Angoisse de la séparation

L’angoisse de la séparation : comment gérer ?

Angoisse de la séparation

« Imaginez que vous ayez eu avec votre fille de quinze ans un violent accrochage […] et qu’elle ait finalement mis quelques vêtements dans un sac avant de crier […] : « Je m’en vais pour toujours, je ne veux plus te revoir de ma vie ! » avant de partir en claquant la porte. Combien d’heures attendriez– vous, heureuse et insouciante, avant de vous mettre à pleurer ? Ne commenceriez-vous pas à pleurer avant même qu’elle n’ait quitté la maison, de la suivriez-vous pas dans l’escalier, ne lui courriez-vous pas après dans la rue, ne tenteriez-vous pas de l’attraper par le bras sans crainte de vous donner en spectacle devant les voisins, ne la supplieriez– vous pas à genoux, ne vous arrêteriezvous pas seulement lorsque l’épuisement vous empêcherait de continuer à courir ? […]

Nul besoin d’attendre quinze ans pour vivre une telle scène. Votre fille agit déjà ainsi, à chaque fois que vous vous en allez. Parce qu’elle est encore trop petite pour savoir si vous allez revenir ou non, ou quand vous allez revenir, ou si vous allez être près ou loin pendant ce temps. Et c’est sans doute pour cela que son comportement automatique, instinctif, celui qu’elle a hérité de ses ancêtres au fil des millénaires, sera supposé le pire ».

Serremoifort, Carlos Gonzales, p47.

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S’il y a une phase qui décontenance plus d’un jeune parent, c’est bien la phase d’angoisse de la séparation, qui survient souvent autour du 8ème mois du bébé. J’ai moi-même été très déstabilisée lorsque mon fils est passé par là, et il y a un certain nombre de choses que j’aurais aimé savoir à l’époque en amont, plutôt que de les apprendre « sur le tas ». Suite à quelques messages privés de mamans demandant de l’aide à ce sujet, je me suis rendue compte que je n’avais pas encore abordé cette question sur ce blog. Alors je me suis dit qu’il était temps d’y remédier !

À QUOI EST DUE L’ANGOISSE DE LA SÉPARATION ?

Aux alentours du 8ème mois, le bébé prend soudain conscience qu’il est une personne à part entière : il n’est pas le prolongement de sa maman, il n’est pas elle, il est « LUI ». Et du coup, il prend conscience qu’il peut être séparé d’elle. Cela suscite chez lui beaucoup d’angoisse, puisque quand il voit sa maman partir, il ne sait pas si elle va revenir un jour. Il a véritablement peut qu’elle ait disparu à jamais ! Quand on prend conscience de cela, il paraît d’un coup moins surprenant qu’il se mette dans des états pas possible juste parce maman change de pièce… Ce n’est pas du cinéma, mais la manifestation d’une véritable panique !

« Oui, il est facile d’être patient quand on est convaincu que la personne qu’on aime va revenir »

Serremoifort, Carlos Gonzales, p47.

COMMENT LA RECONNAÎTRE ?

Les signes de cette phase sont sans équivoque : en général elle ne passe pas inaperçue !

Voici une petite liste :

  • Le bébé hurle dès que sa mère (ou son père, ou une autre personne s’occupant de lui) quitte la pièce. Cela est plus intense avec sa figure d’attachement principale.
  • Il se met à pleurer dès que quelqu’un d’autres que ses figures d’attachement le prend dans les bras, alors qu’avant il passait de bras en bras sans aucun problème.
  • Il refuse catégoriquement d’aller se coucher (même en étant accompagné) et lutte contre le sommeil malgré la fatigue. Il a peur de s’endormir, encore une fois par peur d’être séparé de ses parents. Le sommeil est une forme de séparation…
  • Les séparations qui avant se passaient bien deviennent compliquées : pleurs lors du départ des parents de la crèche/de chez la nounou, ou lors de toute autre séparation, alors qu’avant cela se passait bien…

QUAND SURVIENT-ELLE ?

On parle énormément de « l’angoisse du 8ème mois ». En réalité, la fenêtre de cette phase est plus large : elle se manifeste entre 7 et 10 mois environ. Mais il est bon de savoir que ces phases d’angoisse de la séparation peuvent se répéter plusieurs fois ! Mon P’tit Loup en a traversé une autour de ses 9 mois, et lorsque tout est rentré dans l’ordre, je pensais naïvement que c’était de l’histoire ancienne, qu’il ne connaîtrait plus l’angoisse de la séparation… Erreur ! Il a traversé une autre phase similaire à ses 12 mois, bien plus violente d’ailleurs. Puis à ses 14 mois. Et enfin une dernière autour de 17/18 mois. À chaque fois, cela apparaissait d’un coup. Il hurlait dès que l’on changeait de pièce, et les couchers étaient extrêmement difficiles. Je me souviens qu’il refusait même le sein (chose qui n’arrivait JAMAIS sinon !) quand il sentait que je le lui offrais pour l’aider à s’endormir. Il avait tout simplement peur de s’endormir, peur de la séparation de la nuit… Pourtant, je l’accompagnais toujours dans le sommeil et nous dormions en cododo… Et à chaque fois, tous ces problèmes partaient comme ils étaient venus, au bout de 3 semaines environ.

Par la suite, en discutant avec d’autres parents, je me suis rendue compte qu’il était très fréquent que les bébés répètent ces phases d’angoisse de la séparation. La phase des 12 mois, notamment, a l’air vraiment courante ! (Mais alors pourquoi en entend-on si peu parler ??) Je me suis par la suite documentée davantage, et j’ai mieux compris. En fait, ces phases peuvent aller et venir à jusqu’à ce que l’enfant acquiert pleinement la notion de permanence de l’objet. C’est-à-dire qu’il comprenne que lorsque quelque chose disparaît de sa vue, il existe toujours en réalité. Le jour où, lorsque l’on cachera une balle sous le canapé, il ira ensuite la récupérer de lui-même, c’est qu’il aura pleinement acquis cette notion. Cela voudra dire qu’il sera capable de visualiser la balle là où elle a été mise, même s’il ne la voit plus. C’est grâce à cette notion qu’il sera capable de comprendre que lorsque ses parents ne sont pas là, ils sont simplement ailleurs à faire autre chose, mais reviendront ensuite. Forcément, c’est plus rassurant que d’attendre dans l’incertitude de les revoir un jour ! Et on comprend qu’à ce moment-là, l’enfant accepte bien mieux les séparations… Mais selon les enfants, cette acquisition peut être plus ou moins longue. La notion de permanence de l’objet est en moyenne pleinement acquise autour de 18 mois, mais il n’est pas rare qu’elle se fasse plutôt autour de 2 ans, et parfois même autour de 3 ans !

QUE FAIRE POUR AIDER SON BÉBÉ LORS DE CES PHASES DIFFICILES ?

S’il est parfaitement normal que le bébé passe par ces phases de peur de l’abandon, il y a tout de même des choses que nous parents pouvons faire pour l’aider à les traverser !

RASSURER… ENCORE ET TOUJOURS !

Pendant ces phases plus que jamais, le bébé a besoin d’être rassuré sur la constance et l’amour inconditionnel de ses parents. Il est donc primordial de répondre promptement à chaque pleur, de surtout ne jamais le laisser pleurer.  Cela accentuerait ses angoisses !

Il est important plus que jamais aussi d’accompagner le bébé dans le sommeil. Et à ce sujet, j’ajouterais qu’il est bon dans ce cas de lâcher prise sur les routines habituelles. Autant je pense qu’il est important de conserver le petit rituel du soir qui permet au bébé de se rassurer en anticipant l’étape du coucher, autant je pense qu’il faut savoir aussi composer autrement si cela ne fonctionne plus. Dans le cas de mon P’tit Loup, il paniquait lorsqu’on approchait de la chambre, malgré le rituel. Il se mettait à hurler, et comme je le disais, il refusait même mon sein ! Alors je le mettais simplement dans le portebébé, vaquais à mes occupations et attendais qu’il s’endorme. Il est aussi arrivé qu’avec le papa, nous partions tous les trois de la maison nous balader, mon P’tit Loup dans le porte-bébé, pour qu’il s’endorme. C’était l’été donc le climat s’y prêtait bien, et plutôt que de batailler dans la chambre, c’était bien plus paisible et agréable pour tout le monde comme cela ! Une fois à la maison, je le posais dans son lit (il avait 1 an donc était un peu lourd à garder dans le dos !). Et s’il se réveillait plus tard dans la soirée, je venais immédiatement le rassurer et il se rendormait en un clin d’œil avec une tétée. Mais lors de ces périodes, je tâchais de me coucher relativement tôt pour avoir toutes les chances d’être déjà présente en cas de réveil. De toute façon, c’était l’histoire à chaque fois de quelques semaines…

De manière générale, le portage est un formidable outil dans des moments pareils : face à un bébé « pot de colle » qui demande les bras presque en permanence, il sauve la vie puisque il permet de rassurer le bébé tout en ayant les mains libres pour vaquer à ses propres occupations ! Il permet donc de ne pas se sentir « bloqué » à ne faire « que » rassurer son bébé, ce qui enlève un énorme poids je trouve, et permet d’éviter beaucoup de frustrations.

Le cododo est également dans ce cas d’une grande aide. Tant qu’il n’a pas acquis la notion de permanence de l’objet, lorsque le bébé se réveille seul, il panique car il ne peut pas comprendre que ses parents sont simplement dans la pièce d’à côté : il les imagine partis pour toujours ! Il est fréquent que le bébé se réveille souvent la nuit lors d’une période d’angoisse de séparation, même s’il « faisait ses nuits » avant. Dans ce cas, la solution la plus simple et efficace est à mon sens le cododo. Elle permet à la fois au bébé d’être rassuré, et aux parents de dormir. Le bébé, en voyant ses parents près de lui à son réveil, aura toutes les chances de se rendormir rapidement. En fait, il est même fort probable qu’il ne se réveille pas complètement, surtout si ses parents interviennent rapidement (avec une tétée/la tétine/une caresse..). Du coup, les parents ne se réveillent pas tout à fait non plus. C’est une solution gagnant/gagnant par excellence ! Si la famille ne souhaite pas pratiquer le cododo à plus long terme, il serait à mon sens dommage de s’en priver lors de ces phases d’angoisse de la séparation. Les habitudes précédentes pourront toujours être reprises par la suite, une fois le bébé rassuré…

Se rappeler la théorie de l’attachement de Bowlby est d’une grande aide je trouve : plus le bébé aura été rassuré dans ces moments, plus il aura bénéficié d’une étroite proximité physique et de paroles empathiques, et plus il se détachera facilement et de lui-même quelques années plus tard ! Répondre à ces besoins affectifs est certes épuisant, mais on peut le voir comme une sorte d’investissement à long terme ! 😀 (Et je vous assure que mon P’tit Loup de 3 ans et demi est loin d’être collé à moi ! ).

RASSURER ENCORE DAVANTAGE EN CAS DE SÉPARATION

Lors d’une phase d’angoisse de la séparation, il est probable que le bébé qui se laissait déposer chez la nounou ou la crèche sans soucis auparavant se mettent dorénavant à pleurer, par peur d’être abandonné. Il est donc important, dans ce cas, de rassurer au maximum. En expliquant bien à l’avance tout ce qui va se passer et comment, afin qu’il puisse anticiper les étapes (Les bébés comprennent bien plus que ce qu’on pourrait soupçonner !). En se raccrochant à des petits rituels bien établis le matin sur la manière de se préparer, la manière de dire au revoir… Une fois le moment venu, il me semble important de bien prendre le temps de lui dire au revoir, et de lui expliquer à nouveau que l’on va revenir.

ÉVITER LES SÉPARATIONS INHABITUELLES

Les phases d’angoisse de séparation ne sont pas de bons moment pour commencer un nouveau mode de garde, donc si c’est possible, mieux vaut éviter de fenêtres là… Si vraiment il est impossible de faire autrement, il sera important plus que jamais de bien soigner la phase d’adaptation.

Quant aux séparations occasionnelles (sortie en amoureux un soir par exemple), mieux vaut les éviter dans ces périodes-là. Encore une fois, il ne s’agit généralement que de quelques semaines, il y aura d’autres occasions… Si vraiment une séparation inhabituelle devait avoir lieu, elle aura plus de chances d’être bien vécue par tous si le bébé est gardé par une personne familière (une grand-mère par exemple), dans un endroit familier (chez lui idéalement, ou dans une maison qu’il connaît bien). Et surtout, surtout, ne jamais partir dans son dos ! C’est-à-dire qu’il est important qu’il voit bien son papa/sa maman partir, pour ne pas être « pris en traître ». J’en sais quelque chose puisque nous avions commis cette erreur une fois avec mon fils. Il avait 9 mois. C’était les vacances de Noël et nous étions donc en France, chez mes beaux-parents. Nous souhaitions profiter de leur présence pour sortir ensemble au cinéma. (Si c’était à refaire, je ne le ferais pas…). Nous avions planifié notre sortie en après-midi pour faciliter les choses, étant donné qu’il se réveillait encore plusieurs fois en cours de soirée et avait besoin de ma présence pour se rendormir. Mais au moment de partir, il dormait toujours : la sieste était plus longue que prévue. Nous avons hésité à le réveiller, puis avons finalement décidé de partir. Quand il s’est réveillé, forcément, il a beaucoup pleuré. Heureusement, sa mamie a accueilli son émotion, et il a pu passer à autre chose ensuite. Mais suite à cet épisode, les couchers ont été compliqués pendant plusieurs semaines. C’est logique si l’on y réfléchit : il devait se dire qu’on risquait de lui faire le coup à nouveau, qu’il ne nous verrait plus à son réveil ! Sa peur de l’abandon avait été exacerbée… Même si réveiller un bébé qui dort n’est jamais idéal, nous aurions mieux fait de le faire à ce moment-là.

LE COUCOU/CACHÉ

Des petits jeux peuvent aider le bébé à prendre progressivement conscience de la notion de permanence de l’objet. C’est le cas du « coucou/caché ». Tout parent le fait ou l’a fait avec son bébé je pense : il s’agit de regarder le bébé en faisant « coucou », de cacher son visage avec ses mains en disant « caché », puis de remontrer d’un coup son visage en disant à nouveau « coucou ». On peut aussi utiliser un lange ou un bavoir et cacher le visage du bébé. On peut aussi s’amuser à lui cacher de la sorte des objets.

Revoir le visage de l’adulte ou de l’objet qui a été caché lui permet de prendre conscience progressivement que quelque chose peut continuer d’exister même s’il ne le voit pas…

LES BOÎTES PERMANENCE DE L’OBJET

Les boîtes permanence de l’objet sont également une aide à cet apprentissage. Il s’agit d’une boîte dotée d’un trou sur le dessus dans lequel on peut insérer une forme (la boule étant la première forme que l’on présente au bébé), et d’un tiroir qui permet de récupérer cette forme. Lorsque le bébé insert la boule dans le trou, elle disparaît de sa vue. Mais lorsqu’il ouvre le tiroir, il la retrouve. Ainsi, il comprend petit à petit que lorsqu’un objet disparaît de sa vue, il existe toujours malgré tout…

Ce matériel Montessori peut être présenté à partir de 8-9 mois dans sa forme la plus simple (avec une boule et sans le tiroir dans un premier temps) , et le bébé pourra montrer de l’intérêt jusqu’à 2 ans voire plus si l’on accroît les difficultés (ajout du tiroir, variations des formes, augmentation du nombre de formes…) !

Pour en savoir plus sur les boîtes permanence de l’objet, je vous invite à regarder cette vidéo :)

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Je pense avoir fait le tour de cette question épineuse ! J’espère de tout cœur que ces pistes pourront aider des parents traversant cette période difficile. Si vous êtes dans ce cas, je vous souhaite beaucoup de courage !

Je pense que le plus important est de se rappeler que le bébé manifeste simplement le besoin intense d’être rassuré sur l’amour qu’on lui porte. Cette phase est difficile pour nous parents, mais elle tout à fait normale et saine, et fait partie intégrante de son développement. Il a besoin plus que jamais de se sentir aimé inconditionnellement, d’avoir confiance en ses parents sur leur capacité à répondre à ses besoins quoi qu’il arrive. Il a besoin de se coller à eux, mais c’est seulement pour faire le plein de sécurité affective et mieux se détacher ensuite ! ❤️

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Et vous, comment avez-vous vécu ces périodes d’angoisse de la séparation ?

Crédit photo :

Photo de Dani. Licence Creative Commons.

 

 

4 réflexions sur “L’angoisse de la séparation : comment gérer ?

  1. Nanakie dit :

    Super article, simple et efficace, comme d’habitude !
    je connaissais l’angoisse de séparation et heureusement, car ce fut très fort pour ma fille ! Et je sens qu’à 13 mois passés, ce n’est toujours pas totalement résolu (pourtant elle commence à comprendre la permanence, elle cache d’elle même des objet sous son tapis, attend quelques secondes, puis re-regarde sous le tapis et éclate de rire à la vue de l’objet > on sent sa joie de constater que l’objet ne disparaît pas!). Le moment du coucher fait ressortir toute cette angoisse, elle est très calme lorsqu’elle est dans mes bras, ou même dans son lit et moi à ses côtés, mais dès que je franchis le seuil de la porte : c’est la crise !
    Malheureusement on ne peut pas faire de cododo car elle bouge énormément, joue avec nous, donne des coups… bref ne dort pas entre nous, et nous non plus. Mais je prends mon mal en patience et passe beaucoup de temps dans sa chambre à la rassurer jusqu’à ce qu’elle s’endorme, et lui rappeler à chaque fois que nous sommes à côté, prêts à répondre en cas de besoin… c’est chronophage et énergivore, mais j’espère qu’elle grandira avec une énorme dose de confiance en elle et en nous <3

  2. Fleur dit :

    La période d’angoisse de séparation a été très violente pour ma fille. On a été beaucoup déstabilisés son père et moi, surtout qu’on n’a pas compris tout de suite de quoi il en retournait. Et pour cause, elle a fait son angoisse de séparation à 6 mois, ce qui n’est pas banal (mais qui arrive parfois selon sa pédiatre). Elle a vécu pendant 1 mois, greffée à mes bras. Même son papa ne pouvait plus la porter sans qu’elle ne fasse une crise d’hystérie. Alors pendant 1 mois, je l’ai portée en permanence (elle était sur mes genoux quand j’allais aux WC). On était déjà en mode cododo, donc le sommeil n’a pas été perturbé. Elle a en effet refait une mini crise vers les 1 an (et une autre quelques temps après) mais absolument rien de comparable à celle des 6 mois. Maintenant, je suis sensibilisée sur le sujet, et je garde bien en tête que les bébés ne font pas tous leur angoisse à 8 mois.. ça pourra bien me servir pour le petit frère qui arrive 😉

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