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Mon accouchement (déclenché, sans péridurale)

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Et voilà, ma petite fille est née, le 29 mars dernier ! ❤️

C’est le premier article que j’écris sur le blog depuis sa naissance. Le temps passe vite pour moi en ce moment ! J’ai déjà fait le récit de mon accouchement en vidéo sur ma chaîne Youtube, mais il me tenait à cœur de raconter mon accouchement également par écrit. D’une part parce que je sais que certaines personnes préfèrent ce format, et d’autre part parce que j’aime tellement écrire ! Je pense que je pourrai plus facilement retranscrire toute l’émotion que j’ai ressentie par écrit, et j’ai envie de le faire aussi pour moi, pour avoir une trace de tout cela alors que c’est tout frais, pour mieux me souvenir de chaque détail quand j’y repenserai plus tard…

Alors c’est parti, je me lance !

LE CONTEXTE

Sur la fin de ma grossesse, à 36 SA, le verdict tombe : la cholestase gravidique est de retour. J’ai alors tout de suite compris que mon accouchement serait très fort probablement déclenché. Moi qui avais pour projet d’accoucher de manière physiologique, c’était sacrément compromis ! J’ai essayé de me préparer au mieux à cette éventualité, et de me préparer encore davantage à l’accouchement tout court, afin de mettre toutes les chances de mon côté pour que cet accouchement se passe au mieux et se rapproche au maximum d’un accouchement physiologique malgré tout.

Deux semaines après le diagnostic, la décision fût prise de déclencher mon accouchement. Etant donné le stress lié à la maladie (qui induit un risque de mort fœtale in utero), j’étais plutôt soulagée de la nouvelle.

Le déclenchement

Je suis donc rentrée à la clinique le 28 mars au soir pour le déclenchement. Drôle de sensation que d’aller à l’hôpital en se disant que c’est pour accoucher, sentiment étrange de dire au revoir à son fils en se disant que la prochaine fois qu’on le verra, il sera grand frère…

22h : j’arrive à la clinique, accompagnée du papa. On me place dans une petite chambre, où je passerai la nuit, et on m’examine. Je ne suis dilatée qu’à 1 cm, et mon col est long et postérieur. Pas très favorable tout ça ! On me met sous monitoring, on me pose un cathéter, et on m’explique qu’on me posera un produit à 23h pour faire mâturer mon col. Là, ça me stress un peu : je me souviens que pour mon déclenchement précédant, le premier produit avait été posé à 1h du matin, et que les contractions avaient commencé à être bien douloureuses autour de 6h du matin. Alors là, je me dis que si on commence 2 heures plus tôt, je risque d’être réveillée au milieu de la nuit par mes contractions, or j’ai vraiment besoin de dormir avant de pouvoir accoucher, je suis épuisée ! Je communique mes doutes à la sage-femme et au médecin qui s’occupent de moi, mais ils m’expliquent que c’est le protocole et qu’ils ne peuvent pas le changer. Mais que les contractions induites ne devraient pas être fortes au point de m’empêcher de dormir. On me dit aussi que demain, on me posera un comprimé en vaginal au petit matin, puis une perfusion d’ocytocine un peu plus tard. Je leur explique que lors de mon déclenchement précédant, la perfusion d’ocytocine n’avait pas été nécessaire, les comprimés de prostaglandines avaient suffi. Mais ils ont l’air décidés à me la poser assez rapidement, « c’est le protocole ». J’explique que s’il est possible d’éviter j’aimerais mieux (étant donné ce que j’ai appris de la physiologie de l’accouchement, cette perfusion d’ocytocine me fait vraiment peur : peur qu’elle déclenche des contractions que je ne pourrais supporter, peur d’avoir du coup recours à la péridurale, peur qu’elle n’altère le lien d’attachement avec ma fille, peur des effets secondaires divers…). Tout cela génère énormément de stress pour moi, à un moment où j’ai vraiment besoin de me détendre. Je demande également si je pourrai avoir accès à la salle nature. On ne peut pas me la réserver au cas où d’autres mamans en aient besoin dans la nuit, mais on m’assure qu’il y a toutes les chances qu’elle soit disponible le lendemain matin, et que l’on pourra m’y conduire de bonne heure.

23h : je dis au revoir à mon chéri, qui rentre dormir à la maison avec notre fils, et la sage-femme et le médecin me changent de pièce pour me poser le premier produit dans le col. L’atmosphère est vraiment particulière : néon dans la figure, position gynécologique, pose du produit extrêmement douloureuse pour moi (mon col étant postérieur, à chaque éxamination, je morfle !). Une fois que c’est fait, je dois rester allongée sur le dos pendant une heure, heure pendant laquelle on me pose un monitoring. Là, j’ai un coup de blues : ce n’est décidément vraiment pas comme cela que j’imaginais le début de mon accouchement. Je touche mon ventre et verse même quelques larmes. J’ai mal au cœur pour mon bébé, ma petite fille à naître. On va la mettre dehors, alors qu’elle doit être si bien à l’intérieur ! Et puis, j’espère vraiment échapper à la perfusion d’ocytocine. Je ne veux surtout pas qu’on me la pose alors que ça aurait pu fonctionner sans. Qu’on laisse au moins à mon corps une chance de réagir aux prostaglandines ! Je sens de fortes douleurs de règle monter en puissance pendant cette heure de monitoring, et je me dis que décidément, ils m’ont posé le produit trop tôt. S’il y a bien un avantage à être déclenchée, c’est le fait de pouvoir contrôler le moment, alors pourquoi en choisir un qui m’empêcherait d’être reposée au début du travail ? Bref, moral en berne…

Minuit : la sage-femme revient et me débranche : bébé va bien. Je lui fais à nouveau part de mes doutes concernant le moment début du travail, et l’ocytocine aussi. Sur le premier point, elle me rassure : le produit posé ne devrait pas déclencher véritablement l’accouchement pendant la nuit. Je comprends que le produit de 23h est en fait différent de celui que j’avais reçu à 1h du matin 3 ans auparavant, ouf ! Pour le second, elle me dit qu’elle essaiera de voir avec la gynécologue ce qui est possible. Je vais me coucher. Avant d’éteindre la lumière, je relis quelques passages et témoignages du livre de Maïtie Trelaün. Puis j’essaie de m’endormir. Pendant une bonne heure, de fortes douleurs de règles m’en empêchent, mais heureusement elles finissent par s’estomper et je finis par m’endormir.

6h : je me réveille, j’ai pu dormir et je me sens bien plus reposée, re ouf !

6h30 : la sage-femme vient me poser le comprimé de prostaglandines, puis me branche le monitoring. Je demande si je pourrai ensuite aller en salle nature, mais malheureusement on m’annonce que des accouchements ont eu lieu pendant la nuit et qu’elles ne sont plus disponibles ! Heureusement, on me dit tout de même que l’une des femmes est sur le point de faire sortir son bébé, donc une salle devrait se libérer rapidement.

7h : fin du monitoring, bébé va bien. On m’examine et on me pose le comprimé de prostaglandines. Mon col s’est modifié, il s’est ramolli et raccourci et il est ouvert à 2 cm. Je pose à nouveau la question de l’ocytocine, et la sage-femme me dit qu’ils devraient me laisser tranquille jusqu’à 11h pour voir comment agit le comprimé. Je suis soulagée !

7h30 : Le comprimé doit déjà faire effet, je sens des contractions bien douloureuses déjà ! Cela me rend optimiste pour la suite, peut être que je réussirai à me passer de cette perfusion d’ocytocine ! On me demande si je voudrais un petit déjeuner et je dis oui, j’ai faim ! En attendant je prends une douche, ce qui me détend beaucoup. Ensuite, je fais encore et encore le tour de ma chambre pour rester mobile et favoriser ainsi l’ouverture de mon col et la descente de mon bébé. À chaque contraction, je m’arrête, m’appuie sur le bord du lit et souffle. Je constate que j’adopte sans y faire attention la respiration apprise au Yoga prénatal, j’en suis contente !

8h : J’appelle mon chéri pour lui dire qu’il peut venir tranquillement.

8h30 : Les contractions s’intensifient j’ai l’impression. Je continue de circuler dans ma petite chambre mais je me sens bien à l’étroit ! J’envoie un sms à mon chéri pour lui dire de ne pas trop traîner. J’ai hâte qu’il soit là maintenant, je ne veux pas qu’il n’arrive qu’après que les choses deviennent difficiles. En fait, j’ai vraiment hâte d’être dans ma salle nature accompagnée de mon chéri et de ma sage-femme, pour pouvoir vraiment me mettre dans ma bulle.

La gynécologue vérifie mon col : il a un tout petit peu bougé depuis le dernier contrôle. Pourtant, je sens bien les contractions !  Du coup, on me parle à nouveau de la perfusion d’ocytocine à venir, c’est limite si elles ne sont pas déjà en train de préparer la perf => STRESS ! Je fais à nouveau part de mes craintes mais je ne me sens pas très bien écoutée.

9h : On me sert le petit déjeuner et me m’assois sur mon lit pour le prendre. Mon chéri arrive, ouf ! Je discute avec lui en prenant mon petit déjeuner, et au bout d’un petit moment je me rends compte que je ne sens presque plus mes contractions ! J’ai vraiment l’impression que tout s’est ralenti d’un coup ! Peut-être l’effet de la position assise ? Du coup, je me relève aussitôt et recommence à marcher dans la chambre. J’espère que je n’ai pas « tué » le travail qui avait commencé à se mettre en place, je ne veux pas qu’on le relance avec de l’ocytocine de synthèse !

9h45 : on m’annonce que la salle nature est disponible, youpiiii ! Enfin ! Mon chéri prend nos affaires et on y va pour s’y installer. La salle est superbe : très grande, avec une grande et superbe baignoire type « jacuzzi », des lianes suspendues, plusieurs ballons, et une table d’accouchement. Je suis vraiment contente et je me dis que je me sentirai bien ici pour accoucher.

Mais, à peine arrivés, voilà qu’on me reparle de l’ocytocine de synthèse. Surtout, je vois une sage-femme débarquer avec la perfusion et la pochette pour tout préparer. AU SECOURS ! Je répète encore que je n’en veux pas, pas tout de suite. Heureusement la sage-femme présente depuis le matin est réceptive. Elle m’explique que la gynéco lui avait dit de la poser dès l’arrivée en salle d’accouchement, mais qu’elle veut bien attendre encore un peu. Mais je sens bien que c’est pour bientôt et c’est source de beaucoup de stress.

10h : On me pose un monitoring, mais il est portatif donc ne me gêne que partiellement (je suis tout de même sanglée, mais pas attachée donc mobile). J’appelle ma sage-femme, qui se met en route. En attendant, je sens que les contractions s’intensifient à nouveau. Je m’accroche à une liane en me balançant d’un côté à l’autre pendant les contractions, et je me rends compte que cela me soulage beaucoup. J’évite de m’asseoir sur un ballon, de peur de ralentir le travail à nouveau ! Je répète donc ce mouvement à chaque contraction, en l’accompagnant de la « respiration Yoga » qui vient toujours naturellement.

10h15 : ma sage-femme arrive. Elle me demande comment ça va, et je lui réponds d’emblée que je suis angoissée à cause de la perfusion d’ocytocine que l’on veut me poser. Elle m’écoute avec empathie, et me dit de me détendre. Elle me parle d’autre chose et m’apaise beaucoup. Pendant les contractions, elle me voit faire avec la liane et me dit que c’est très bien. En même temps que je m’accroche et me balance, elle pose une main ferme sur le bas de mon dos et me demande si cela me fait du bien. Oh que oui ! Alors elle montre à mon homme comment faire, et je suis très heureuse ensuite de sentir sa main sur mon dos pendant les contractions. Elle lui montre aussi d’autres petits massages du bas du dos. J’aime qu’elle le fasse participer. J’essaie également une position au sol : à 4 pattes, je prends appui sur un ballon au niveau de mon buste, en faisant des mouvements de rotations. J’aime beaucoup aussi. La sage-femme, puis mon chéri, me massent le bas du dos en même temps lorsqu’une contraction arrive. Ma sage-femme a installé un petit matelas au pied du ballon pour préserver mes genoux, je m sens vraiment chouchoutée ! Entre les contractions, je me détends. Nous continuons comme cela un bon moment. Entre temps, on m’a complètement enlevé le monitoring.

11h : Contrôle du col par la sage-femme du service. Il n’a presque pas bougé. Le verdict tombe : il va falloir accélérer le travail de manière artificielle, parce qu’à ce rythme, je ne pourrai pas accoucher. Elle me parle à nouveau de l’ocytocine, mais comme elle savait que je préférais éviter, elle me propose une autre option dont elle a discuté avec ma gynécologue : la rupture artificielle de la poche des eaux. Et si cela ne suffit pas, ce sera l’ocytocine. J’accepte avec soulagement, cela me convient bien mieux ! Elle procède donc à la rupture. C’est vraiment trèèèèès douloureux pour moi (on m’avait prévenue !), mais j’aime mieux ça tout de même.

L’ACCOUCHEMENT

11h15 : Je sens très rapidement que les contractions s’intensifient. C’est comme si elles avaient doublé leur puissance d’un coup ! Je reprends mes petits rituels pour les accueillir de manière la plus détendue possible : la suspension à la liane avec balancements, en alternance avec la position 4 pattes sur le ballon, le tout accompagné des massages de mon chéri ou de la sage-femme. Assez rapidement, celle-ci me propose de me couler le bain. J’hésite : d’une part je trouve cela trop tôt dans le sens où je n’ai pas l’impression d’avoir suffisamment mal pour « mériter » le bain [(e préfère le garder en solution de secours lorsque vraiment je n’en pourrais plus et aurais besoin d’e nouvelles ressources), et d’autre part parce que j’ai peur que l’eau ralentisse le travail et ensuite de devoir avoir recourt à l’ocytocine de synthèse. Je lui dis qu’elle peut le couler, mais je ne suis pas sûre d’aller dedans dès qu’il sera prêt. Et puis finalement, très vite, je suis rattrapée par l’intensité des contractions : elles sont décidément de plus en plus fortes, j’ai besoin d’autres ressources. Lorsque le bain est prêt, j’ai très envie d’aller dedans, mais très peur que cela n’arrête la progression du travail. Je communique mes craintes à ma sage-femme. Sa réponse ? « Tu réfléchis trop ! Le travail est bien parti, je le vois ne t’inquiètes pas ! Maintenant arrête de réfléchir, détends toi et occupes toi de tes contractions ! ». Je crois que c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre ! Il faut absolument que je déconnecte mon cerveau rationnel, pour permettre à mon instinct de femme de prendre le dessus et de me guider pour faire naître mon bébé. Ces paroles sont libératrices, elles me permettent d’entrer enfin dans ma bulle. À partir de là, j’arrête donc de réfléchir, et c’est avec un grand soulagement que je rentre dans le bain.

Une fois dedans, je me sens bien. Ce changement d’environnement me donne de nouvelles ressources. Je m’allonge sur le côté tandis que ma sage-femme me masse le bas du dos, me fait couler de l’eau dans le dos… Lorsque la contraction arrive, j’ai tendance à me redresser sur mes genoux, à souffler fort, et une fois la vague passée, je m’allonge à nouveau, parfaitement détendue. Au fil des contractions, je souffle de plus en plus fort, puis le souffle se transforme en grognement rauque, puis le grognement en cri rauque, un cri qui vient du ventre. Très animal. J’avais clairement réussi à déconnecter mon cerveau rationnel pour laisser place à l’instinctif ! Ces contractions sont clairement de plus en plus fortes, extrêmement puissantes, douloureuses, et oui je pousse des cris, mais ce ne sont pas des cris de détresse. Je crois qu’ils me permettent plutôt de me libérer, de passer la contraction à la pointe de la vague. Ce qui est incroyable, c’est cet état de détente absolue qui m’envahit entre les contractions. Plus le temps passe, plus je parviens à me détendre entre les contractions. Cela jusqu’à atteindre un état de somnolence, je n’exagère pas ! Je suis allongée sur le côté, j’écoute les doux bruits de l’eau, je ferme à moitié les yeux, je regarde au loin, dans le vague, et je ne réfléchis à rien du tout. Et au retour de la vague, je me redresse, je souffle, je pousse mes grognements/cris qui viennent du ventre. Puis je m’allonge à nouveau dans le silence.

À un moment donné, je panique un peu : je me dis que je n’y arrive plus, les contractions deviennent trop intenses et je ne sais plus dans quelle position me mettre pour me soulager. J’essaie vaguement de formuler cela à ma sage-femme, mais je ne crois pas que je parviens à sortir une phrase correcte ! Elle m’encourage en me disant que tout ceci est du vrai travail, que ça avance ! Et puis finalement, je parviens à m’adapter je ne sais trop comment à ces vagues plus fortes encore, en continuant ma petite « routine » pour accueillir les contractions.

Et puis, j’entends ma sage-femme dire doucement à mon chéri, qui voulait aller se chercher à manger, de ne pas traîner à le faire. Il dit qu’il pourra y aller plus tard, mais elle répond, très sûre d’elle, qu’il vaut mieux y aller maintenant. Sur le moment, je ne cherche pas trop à interpréter ces mots, je suis toujours dans ma bulle, mais j’ai compris plus tard qu’elle avait senti que les choses s’accéléraient beaucoup.

Elle me suggère d’essayer d’aller aux toilettes. Je sors donc du bain pour y aller. J’essaie à plusieurs reprises, mais à chaque fois, j’ai à peine le temps de m’asseoir qu’une contraction survient. Je ne la supporte pas du tout assise, il faut que je change de position, alors je viens me jeter à 4 pattes par terre le temps de la contraction. Et rebelotte avec la suivante, puis celle d’après. Ma sage-femme aux petits soins m’apporte un petit tapis pour que je puisse me mettre à 4 pattes sans avoir mal aux genoux, et des alèses en me disant que si je fais pipi là, ce n’est pas grave. À partir de là, je reste sur place, en semi 4 pattes. Entre les contractions, je me détends en posant ma tête sur le sol. Pendant les contractions, je me redresse sur mes bras. Et surtout je crie : les grognements se sont vraiment transformés en gros cris graves ! Ma sage-femme me demande si quelques chose a changé. Elle répète sa question plusieurs fois, mais je ne parviens pas à répondre. Elle sort rapidement pour aller chercher quelqu’un (le protocole du déclenchement veut que ma gynécologue ainsi qu’une sage-femme de la clinique soient présente lors de l’expulsion). Moi, je sens que ça pousse ! Au bout d’un moment, je le crie : « ça pousse » ! Je sens que ça pousse de plus en plus, c’est tellement puissant que j’en suis surprise. Je répète plusieurs fois : ça pousse ! Ça pousse ! Elle me répond d’attendre avant de pousser, d’aller vite d’abord sur la table. Je cours alors vers la table et j’y grimpe à 4 pattes. Je reste campée dans cette position : je ne peux pas bouger d’un pouce, il n’y a que comme cela que je me sens « bien », ou plutôt, toute autre position me paraîtrait insupportable, intenable ! Une sage-femme de la clinique, qui nous a rejoint, m’examine rapidement : je suis à dilatation complète, c’est bien ça, mon bébé arrive ! Je me rends compte que j’ai réussi, je vais accoucher sans péridurale. J’en suis très heureuse et à la fois, l’espace de quelques secondes, ça me fait peur : je vais faire sortir mon bébé sans péridurale, et il n’y a aucun retour en arrière possible !

13h10 : Ça pousse de plus en plus fort, et tout mon corps accompagne cette poussée sans que je n’aie à réfléchir ni calculer quoique ce soit. Je suis presque témoin, spectatrice de l’exploit que mon corps est en train de réaliser à ce moment-là. J’en suis la première impressionnée, surprise ! À chaque contraction, je pousse de grands cris, toujours dans les tons graves. Ce ne sont toujours pas des cris de souffrance, juste des cris libérateurs. Et je sens parfaitement mon bébé descendre, je ressens tout dans mon corps, c’est incroyable ! J’ai très chaud et je le dis. Quelques secondes après, mon chéri me passe un gant humide et froid sur le visage, que ma sage-femme lui a donné. Que ça fait du bien ! Entre deux contractions, j’entends ma sage-femme dire : « encore 4 comme ça et ton bébé est là ! ». Ces paroles me donnent beaucoup de force et de courage pour aller au bout, j’y suis presque ! Arrive le moment de sortir la tête : je ressens une brûlure intense, et sur le coup je ne veux plus, je me dis que ça ne passera pas… Mais je n’ai pas le choix, il faut que je m’ouvre au passage de mon bébé. Alors j’essaie d’ouvrir, je me répète d’ouvrir, relâcher… Les sages-femmes m’encouragent, elles me disent d’y aller doucement pour ne pas me déchirer. Cela me motive et je les écoute, je me retiens de pousser trop fort. (Pour mon premier accouchement, je n’avais pas écouté, ne supportant pas cet étirement, j’avais poussé fort d’un coup et je m’étais déchirée…). Leurs encouragements m’aident énormément. Puis je ressens une nouvelle brûlure, encore plus forte que la première. Mais pourquoi ? Qu’est-ce que c’est, je croyais que la tête était déjà sortie ??? En fait il s’agissait des épaules… La sortie des épaules a été pour moi plus douloureuse que celle de la tête. Et enfin, je ressens cette sensation très étrange de me vider de mes entrailles quand le reste du corps de mon bébé glisse d’un coup.

13h26 :  Notre petite fille est là ! ❤️ 

Lorsque j’entends cela je me retourne vite et ma sage-femme la place contre moi, en peau à peau. Elle pleure un tout petit peu, et se calme très vite à mon contact. Quelle émotion de la voir enfin ! Bien sûr elle est magnifique. Nous sommes les plus heureux avec le papa. Une fois que le cordon a cessé de battre, c’est lui qui le coupe.

Je réalise doucement ce qui vient de se passer. Moi qui appréhendais tant cet accouchement déclenché, j’ai eu tellement de chance ! Je ne pouvais espérer plus bel accouchement étant donné les circonstances. Une fois les protocoles médicaux passés, forcément pénibles, tout s’est si bien enchaîné ! Une fois la poche des eaux rompue, je suis passée de 2 cm de dilatation à 10 cm en 2 heures. Quelle chance ! Je n’ai pas eu recours à la péridurale comme je le souhaitais, et j’ai réussi à échapper à l’ocytocine de synthèse. J’ai été si bien accompagnée pendant ces 2 heures, entourée uniquement de mon homme et de ma super sage-femme aux petits soins, qui a su être présente, rassurante, encourageante, mais absolument pas envahissante. Je me suis sentie soutenue et respectée en tant que femme. J’ai accouché dans une clinique, mais j’ai malgré tout ressenti ce moment comme intime. (Décidément, je recommande à toutes les futures mamans de s’entourer d’une sage-femme libérale le jour J, cela change tout !). J’ai accouché sans péridurale, mais j’ai beaucoup moins souffert que lors de mon premier accouchement sous péridurale. Et cerise sur le gâteau : je n’ai aucune déchirure !

Ma gynécologue arrive un peu après. Mon bébé est sorti tellement plus vite que ce qu’elle aurait pensé qu’elle n’est pas parvenue à arriver à temps. Honnêtement, cela me convient très bien comme ça. Finalement, elle ne s’occupe que de la délivrance du placenta. Une fois sorti, on nous le montre, c’est chouette de voir la maison qui a abrité notre bébé pendant ces 9 mois !

Puis ma sage-femme nous dit au revoir et nous restons là tous les 3, le papa, ma petite Louve et moi. Elle est toujours sur moi, en peau à peau. Nous restons plus de 2 heures comme cela, hors du temps. Au bout d’un moment, elle commence à chercher le sein. C’est très impressionnant : elle se redresse sur ses 2 bras et pousse avec ses pieds pour ramper ! Quelle énergie, elle qui n’a que quelques heures ! Je suis si heureuse de vivre ce qui ressemble au fameux « Breast Crowling ». Nous la laissons faire, nous nous demandons si nous devrions l’aider ou non. La sage-femme de la clinique nous dit de la laisser aller à son rythme,. Au bout d’un certain temps, elle a l’air d’avoir un peu de mal et de s’énerver un peu, donc nous l’orientons légèrement, et elle prend le sein ! Elle tète un peu, rien de nutritif, mais c’est tout de même notre première tétée, là en salle de naissance… ❤️ Un peu plus tard, on l’accompagnera à l’autre bout de la pièce pour la peser et l’habiller. Je me lève, je participe, je me sens en forme !

17h : Je m’installe dans un lit propre avec ma fille tout contre moi, et l’on me pousse dans le service maternité jusqu’à ma chambre. Je contemple ma fille, je suis sur mon nuage, je suis heureuse et reconnaissante. J’ai le sentiment d’avoir véritablement mis ma fille au monde, de l’avoir moi-même guidée vers la sortie, de l’avoir accompagnée jusqu’au bout, d’avoir accompli ce miracle de la vie par moi-même. Je me sens bien, je me sens entière, je me sens forte, je me sens pleinement femme et mère. Je souhaite à toutes les femmes de vivre un tel accouchement (le déclenchement en moins bien sûr !), de ressentir cette puissance du corps qui s’exprime lorsque l’instinct prend le dessus. D’être aussi heureuse de leur accouchement que je le suis en cet instant.

Mon récit en vidéo :

 

6 réflexions sur “Mon accouchement (déclenché, sans péridurale)

  1. Natacha Guillaume dit :

    Ouaaah, j’ai les larmes aux yeux. J’espère vivre cela (sans le déclenchement 😉 ) quand j’accoucherai de mon second bébé dans quelques semaines. Je ne savais même pas qu’on pouvait vivre une telle expérience en étant déclenchée!
    Je suis heureuse pour vous :)
    Natacha

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