dans sa détresse. Cela a duré 20 minutes. 20 minutes extrêmement longues pour tous les deux. Quand enfin j’ai pu m’arrêter, je me suis précipitée pour le prendre. Il s’est calmé à la seconde. Il tremblait de tout son corps. Cet épisode m’a brisé le cœur. Et depuis, j’ai encore plus de mal à comprendre que l’on puisse affliger cela à son bébé volontairement. Je ne peux pas concevoir que des professionnels puissent recommander de telles méthodes. Le bébé, il hurle. À vous en tordre les boyaux. À en fendre l’âme. Il est évident que ce n’est pas juste pour « manifester son mécontentement » comme ces personnes osent  prétendre. Ceci est un euphémisme. Il hurle de détresse. Parfois à s’en étrangler. Parfois à en vomir. Et cela peut durer des heures, jusqu’à la résignation ou l’épuisement. Je vous laisse méditer sur cette phrase inhumaine du livre du Dr Thirion et du Dr Challamel « Le sommeil, le rêve et l’enfant » : « Si, pendant ce programme, l’enfant crie tellement fort qu’il se fait vomir, ouvrez la porte, nettoyez son lit ou le sol, changez le pyjama sans le gronder, puis, imperturbable, reprenez le schéma où vous l’aviez laissé, comme si rien ne s’était passé. ». Ah oui, quand même ! Ou encore : « Il n’est pas question de craquer sur ce programme d’apprentissage ; pas question de revenir en arrière parce que l’enfant a réagi trop fort ou a pleuré deux heures d’affilée, ou trois nuits de suite . » 

Pour certains bébés, cela recommence à chaque fois que vient le moment d’aller dormir. Si beaucoup cessent d’appeler au bout de quelques jours à quelques semaines, d’autres, notamment les bébés que l’on appelle « BABI » (bébés aux besoins intenses), ne font que pleurer plus fort. Ils refusent de se résigner, ils tentent à tous prix de faire entendre leurs besoins ! Les parents qui s’obstinent à appliquer à la lettre ces méthodes laissent leur bébé pleurer plusieurs fois par jour pendant des mois voire des années. Pour chaque sieste et chaque soir, le bébé s’endort en pleurant ! Que c’est moche !

Et puis, même si le bébé est plus « facile », que le « dressage » a réussi au point qu’il n’appelle plus la nuit, il y aura forcément des rechutes. Que faire le jour où le bébé est malade, ou souffre d’une poussée dentaire ? Combien de temps devra-t-il affronter ces douleurs seul avant que ses parents ne se décident à venir et comprennent que quelque chose n’est pas comme d’habitude ? Et que de dilemmes inutiles pour les parents ! Y aller ? Ne pas y aller ? Appelle-t-il par « caprice », ou a-t-il un « vrai problème » auquel ils devraient répondre ? Que de complications inutiles ! Il est tellement plus simple de reconnaître que le bébé appelle pour une raison valable quelle qu’elle soit, et de répondre sans délai ! De plus il y a de bonnes chances que pendant les phases d’anxiété de la séparation (qui peuvent aller et venir entre l’âge de 8 mois à 18 mois-2  ans !), tout soit à recommencer car le bébé pleurera à nouveau !

Et si nous nous mettions 2 minutes à la place du bébé ?

Imaginez… Suite à un terrible accident de voiture, vous êtes plâtré et alité. Vous êtes totalement dépendant d’autrui. Vous êtes dans votre chambre noire, au lit donc, entrain de vous laisser aller à dormir pour une sieste, tandis que votre conjoint est à table avec votre famille dans la pièce d’à côté. Soudain, vous êtes pris de panique. De terribles scènes de votre accident vous reviennent en mémoire. C’est si réel que vous avez l’impression de tout revivre. Vous poussez un grand cri, puis reprenez doucement vos esprits lorsque vous réalisez que vous êtes dans votre lit. Vous êtes en larmes. Dès que vous fermez les yeux, ces terribles images reviennent. Vous ne pouvez pas dormir. Il fait trop sombre dans cette pièce, vous avez besoin d’un peu de lumière pour reprendre vos esprits. Des paroles rassurantes et d’un câlin de votre conjoint aussi. Vous l’appelez. Pourquoi n’est-il/elle pas venu(e) au fait ? Il vous semble avoir crié assez fort dans votre demi-rêve… Vous l’appelez à nouveau, mais il/elle ne vient pas. Il/elle n’a pas dû vous entendre. Cela devient vraiment difficile pour vous, vous avez vraiment besoin de sa compagnie en cet instant. Vous réitérez votre appel, plus fort cette fois. Toujours rien. Vous criez à nouveau son nom encore et encore, entre 2 sanglots. Il/elle ne vient pas mais vous l’entendez pourtant rire avec ses convives. Vous vous sentez si mal. Pourquoi la personne que vous aimez le plus, en qui vous avez le plus confiance, n’est pas là pour vous en cet instant ? Au bout de 20 minutes de cris et de pleurs, vous arrêtez d’appeler. Il/elle ne viendra pas de toutes façons. Epuisé(e), vous finissez par vous endormir. Epuisé(e) et seul(e), terriblement seul(e)…

Et si nous imaginions cette situation sur une personne âgée ?

Brigitte, la grand-mère de Paul dont il est très proche, est placée en maison de retraite. Elle ne peut pas se déplacer et est totalement dépendante du personnel. Tout avait l’air de bien se passer, mais quand Paul vient lui rendre visite cette fois-ci, elle lui raconte être victime de mauvais traitements. Elle raconte que la veille, alors qu’elle se sentait mal, elle a appelé très fort pendant 5 longues minutes avant que quelqu’un ne vienne la voir. Puis Jean, le membre du personnel qui s’occupe d’elle est venu brièvement, mais lui a dit qu’elle avait déjà mangé et était propre, donc qu’il n’y avait pas de raison d’appeler. Et il est aussitôt reparti, alors qu’elle était toujours mal et pleurait à chaudes larmes ! Elle a ensuite appelé sans cesse en criant et en pleurant pendant 10 longues minutes, avant que Jean ne revienne lui dire que tout allait bien et qu’il fallait dormir, et reparte aussitôt. Cela a continué pendant 2 heures au bout desquelles, à bout de fatigue, elle s’endormit en pleurant.

Paul rentre chez lui, bouleversé. Il raconte à sa femme les mésaventures de sa pauvre mamie Brigitte.  Il lui dit que c’est inadmissible, qu’il faut absolument lui trouver un autre établissement avec un personnel plus humain ! Il est interrompu par Nathan, son bébé de 6 mois, qui se met à pleurer depuis sa chambre où il est couché. Mais il reprend sa conversation. Nathan doit apprendre à dormir seul. Dans 15 minutes, s’il pleure toujours, il ira tout de même vérifier brièvement que sa couche est sèche…

Ces comportements d’indifférence aux appels désespérés de personnes dépendantes semblent choquants pour la plupart des gens. Pourquoi nos bébés ne mériteraient-ils pas la même empathie ? Pourquoi ne mériteraient-ils pas les mêmes traitements ? N’oublions pas que ce sont déjà des petites personnes avec leur sensibilité et leurs sentiments ! Leur peine ne peut être que pire que celle d’un adulte en situation similaire. Nous, adultes, pouvons prendre du recul face à nos émotions. Nous savons que nous sommes mal en cet instant, mais que cela finira par passer, que plus tard nous nous sentirons mieux. Un bébé n’a pas la capacité cérébrale de faire ce genre d’analyses. Il n’a pas encore acquis la notion de présent, de futur. Il ne sait pas que sa douleur passera. Il se prend les émotions de plein fouet, sans pouvoir les comprendre ni les maîtriser. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il se sent mal !

Nous adultes, lorsque nous sommes tristes/déprimés/en colère et que la personne dont nous sommes le plus proche nous fait l’affront d’ignorer notre mal-être, nous pouvons nous tourner vers une autre personne de confiance qui saura être plus à l’écoute. Appeler notre sœur, notre meilleure amie… Un bébé n’a que ses parents. Quand les personnes qu’il aiment le plus et en qui il a le plus confiance le délaissent, ces mêmes personnes dont il dépend entièrement, comment croyez-vous qu’il se sent ? Son monde s’écroule. De plus, il n’a pas encore acquis la notion de permanence de l’objet (notion totalement acquise en moyenne entre 18 mois et 2 ans) qui lui permettrait d’imaginer ses parents dans la pièce d’à côté lorsqu’il est seul dans son lit. Il ne peut pas comprendre qu’ils vont revenir plus tard. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il est seul ! Qu’il se sent mal et qu’il n’y a personne pour l’aider !

Un bébé ne pleure jamais pour rien. Les pleurs sont tout simplement son seul moyen de communication pour exprimer un besoin (la faim, la soif, la douleur, le fait d’avoir trop chaud, le besoin d’être changé, ou tout simplement d’être rassuré…). D’un point de vue anthropologique, les bébés sont programmés pour pleurer pour signaler leurs besoins, et les adultes pour être dérangés par les pleurs des bébés de manière à avoir envie d’y répondre. Effectivement, entendre un bébé pleurer, même si on ne le connait pas, rend très mal à l’aise, n’est-ce pas ? Le journalisme Robert Wright a joliment écrit à ce propos dans le Times en 1997 :  « Peut-être bien que le cerveau des bébés a été façonné par des millions d’années de sélection naturelle où les mères dormaient avec leurs bébés. Peut-être bien qu’autrefois, si un bébé se retrouvait tout seul la nuit, c’était souvent très mauvais signe (la mère avait pu être dévorée par une bête sauvage, par exemple). Peut-être bien que le cerveau des tout-petits est programmé pour réagir à cette situation en hurlant, de sorte que toute personne proche l’entende et puisse le trouver. Bref, peut-être bien que si les enfants laissés seuls semblent terrifiés, c’est tout simplement parce qu’ils sont naturellement terrifiés ». Le Dr Sears, pédiatre canadien, dit à ce sujet : « Les pleurs du bébé déclenchent chez la mère une émotion qui la porte à s’en occuper, ce qui signifie qu’une mère n’est pas faite pour laisser pleurer son bébé, pas plus que celui-ci n’est fait pour être laissé seul à pleurer ». D’ailleurs, il est bon de savoir qu’il se produit chez la mère qui allaite des réactions hormonales qui la poussent à prendre son bébé et à l’allaiter lorsqu’il pleure. Celles-ci entraînent même des réactions physiques, telles qu’un afflux sanguin au niveau des seins.

Il faut prendre conscience que le stress ressenti par un bébé qui pleure seul dans son lit est considérable. Cela a été prouvé par les neurosciences : des chercheurs ont mesuré que dans cette situation, le taux de cortisol du bébé, « l’hormone du stress », montait en flèche. Son instinct lui crie qu’il est en danger ! Pour cette raison, même si parfois on peut avoir l’impression « de ne servir à rien » car le bébé ne se calme pas malgré nos efforts, il faut toujours accompagner les pleurs. On l’aide tout de même ! Par notre présence rassurante, par le fait d’essayer malgré tout. J’en suis d’autant plus convaincue que j’observe qu’avec mon P’tit Loup, dans ce genre de situations, si je quitte la pièce ne serait-ce qu’une seconde, ses pleurs redoublent d’intensité !

Les conséquences à court, moyen et long terme

En plus d’être cruelles, ces « méthodes » scandaleuses, qui ne sont pas moins que des violences affligées aux bébés sans raisons (et je pèse mes mots), ne sont pas sans conséquences sur la personnalité future des adultes qu’ils deviendront.

L’association australienne pour la santé mentale infantile a publié un texte en 2003 mettant en garde contre ces pratiques. La conclusion est claire : « Entraîner un enfant à ne pas pleurer pourra en effet l’amener à ne plus pleurer. Mais cela pourra aussi lui apprendre qu’il ne peut espérer aucune aide lorsqu’il en a besoin. Les enfants se sentent beaucoup plus en sécurité si leurs pleurs déclenchent rapidement et systématiquement une aide adéquate de la part de la personne qui s’occupe d’eux. Nous estimons que ces pratiques ne correspondent pas aux besoins émotionnels et psychologiques des jeunes enfants, et qu’elles peuvent avoir des conséquences négatives à long terme sur leur santé psychologique. »

Qu’apprend-on au bébé qu’on laisse pleurer ? On lui apprend que sa souffrance n’a pas d’importance. Qu’il ne vaut pas la peine que l’on se dérange pour lui. Il ne faudra donc pas s’étonner si plus tard il manque de confiance en lui. On lui apprend que lorsqu’il est mal, il est livré à lui-même. Qu’il n’y a personne pour l’aider, il faut qu’il se débrouille tout seul. Qu’il ne peut faire confiance en personne, pas même en ses parents. Il ne faudra pas s’étonner si plus tard il a du mal à accorder sa confiance à autrui. On lui apprend à se taire, à se résigner, à démissionner. S’il arrête de pleurer au bout de quelques nuits de « dressage », ce n’est pas parce qu’il a « appris à dormir ». Il a juste appris à ne plus appeler lorsqu’il est mal, à ne plus communiquer ses besoins. A mon avis, c’est loin d’être une bonne nouvelle et ce n’est pas de bon augure pour l’avenir. Le bébé prend sur lui pour gérer lui-même/réprimer ses émotions négatives (tristesse/peur/colère…). Si en apparence il ne pleure pas, son stress est maximal ! Le Dr Sears affirme que « empêcher le bébé d’utiliser le langage des pleurs risque d’avoir un effet négatif sur son désir de communiquer ». Une étude américaine de 1970 a montré que les bébés ayant reçu des réponses promptes à leurs appels utilisaient moins les pleurs comme moyen de communication à l’âge d’1 an que ceux qu’on avait laissé pleurer. Ils communiquaient mieux, de manière plus subtile, tout simplement. Plus généralement, des études ont montré que les enfants qu’on a laissé pleurer pleuraient plus souvent, plus fort et plus longtemps en grandissant. Alors que les enfants maternés apprennent à « pleurer mieux », les autres apprennent à « pleurer plus fort ». Si ces méthodes peuvent sembler fonctionner à court terme car le bébé cesse d’appeler ses parents pendant la nuit, c’est donc loin d’être une bonne stratégie à plus long terme.

Et quel rapport au sommeil plus tard ? Un besoin non comblé ne disparaît jamais complètement. Il réapparaîtra plus tard, sous une autre forme. Les bébés qu’on a laissé pleurer ont toutes les chances d’avoir plus de problèmes de sommeil quelques années plus tard, liés à l’angoisse. Une peur d’aller se coucher, des cauchemars à répétition… Le sommeil sera associé dans leur inconscient à des sensations de peur, de stress, d’abandon. Cela peut même perdurer jusqu’à l’âge adulte. Combien d’adultes sont obligés d’avoir recourt à des somnifères pour dormir?

Il convient aussi de s’interroger sur le message que l’on souhaite transmettre à son enfant. Quand mon fils sera plus grand, si un jour il a un problème et qu’il est mal, je veux qu’il sente qu’il puisse m’en parler s’il en ressent le besoin. Je veux qu’il ose me réveiller en pleine nuit s’il n’est pas bien du tout. Je ne veux pas qu’il garde son mal-être pour lui si cela le pèse, qu’il s’isole dans sa peine. Je veux pouvoir continuer à l’épauler, qu’il sache que quoiqu’il arrive, il pourra toujours compter sur moi, sa maman. Je serai toujours là pour lui, je répondrai toujours à ses appels. Et cela commence dès maintenant !

Une autre conséquence grave de la méthode du « laisser pleurer », est qu’elle insensibilise les parents aux pleurs de leur bébé. Les premières fois, c’est très dur, ils sont obligés de se faire violence pour ne pas aller prendre leur bébé pour le consoler. Ils sont obligés d’aller à l’encontre de leur instinct primitif qui les pousse à le faire. Mais progressivement, ils s’habituent aux pleurs. Jusqu’à ce que ceux-ci ne les affectent même plus. Quelle tristesse ! L’instinct parental (et en particulier l’instinct maternel), est un formidable outil de communication entre le parent et son bébé. Les différentes plaintes et pleurs du bébé sont tout un langage ! Le parent qui laisse pleurer son bébé fausse cette communication. Il ne répond plus de manière intuitive aux différents signaux que lui envoie son bébé, mais de manière contrôlée. Il répond avec sa tête au lieu de répondre avec son cœur, son âme, ses tripes. Nier cet instinct va à l’encontre des intérêts de l’enfant, mais aussi des parents ! Le Dr Sears met en garde contre ce qu’il appelle le « cercle vicieux du détachement » : en retenant leurs réponses instinctive aux signaux que leur envoie leur bébé, les parents y deviennent progressivement moins sensibles, les comprennent moins bien, et perdent confiance en eux quant à leur capacité à y répondre. Leur instinct étant ainsi faussé, ils l’écoutent encore moins, et ainsi de suite. Progressivement, ils se détachent de leur bébé. Il leur sera beaucoup plus difficile par la suite de s’épanouir dans leur rôle dans ces conditions. Ils risquent de perdre patience devant des pleurs qu’ils ne comprennent pas. Ils ne parviendront pas à y répondre de manière adéquate. Le bébé sera frustré et changera sa manière de communiquer (en prenant sur lui ou en pleurant plus fort). Il est inutile de préciser que cela affecte le lien d’attachement parent/enfant. En mettant de la distance entre les parents et le bébé, en altérant leur communication, et enfin en diminuant la confiance que le bébé porte en ses parents. Au contraire, lorsque les parents répondent sans restriction aux pleurs de leur bébé, ils apprennent à mieux comprendre ces pleurs. Le bébé apprend à mieux communiquer également, puisqu’il se sent écouté et compris. Les parents prennent confiance en leur intuition parentale et connaissent bien leur enfant. Cela contribue à une relation harmonieuse entre les parents et le bébé.

Enfin, et c’est bien le plus effrayant, le stress ressenti par un tout petit que l’on laisse pleurer seul de manière répétée peut impacter son développement cérébral. C’est ce que nous apprennent les recherches les plus récentes en neurosciences. Si les pleurs durent, le taux de cortisol sécrété (l’ « hormone du stress ») peut atteindre un « seuil toxique » au-delà duquel des dommages au cerveau peuvent-être causés. Le bébé qu’on a laissé pleurer régulièrement risque fortement de présenter des troubles du comportement pendant l’enfance, notamment des troubles de l’agressivité, de l’apprentissage, une tendance à la dépression, voire même dans certains cas des troubles épileptiques. Plus tard, il risque de devenir un adulte plus agressif, plus anxieux, plus sujet aux dépressions. Un adulte qui fait preuve de moins d’empathie envers autrui. Qui présente des difficultés à gérer son stress et à maîtriser ses émotions. Dans les cas les plus extrêmes, cela peut conduire à des tendances suicidaires, à des addictions aux drogues ou à l’alcool, à de la délinquance. C’est la personnalité future du bébé qui est en jeu ! Son équilibre psychologique, son bien-être, sa réussite !

Alors, quand on prend conscience de tout cela, comment ne pas bondir devant les ouvrages de professionnels incitant les parents fatigués et désespérés à avoir recours à ces méthodes ? Et que dire des pédiatres qui les recommandent ? Car ce sont eux, les coupables ! Je suis affligée lorsque je lis dans mon livre de Laurence Pernoud « J’élève mon enfant », connu pour être « une référence en matière de puériculture », qu’elle recommande de minuter les pleurs dès l’âge de 3 mois, et de laisser pleurer toute la nuit s’il le faut, sans aucune intervention, à partir de l’âge d’1 an. Je suis atterrée lorsque j’entends des professionnels interviewés dans une émission de parentalité populaire comme « Les maternelles » recommander de laisser pleurer les bébés pour résoudre les problèmes des parents (à 2 reprises ces derniers mois) ! Je suis consternée que l’on s’étonne que je ne laisse pas pleurer mon bébé et qu’on me demande de me justifier, ce qui en dit long sur les mentalités actuelles. Je suis triste pour tous ces bébés, je suis triste pour la société d’aujourd’hui et celle de demain. Nos enfants sont notre avenir. Prenons-en soin en leur donnant dès leur naissance l’attention qu’ils méritent !

J’ai lu un jour une jolie citation : « Mieux vaut se réveiller la nuit pour s’occuper des enfants quand ils sont petits, plutôt que de passer des nuits debout parce qu’on s’inquiète à leur sujet quand ils sont grands ». Je la trouve très parlante !

Je vous suggère de visionner cette courte vidéo du Dr Catherine Gueguen qui résume bien tout cela :

Je ne dis pas que de répondre à tous les pleurs de son bébé, à tous ses besoins, est une chose facile. Je ne dis pas que les besoins des parents ne doivent pas être également pris en considération. Bien que ceux du bébé doivent passer en priorité. Il existe des alternatives pour essayer de répondre aux besoins du bébé en ménageant ceux des parents. RIEN, à mon sens, ne justifie de laisser pleurer son bébé de la sorte. C’est un acte de maltraitance que l’on doit cesser de banaliser.

Notes qui ont leur importance :

  • Je tiens à préciser que cet article n’a en aucun cas pour but de culpabiliser des parents ayant pratiqué ces méthodes. Je ne suis pas là pour les juger. J’ai bien conscience qu’en étant fatigué et à bout, on puisse craquer et céder devant ce genre de méthodes. Je considère simplement ces parents comme des victimes. Ceux que je veux dénoncer, ce sont les professionnels ayant écrits des ouvrages encourageant les parents à laisser pleurer leur bébé. Et par-dessus tout, ceci est un appel à plus de bienveillance et d’empathie envers nos enfants. Il n’est jamais trop tard pour changer !
  • Toutes les méthodes de « laisser pleurer » sont visées par cette article, et pas uniquement la méthode « 5-10-15 ». Certains parlent de « versions adoucies », peu importe, le principe est le même !
  • Ces méthodes sont tout aussi mauvaises sur des bébés plus âgés (de 12 ou 18 mois par exemple). Même si certaines problématiques ne sont plus (telles que la mort subite du nourrisson ou la stimulation de la lactation), les dommages induits par le stress ressenti par l’enfant sont les mêmes. Il n’y a pas d’ « âge correct » pour laisser pleurer son enfant !

Sources et références :

A propos de la méthode 5-10-15 :

Interview d’Evelyne Martello sur cette méthode  :http://www.mamanpourlavie.com/sante/enfant/sommeil/150-sommeil-de-bebe-la-methode-du-5-10-15.thtml

Article citant des extraits du Dr Thirion et du Dr Challamel : https://lesvendredisintellos.com/2013/11/09/le-sommeil-le-reve-et-lenfant-de-m-j-challamel-et-marie-thirion/

Site de Brigitte Langevin : http://www.brigittelangevin.com/chroniques/bebes/754-les-9-inquietudes-des-parents-lorsque-vient-le-temps-de-debuter-l-apprentissage-au-sommeil-de-bebe

Laurence Pernoud, « J’élève mon enfant », Horay, p 117 et p 121

Les maternelles, émission du 15/09/2015 « bébé ne dort pas, toute la famille trinque » : https://www.youtube.com/watch?v=g4J17NxXOKA  28 à 32 mn

Les maternelles, émission du 19/01/2016 « il vient tout le temps dans notre lit » : https://www.youtube.com/watch?v=8KKNXHrw6kg&index=81&list=PL1DJfb-LSQmNmZ_BrhDlrQGbBzKoG805B  25 à 27 mn

A propos du sentiment de détresse du bébé qui pleure seul :

Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions de l’enfant, JC Lattès, 1999, p 115-116

Conférence de la pédopsychiatre Nicole Guédeney : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  44 à 45 mn

A propos de la base de sécurité comme tremplin vers l’autonomie :

Conférence de la pédopsychiatre Nicole Guédeney : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  31 à 38 mn

A propos du langage des pleurs et de notre « pré-disposition » à y répondre :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 94 à 96

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus bébé, Jouvence, p22 à 24 et p 27

A propos de l’insensibilisation des parents aux pleurs :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 95 à 97

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus bébé, Jouvence, p 63

A propos de la confiance en l’autre :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 96 

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus bébé, Jouvence, p 62

Dr Catherine Gueguen : https://www.youtube.com/watch?v=_ZVVOkIP9fQ 1mn15 à 1mn35

Conférence de la pédopsychiatre Nicole Guédeney : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  50 mn à 55 mn

A propos de l’estime de soi :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 29-30, p95

Conférence de la pédopsychiatre Nicole Guédeney : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  50 mn à 55 mn et 1h31 à 1h32

Interview d’Isabelle Filliozat sur la confiance : http://www.cles.com/debats-entretiens/article/la-confiance-en-soi-peut-se-reconquerir

A propos du fait que les bébés cessent de pleurer par résignation, et à propos de l’inhibition de la communication en général :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 98-99 – p101

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus bébé, Jouvence, p 62

Dr Catherine Gueguen : https://www.youtube.com/watch?v=_ZVVOkIP9fQ 15 à 22 s ; 1mn40 à 2mn02

Conférence de la pédopsychiatre Nicole Guédeney : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  47 à 49 mn

A propos du fait que les bébés dont on a répondu aux pleurs sans délai pleurent moins en grandissant :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 99

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus bébé, Jouvence, p 60-61

A propos des bébés qui ne se résignent pas et pleurent plus fort :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 100

Conférence de la pédopsychiatre Nicole Guédeney : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  49 à 50 mn

A propos du « cercle vicieux du détachement » :

Dr William Sears, Etre parent la nuit aussi, Ligue La Leche, 2006, p 27 et p 95

A propos des conséquences sur le cerveau :

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Ne pleure plus bébé, Jouvence, p 66-67

Dr Catherine Gueguen : https://www.youtube.com/watch?v=_ZVVOkIP9fQ 35 secondes à 1mn15

Autres liens pertinents sur le sujet :

Article traduit du Huffington Post allemand, avril 2016 : http://www.huffingtonpost.fr/2016/04/07/laisser-pleurer-bebe-corps_n_9632418.html

http://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/allaiter-aujourd-hui-extraits/1180-34-faut-il-apprendre-aux-bebes-a-dormir

Récit d’une blogueuse (le point de vue du bébé) : http://petits-et-grands.over-blog.com/article-1738638.html 

Crédit photo :

Photo de Brandon Baunach. Licence Creative Commons.

 

5 réflexions sur “Laisser pleurer son bébé : les conséquences

  1. karsenti dit :

    bonsoir merci pour cet article, je ne suis pas enceinte et je n’ai pas d’enfant mais j’ai effectué une thérapie pendant de longue années dans mon adolescence pour cause de depression. Ma génération (20 ans-25 ans) ont beaucoup de problèmes de lien avec leur parents. Car la plupart de nos parents sont de la génération ou les deux parents travaillent et donc ont moins de temps et besoin de dormir. Et comme par hasard tout un tas de bouquins est sorti pour soulager le sommeil des parents face au bébé qui pleure. bref là où je voulais en venir avec ma thérapie, c’est que ma psy m’a expliqué les effets négatifs de certaines éducations sur les nourrissons qui nous plonge une fois adulte dans un manque affectif, manque de confiance en soi. Et aussi à quel point les gens ne se rendent pas compte que si dès le plus jeune âge tu t’occupe mal de ton enfant, cela à des repercussions sur la suite. Ce n’est pas parce que un bébé ne peut pas s’exprimer comme un adulte qu’il n’a pas une mémoire neuro-sensorielle. D’ailleurs si les humains pendant l’acte sexuel pour beaucoup aiment les caresses, les baisers, les sensations d’être lové contre l’autre, c’est pour retrouver cette état de chaleur et de protection qu’on avait tout petit avec ses parents ou dans le ventre de sa mère. Même si on les à « oublié » consciemment.
    Je vous remercie donc pour cet article qui explique bien la complexité de notre société actuel entre la raison et le cœur. et c’est presque toujours la raison qui prime. Je sais que ma mère me racontait que quand ma sœur était bébé, elle la laissait pleuré parce que on lui avait conseillé cette méthode pour qu’elle fasse ses nuits. elle m’avait en effet expliqué que c’était une véritable torture pour elle de laisser son bébé pleurer et qu’elle n’a pas voulu recommencer avec moi et mon petit frère. Et bien aujourd’hui je vois bien les différences entre ma sœur et moi. (elle est dépressive, alcoolique et incapable de vivre seule et ses relations avec notre mère sont très conflictuels même si aujourd’hui on essaie de faire en sorte que les choses aillent mieux.) mon frère et moi sommes proches de notre mère, avons plus confiance en nous etc. Après comme je vous le disais plus haut j’ai parfois des moments de blues mais j’arrive mieux à les gérer que ma sœur.

    Après ce que je trouve un peu dommage dans votre article c’est que vous parlez beaucoup de la mère et de vous, votre rapport avec votre enfant et quand est- il du père ? on parle encore trop peu du rôle du père quand l’enfant est nourrisson. C’est vrai que physiquement la mère nourrit l’enfant, mais cela n’empêche pas le père d’être présent ou encore mieux de le nourrir lui même dans un biberon préalablement remplie du lait maternel de la mère pour que lui aussi créer un lien avec son enfant. Et le nombre de mère que je vois qui accourt quand leur enfant pleure et que le père reste assis. Mais vu que votre blog est très intéressant et soulève des points importants, j’espère que vous écrirez un article sur le sujet si cela vous dit.

    Merci en tout cas.

    • Floriane dit :

      Bonjour et merci pour ce témoignage ! Effectivement beaucoup de personnes ne se rendent pas compte de l’importance des expériences de la petite enfance sur la personnalité future des petits. J’ai déjà entendu dire : « de toutes façons, il/elle ne s’en souviendra pas ». Oui mais l’inconscient, lui, s’en « souvient » ! Vous parlez de la mémoire neuro-sensorielle, c’est exactement ça !

      Quand au rôle du papa, je vous rejoins entièrement, il est très important ! C’est pour cela que je parle beaucoup des « parents » dans l’article. Si je parle plus de moi que du papa par rapport à mon expérience, c’est parce que je parle de mon ressenti personnel, mais le papa a également sa place bien sûr. Il est vrai que l’on parle souvent plus de la maman pour les bébés, car malgré tout elle a une place plus importante. C’est tout simplement physiologique, le bébé a davantage besoin du contact de sa maman car c’est dans son ventre qu’il a passé 9 mois. La voix de sa maman, les battements de son coeur, lui rappellent ses sensations intra-utérines et lui apportent une sensation de sécurité inégalable. Sa maman est comme « sa base ». C’est pour cela que les petits sont souvent plus attachés à leur mère les toutes premières années, c’est souvent la « figure d’attachement principale » comme l’explique la théorie de l’attachement (d’autant plus qu’elle a souvent passé plus de temps avec le bébé les premiers mois). Cela ne veut pas dire que le bébé aime plus sa maman, c’est juste que quand il est mal, il est plus sécurisé par sa maman. Et effectivement, c’est elle qui donne la tétée, qui est elle aussi source de réconfort inégalable. C’est pour cela qu’en tous cas au tout début, c’est plus la maman qui intervient quand le bébé pleure, elle a « l’arme magique » pour le calmer instantanément 😉 La nuit, quand le bébé se réveille, il a souvent besoin de téter, et alors forcément c’est la maman qui l’apaise…

      Le papa n’en reste pas moins une figure d’attachement très importante, juste après la maman. Et bien sûr il est important qu’il prenne sa place et passe des moments privilégiés avec son bébé lui aussi. Par contre je ne suis pas d’accord avec l’idée de donner un biberon de lait maternel pour tisser ces liens : cela est risqué pour le bon fonctionnement de l’allaitement (le bébé peut faire une « confusion sein/tétine »), et surtout, si la maman est là, le bébé préférera le sein et ne comprendra pas pourquoi on le lui refuse. Mais il existe beaucoup d’autres moyens pour les pères de tisser des liens privilégiés avec leur bébé : le bain (chez nous par exemple, c’est le rôle de papa), l’habillage, le portage en écharpe ou en porte-bébé, le jeu… Je peux en tous cas témoigner qu’en fonctionnant ainsi, mon P’tit Loup est vraiment proche de son papa. Quand son papa rentre du travail, il est fou de joie, court vers lui à 4 pattes, lui fait des câlins et des bisous 😉

      Je note cette idée d’article que je n’avais pas en tête, merci beaucoup !

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