DME

La DME : c’est quoi au juste ?

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Dans l’esprit commun, quand on pense diversification alimentaire du bébé, on pense automatiquement : purées de légumes, compotes de fruits, petits pots et cuillère. On a en tête l’image d’un adulte portant à la bouche du bébé une cuillère de purée ou de compote.

Et si je vous disais que les purées et compotes données à la cuillère n’étaient absolument pas un passage obligé de la diversification alimentaire ? Que non seulement ce n’est pas obligatoire, mais qu’il est même extrêmement bénéfique pour le bébé (et aussi pour les parents !) de s’en passer ?

Les purées et compotes données à la cuillère ne sont pas obligatoires !

Je n’ai jamais nourri mes enfants de cette manière. Le premier aliment solide de mon P’tit Loup, c’était un fleuret de brocoli cuit à la vapeur, qu’il a lui-même porté à sa bouche. Il avait tout juste 6 mois. Pour ma petite Louve, il s’agissait de bâtonnets de carottes bien cuites. Elle avait alors 6 mois et demi. Par la suite, ils ont chacun continué à se nourrir par eux-mêmes en portant des gros morceaux d’aliments assez mous à leurs bouches. Au fil du temps, leurs capacités de préhension et de mastication ont évolué tout comme leur appétit pour les aliments solides, et c’est ainsi, tout naturellement, qu’ils en sont venus à manger « comme nous » : des aliments plus petits, de toutes textures, et en quantités plus importantes.

À aucun moment les cuillérées de compotes données en bouche par papa/maman n’ont fait partie du processus…

Quand un bébé est vraiment prêt à manger des aliments solides, il est capable de se nourrir seul et en morceaux

Nourrir un bébé à la cuillère est devenu culturellement la norme dans nos sociétés occidentales, bien que ce ne soit absolument pas la norme biologique de l’espère humaine. Pourquoi ? Parce qu’on a bien longtemps diversifié les bébés beaucoup trop tôt, et c’est encore souvent le cas à l’heure actuelle malheureusement. Certains prônent encore la diversification à 4 mois, bien que l’OMS et l’UNICEF recommandent depuis des années d’attendre 6 mois. (J’avais développé ce point dans cet article sur la diversification alimentaire, je ne le ferai donc pas davantage ici).

Evidemment, les purées sont nécessaires si l’on choisit de diversifier le bébé à 4 mois, car à cet âge, il n’est pas encore capable de porter seul sa nourriture à sa bouche, ni de la mâcher correctement. Mais à 6 mois, c’est autre chose ! En fait, la nature a bien prévu les choses : dès lors que le bébé est vraiment prêt physiologiquement à ingérer de la nourriture solide, il est capable de manger seul en l’attrapant avec ses mains puis en la portant à sa bouche ! Alors pourquoi faire à sa place ? Pourquoi lui mettre la nourriture dans la bouche alors qu’il est capable de la mettre seul, pourquoi lui mouliner les aliments alors qu’il est capable de les mâcher ? Lorsque l’on prend conscience de cela, notre façon de faire habituelle peut sembler finalement bien inutile, et comme une entrave à l’autonomie naturelle du bébé…

La Diversification Menée par l’Enfant [DME]

La DME est une méthode de diversification alimentaire qui a été conceptualisée dans les années 2000 par Gill Rapley et Tracy Murket. Conceptualisée récemment donc, mais c’est une pratique vieille comme le monde, que les humains utilisent depuis la nuit des temps…

Cette méthode consiste à laisser le bébé en totale autonomie avec la nourriture, puisqu’il est biologiquement programmé pour se nourrir seul le moment venu. Pour cela :

  • On attend que le bébé soit physiologiquement prêt à manger de la nourriture solide avant de commencer. Pour cela, on surveille les signes : il doit se tenir assis bien droit, attraper les objets et les porter à sa bouche, et enfin montrer un très grand intérêt pour la nourriture. Il doit avoir au moins 5 mois révolus.
  • On lui propose des morceaux de nourriture appropriés en termes de texture et de taille. Au départ, ce sont de gros morceaux de la taille de son poing, et bien mous.
  • On le laisse gérer à 100% à partir de là ! C’est-à-dire qu’à part partager le repas avec lui et remettre de la nourriture devant lui quand il a tout mangé tout mis par terre, on ne fait RIEN ! C’est lui et lui seul qui porte la nourriture à sa bouche. Surtout, on ne calcule pas ce qu’il mange, on ne rationne pas, on ne cherche pas à l’inciter à manger plus de ci ou de ça, on lui fait simplement confiance pour prendre juste ce dont il a besoin (et on a bien en tête qu’avant 1 an, c’est son lait son aliment principal).

DME rime donc avec respect total du rythme du bébé, de sa physiologie, de son développement, de sa personne. On lui fait confiance pour se nourrir au mieux, écouter son corps. On lui fait confiance pour apprendre à manger, puis dans un second temps pour apprendre à manger de manière socialement appropriée. On accepte que cela prenne du temps, on accepte qu’en attendant il n’avale pas grand-chose, en mette partout et doive parfois faire de drôles d’expériences. On l’accepte parce qu’on sait que c’est temporaire, on sait qu’il est en plein apprentissage, qu’il fait de son mieux et qu’il finira par y arriver !

Et il y arrive ! Et comme c’est merveilleux à observer… ❤️ Vient un jour où l’on se rend compte qu’il a avalé une biscotte complète, un fleuret de brocoli entier, une carotte entière… Puis vient un jour où l’on voit qu’il a mangé une vraie petite portion ! Et le voilà qui mange de plus en plus au fil du temps, et qui tout doucement diminue ses apports en lait, pour que finalement un jour, les aliments solides aient totalement pris le pas sur le lait. Et tout cela se sera fait en douceur, sans heurts, sans négociations, sans contraintes. Simplement dans le plaisir de découvrir et de partager les repas ensemble.

Voilà, c’est ça, la DME. Alors oui, je suis totalement fan, convaincue, passionnée, je pense que ça se ressent dans mes mots. Mais je l’ai vue, je l’ai vécue avec mes 2 enfants et j’avoue que j’ai été subjuguée par les capacités mais aussi le courage et la détermination qu’ont de si petits bébés. Même si ce n’est finalement que la nature à l’œuvre, je trouve ce spectacle merveilleux !

Les avantages de la DME

Pour le bébé :

  • On respecte à 100% son rythme physiologique : on ne commence que quand il est prêt, puis on progresse à son rythme. S’il doit uniquement « picorer » pendant des mois, il picorera pendant des mois (et se nourrira donc essentiellement de son lait). On est sûr de ne pas lui presser le pas puisque c’est lui qui mène la danse !
  • On respecte à coup sûr son appétit, puisqu’il contrôle tout ce qui entre dans sa bouche. Il choisit chacune de ses bouchées, il n’y a pas de bouchées inattendues ! Il mange à son rythme, ce n’est pas le parent qui impose un rythme de bouchées. Il s’arrête quand il n’a plus faim, ne risque pas d’avaler par « automatisme » les bouchées de trop qu’on lui donnerait.
  • Il apprend ainsi à réguler son appétit, à écouter son corps.
  • Il découvre les aliments sous leur vraie forme et à travers tous ses sens. Un même aliment n’aura pas le même aspect, la même texture ni le même goût selon sa cuisson et sa présentation, ce qui permet de proposer des repas bien plus variés ! C’est plus chouette pour lui (si nous avions le choix, aimerions nous manger uniquement des aliments moulinés ?).
  • Il est libre d’explorer et de faire seul lors des repas. Et un bébé libre d’explorer et de faire seul est un bébé heureux 😀
  • C’est bien sûr excellent pour son autonomie : il est autonome à table dès le début ! Un jour, alors que mon fils avait un peu plus de 2 ans, on m’a dit « c’est super, il ne demande jamais à se faire nourrir ». Effectivement, et après tout cela semble logique : il s’est toujours nourri seul, l’idée ne lui serait même pas venu à l’esprit !
  • Il développe des compétences et sent qu’on lui fait confiance sur sa capacité à se débrouiller seul et à faire ses propres choix, ce qui est excellent pour sa confiance en lui et son estime de lui.
  • C’est excellent pour sa motricité fine. Chaque repas représente une activité complète lui permettant de développer sa motricité fine et sa coordination œil/main. Il pratique beaucoup, et donc progresse très vite ! J’adore observer les bébés DME s’appliquer à l’attraper un à un des grains de riz ou des petits pois entre le pouce et l’index ! 😉
  • La mastication des aliments dès le début de la diversification a également pour avantage le bon développement des mâchoires et de la structure faciale, et des bénéfices orthodontiques. La mâchoire est bien active à chaque repas… Un certain nombre de médecins, stomatologues et orthodontistes dénoncent « la nocivité de l’administration passive d’aliments mixés, moulinés, réduits en bouillie et imposés à la cuillère ».
  • Partager les repas avec la famille, en mangeant la même chose, est excellent pour son sentiment d’appartenance.
  • Manger rime avec plaisir et jamais avec contrainte, ce qui contribue à un bon rapport à la nourriture (la DME aide, bien sûr il est possible de faire de même en diversification classique).
  • Si le bébé est allaité à la demande, c’est la suite logique et naturelle.

Pour les parents :

  • Pas de purées à préparer : très vite le bébé mange une portion du repas familial (qu’on adapte au besoin), c’est un sacré gain de temps et d’énergie !
  • Pas de stress autour des quantités : le lâcher prise est obligatoire, il est très difficile les premiers temps d’estimer ce qu’il mange vraiment de toutes façons !
  • Pas de prise de tête autour de la transition vers les morceaux (il n’y a pas de transition !)
  • Le bonheur d’observer son enfant faire seul ❤️
  • Manger en même temps que son bébé. C’est un sacré confort !

Bon, il faut le dire, il y a tout de même un inconvénient majeur… c’est salissant. Clairement, au tout début, on passe un temps fou à nettoyer après chaque repas ! Malgré tout je me suis lancée une nouvelle fois dans l’aventure avec ma fille, c’est que j’estime que ça en vaut la peine, les bénéfices surpassent largement cet inconvénient !

Halte aux idées reçues sur la DME !

C’est indéniable, la DME fait peur. Peur de l’étouffement, peur des carences, peur que l’enfant n’apprenne jamais à manger avec des couverts… Pourtant, ces peurs sont infondées.  Elles sont simplement le reflet d’un manque d’information sur ce qu’est réellement la DME et ce qu’elle implique. Sur le développement physiologique du bébé aussi ! Oui, la DME est méconnue dans nos sociétés où la norme est diversifier aux purées… et l’inconnu fait peur.

Passons en revue ces peurs les unes après les autres pour mieux les comprendre… et mieux les surmonter !

La peur de l’étouffement

C’est sûrement la plus grande peur lorsqu’on parle de DME. Et pourtant…

Si je vous disais que le risque d’étouffement est en réalité moins grand en DME qu’en diversification classique ? Oui, vous avez bien lu ! Et voilà pourquoi :

Les bébés naissent avec un réflexe de protection naturelle appelé réflexe nauséeux, réflexe vomitif, ou encore « gag reflex » en anglais. À la naissance, ce réflexe se situe à l’avant de la bouche et se déclenche dès qu’un corps étranger entre dans la bouche : le bébé a un haut le cœur. Ce réflexe se déplace progressivement vers l’arrière de la bouche, et à l’âge de 6 mois environ, il est suffisamment loin pour que le bébé puisse commencer à manger des aliments en morceaux sans qu’il ne se déclenche à chaque bouchée (et ça tombe bien, puisque cela correspond au moment où le bébé est justement capable de porter des aliments à sa bouche, comme la nature est bien faite !). Le réflexe nauséeux se déclenchera si un morceau d’aliment trop gros arrive sur cet endroit de la langue. C’est comme une barrière naturelle ! Il est rassurant de savoir qu’à cet âge, ce réflexe se situe encore bien loin des voies respiratoires, donc lorsqu’il se déclenche, cela ne veut pas dire que le bébé est sur le point de s’étouffer… Dame nature a prévu large !

Ce réflexe nauséeux est donc un formidable mécanisme de défense pour le bébé ! Il est très prononcé et situé encore loin des voies respiratoires vers les 6 mois du bébé, lorsque celui-ci est sensé commencer à manger des aliments solides par lui-même. Il permet de sécuriser l’apprentissage de la mastication des aliments en morceaux, qui bien sûr comme tout apprentissage implique des essais/erreurs. C’est même un outil puissant pour le bébé, qui lui permet d’apprendre plus efficacement : il signale au bébé ses erreurs (lorsque un trop gros morceau va trop loin), qui peut alors réajuster le tir à chaque fois (en le ramenant vers l’avant de la bouche pour mieux le mâcher)… et à force s’ajuster pour bien faire du premier coup ! Plus il pratique, plus il progresse, moins le réflexe se déclenche. C’est pour cela que la plupart des bébés ont des hauts le cœur à chaque repas lors des premières semaines de DME (c’est la phase pas évidente pour les parents !), mais qu’ils disparaissent ensuite (ça vaut le coup de s’accrocher !).

Par contre, ce réflexe continue ensuite de se déplacer vers l’arrière de la bouche, et devient de moins en moins prononcé. De ce fait, les bébés nourris aux purées, qui commencent donc à manger des morceaux plus tard, manquent l’opportunité d’apprendre à gérer les morceaux de nourriture en bouche en utilisant ce réflexe. Il semblerait que les bébés nourris aux purées, lorsqu’ils commencent à manger seuls des morceaux (généralement autour de 8-9 mois, parfois plus tard), auraient plus de « gag » et seraient plus sujets à l’étouffement que les bébés ayant mangé des morceaux dès le départ. D’ailleurs, il est intéressant de savoir que pour cette raison au Canada, les autorités officielles recommandent désormais aux parents de proposer au bébé des morceaux de nourriture à manger seul avec les doigts dès l’âge de 6 mois.

Par ailleurs, lorsqu’un bébé est nourri aux purées, il n’apprend donc pas à mâcher, mais à aspirer, à avaler tout rond. Surtout, il aspire la purée vers le fond de la bouche, derrière cette barrière naturelle formée par le réflexe nauséeux. Le risque d’étouffement est de ce fait plus important lorsque le bébé est nourri à la cuillère, particulièrement lorsque l’on introduit des purées qui contiennent des petits morceaux. Une autre raison à cela est que le bébé ne contrôle pas ce qu’il mange : il ne peut pas appréhender à l’avance par la vue et le toucher la bouchée qu’il va prendre, on la lui met directement dans la bouche. Il peut donc facilement se laisser surprendre par des petits morceaux, surtout s’ils sont mélangés à la purée (ce mélange de textures peut être vraiment déroutant). À l’inverse, le bébé DME contrôle le processus de A à Z : il choisit son morceau, peut le regarder et le toucher à sa guise, il connaît donc à l’avance sa taille et sa texture, ce qui est d’une grande aide quand vient le moment de le gérer en bouche. Il sait ce qu’il mange, il n’y a pas de surprise, ce qui rend le processus beaucoup plus sécuritaire.

En résumé, en pratiquant la DME dans les règles de sécurité (car oui il y a des règles importantes à respecter, il convient de bien se renseigner avant de commencer), le risque d’étouffement n’est pas plus important qu’en diversification classique, bien au contraire…

La peur des carences

C’est une autre peur commune et cela est bien compréhensible. En donnant des purées, on sait que le bébé recevra une ration pré-calculée avec les proportions recommandées de légumes/féculents/protéines, c’est sûr que c’est rassurant ! En DME, il est quasiment impossible, surtout les premiers temps, de savoir ce que le bébé a réellement mangé. Les aliments des différentes familles étant servies séparément et le bébé étant libre de choisir ce qu’il mange, ces proportions varient complètement d’un repas à l’autre. Clairement cela demande beaucoup plus de lâcher-prise, et une confiance sans faille en les capacités de son bébé à se réguler et à faire les meilleurs choix pour lui.

Parce que oui, le bébé est bien capable de s’autoréguler et de faire les meilleurs choix pour lui ! D’ailleurs, s’il est allaité à la demande, c’est exactement ce qu’il fait depuis sa naissance ! En jouant sur la fréquence des tétées, leur durée, et la variation d’un sein à l’autre, le bébé a toujours pris juste ce dont il avait besoin en nutriments sans que personne n’ait le contrôle sur la quantité ni la qualité du lait ingéré (il est bon de savoir que la composition du lait maternel change en cours de tétée : il est riche en eau et en lactose au début, riche en graisses à la fin). Pourquoi, du jour au lendemain, parce que la diversification commence, cela devrait-il changer ?

Certaines recommandations relatives à la diversification alimentaire sont extrêmement précises.

Par exemple, on lit souvent des descriptions de ce type :

  • Le matin, un biberon de 210 ml avec 3 cuillères à café rase de céréales infantiles
  • Le midi, 120g de purée composée de 2/3 de légumes, 1/3 de féculent, de 15g de viande ou de poisson ou d’ ¼ d’œuf dur, et d’une cuillère à café de matière grasse, puis un biberon de 150 ml
  • Au goûter, 150g de compote et un yaourt
  • Le soir, une purée de légumes de 100g, puis un biberon de 150 ml avec des céréales

Et bien sûr, ce type de recommandations très précises diffère d’un pédiatre à l’autre, d’une source à l’autre, d’un pays à l’autre.

Cette précision paraît d’autant plus étrange lorsque le bébé est allaité à la demande. On a alors un bébé allaité à la demande, qui prend à 16h précise tous les jours 60g de compote et un biscuit…

Ne peut-on pas juste penser que comme chez les adultes, il y a chez les bébés des « grands mangeurs » et des « petits mangeurs » ? Les bébés ne grandissent pas tous au même rythme et n’ont pas tous besoin du même régime alimentaire. 

Le pédiatre espagnol Carlos Gonzales dénonce vigoureusement ce type de recommandations. Il parle de « science-fiction » concernant l’alimentation des enfants.

Il affirme, en 2008 : 

« Il n’y a aucun fondement scientifique pour dire qu’un enfant de tel âge doit manger telle quantité de tel ou tel aliment. Il serait bon de commencer à reconnaître que l’enfant est le mieux placé pour savoir ce dont il a besoin, et qu’après 6 mois comme avant cet âge, il peut continuer à se nourrir à la demande. »

Dans son livre « Mon enfant ne mange pas », il développe ce point en expliquant que le bébé sait ce dont il a besoin. Nous adultes, ne mangeons pas selon des rations pré-calculées, mais selon notre appétit. Instinctivement et comme les autres espèces animales (on ne dit pas au lion quelles quantités il doit manger ni à quelle heure), nous mangeons ce qu’il faut pour rester en bonne santé. Pourquoi devrait-il en être autrement pour les bébés ? En réalité, l’auteur explique que c’est encore plus vrai pour les bébés, car ils n’ont pas les biais culturels que nous adultes, avons. Par exemple, nous mangeons souvent plus que ce que notre corps nous indique lors des fêtes de fin d’années ou des repas de famille… De plus, comme mous l’avons vu, les bébés allaités à la demande ont géré leur alimentation de manière autonome pendant 6 mois. 

Dans les années 1920, une expérience d’une pédiatre canadienne a montré qu’en proposant aux bébés (âgés ici de 6 à 18 mois) divers aliments provenant de chaque famille (viandes, légumes, féculents…) et non mélangés entre eux, et en les laissant se nourrir à la demande, ils avaient tous au final un régime équilibré (bien que les variations d’un repas à l’autre ou d’une semaine à l’autre puissent être très grandes). D’autres expériences ultérieures ont montré que les petits enfants à qui on laissait manger ce qu’ils veulent ingéraient chaque jour une quantité relativement constante de calories.

Parfois, les petits cessent de manger pendant plusieurs jours lorsqu’ils sont malades et retournent à un allaitement exclusif. C’est que le lait maternel répond mieux à leurs besoins, à ce moment-là, que les autres aliments (facile à digérer, contenant les anticorps qui les aideront à guérir…).

En laissant le bébé nous guider, nous ne pouvons pas vraiment nous tromper. Le Dr Gonzales montre en exemple un bébé qui soudainement n’acceptait plus que le poulet. Ses parents ont découvert par la suite qu’il était atteint d’une maladie induisant une carence en protéines… De nombreux parents ont également constaté que leur enfant était en fait allergique à un aliment qu’il rejetait vigoureusement…

Les bébés savent mieux que nous ce dont ils ont besoin, faisons leur confiance ! Si nous leur proposons des aliments sains et variés, ils sont tout à fait capables de choisir d’eux même une alimentation saine. Il n’y a pas de raisons qu’ils développent de carences particulières.

La peur que l’enfant n’apprenne jamais les bonnes manières

Voilà une autre peur courante relative à la DME : on craint que l’enfant n’apprenne pas les bonnes manières à table, puisqu’on l’encourage à manger avec ses doigts et qu’on lui permet de faire des expériences avec la nourriture.

Pourtant, à moins de ne jamais manger avec des couverts à la maison, viendra un jour où le bébé demandera lui-même à utiliser la fourchette et la cuillère pour faire comme ses parents !

Maria Montessori expliquait que de 0 à 6 ans, l’enfant est doté d’un « esprit absorbant ». C’est-à-dire que tout ce qu’il observe autour de lui s’imprègne profondément dans son esprit. Et c’est tout naturellement qu’il le reproduira ensuite. C’est pourquoi la pédagogie Montessori insiste tant sur l’importance de l’environnement qui entoure l’enfant, et l’importance de la posture de l’adulte, qui par son attitude montre le chemin à l’enfant. Céline Alvarez, dans son livre Les lois naturelles de l’enfant, explique la notion de plasticité cérébrale : l’être humain naît avec un grand potentiel d’intelligence, mais son cerveau est complètement immature. Son cerveau se spécialisera ensuite en fonction de son environnement de sorte qu’il puisse s’intégrer dans le monde dans lequel il vit. L’exemple du langage est frappant : le bébé né avec le potentiel immense d’apprendre n’importe quel langue vivante, qu’il apprendra au fil du temps sans effort si son environnement lui permet de l’entendre quotidiennement. De même, s’il partage quotidiennement des repas avec ses parents qui mangent dans une assiette avec des couverts, c’est tout naturellement qu’il demandera de lui-même à faire de même. Toutes nos attitudes s’imprègnent dans le cerveau du bébé. Il les modélise, puis les reproduit. Il suffit alors de lui montrer le bon exemple en se tenant bien à table, tout simplement !

Ma petite Louve de 18 mois a été diversifiée en DME. En ce moment, presque à chaque repas, lorsqu’elle s’installe à table, c’est elle qui demande sa fourchette en faisant le signe si elle ne la voit pas ! Elle adore manger avec sa fourchette, elle pique même les quartiers de raisins et les myrtilles ! Elle a également compris maintenant que l’assiette doit rester sur la table, elle mange depuis quelques semaines dans une assiette en porcelaine et il n’a pas (encore) eu de casse ! Et puis, si nous avons introduit la fourchette autour de ses 14 mois, c’est parce qu’elle en a fait la demande très vigoureusement (en fait elle nous piquait les nôtres !). Vous pouvez donc être tranquille sur ce point : la DME n’empêche en rien l’enfant d’apprendre « bonnes manières », il ne va pas manger avec ses doigts, en mettre partout ni jouer avec la nourriture à vitam eternam ! 😉

Aborder sereinement la DME

La DME est une aventure fabuleuse que je ne peux que recommander.

Il est cependant important de bien s’informer avant de commencer, notamment sur les règles de sécurité.

Connaître les règles de sécurité, savoir quels aliments proposer et de quelle manière en fonction du stade de développement du bébé, connaître les différentes étapes par lesquelles passera le bébé dans son apprentissage, bien comprendre la philosophie globale ainsi que la posture à adopter en tant qu’adulte accompagnant, tout cela me semble important pour vivre l’aventure sereinement.

Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure mais que vous n’avez pas le temps de faire ces recherches, ou que vous trouvez plus rassurant d’être accompagné(e), sachez que mon atelier en ligne « La DME en toute sérénité » sortira dans quelques semaines. J’y aborderai tous ces points et plus encore.

Les pré-inscriptions sont ouvertes, il suffit pour cela de remplir le formulaire ci-dessous :

Se pré-inscrire à l’atelier « La DME en toute sérénité » :

Cette pré-inscription vous permettra de recevoir toutes les informations relatives à l’atelier, pour ne rien louper et bénéficier du tarif préférentiel.

Elle vous permettra aussi de recevoir gratuitement de nombreuses informations sur la DME:-)

Note : cette pré-inscription ne vous engage à rien du tout !

À bientôt,

Floriane.

Sources et références :

A propos des recommandations d’allaiter exclusivement pendant 6 mois :

OMS et UNICEF : http://www.who.int/nutrition/topics/exclusive_breastfeeding/fr/

A propos de la faculté innée des bébés à manger ce dont ils ont besoin :

Dr Carlos Gonzáles, Mon enfant ne mange pas, Ligue La Leche, 2010 : p 48-49/p 65 à 72, p175

Paola Perez et Marie Courdent, Allaiter Aujourd’hui n°84 : La diversification alimentaire : http://www.lllfrance.org/1589-aa-84-diversification-alimentaire

A propos des risques d’étouffement :

Gill Rapley and Tracy Murkett, Baby Led Weaning, The Experiment New York, 2010 : p 46 à 48

https://www.diversificationalimentaire.com/apres-six-mois/ne-risque-til-pas-de-setouffer/

A propos de la DME en général :

Gill Rapley and Tracy Murkett, Baby Led Weaning, The Experiment New York, 2010

A propos des recommandations canadiennes :

https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/guide-alimentaire-canadien/ressources/nutrition-nourrisson/nutrition-nourrisson-terme-sante-recommandations-naissance-six-mois/6-24-mois.html

A propos des effets néfastes des purées mixées sur le développement de la mâchoire et de la structure faciale :

Allaiter Aujourd’hui n°39 : Le nourrisson, le mixer et la cuillère : une fable qui finit mal :  http://www.lllfrance.org/1121-39-le-nourrisson-le-mixer-et-la-cuillere-une-fable-qui-finit-mal

Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Allaiter Aujourd’hui n°62 : L’introduction des solides : http://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/allaiter-aujourd-hui-extraits/1150-62-lintroduction-des-solides

Dr Carlos Gonzáles, Mon enfant ne mange pas, Ligue La Leche, 2010, p149 à 151

Vidéo interview du Dr Cattaneo :https://vimeo.com/154475235 à 6mn47

Crédit photo :

Photo de Gail, Licence Creative Common 2.0

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4 réflexions sur “La DME : c’est quoi au juste ?

  1. Laëtitia dit :

    Bonjour, j’ai pratiqué ce que je qualifierai de semi-DME. Mon Chouchou a eu le droit à des purées et des compotes mais on l’a aussi laissé expérimenter. Très tôt on lui a donné les fruits en morceaux, on l’a laissé se débrouiller seul et le reste à suivi au fur et à mesure. C’est vrai que c’est fascinant à observer.
    Je pense que pour mon 2nd enfant il aura encore moins de plats moulinés… On progresse beaucoup avec un 1er enfant, ce n’est pas toujours évident car tout est tellement nouveau.
    Il faut donc être indulgent avec soi-même : ce n’est pas le drame ultime si on a donné des purées à notre enfant.

    • Floriane dit :

      Bien sûr que non ce n’est pas un drame d’avoir donné des purées, mon article n’allait pas du tout en ce sens, et au contraire je trouve cela formidable que vous ayez osé le laisser se nourrir seul et expérimenter

      • Laëtiita dit :

        Ce n’était pas dirigé contre vous, désolé si vous l’avez sentie comme ça. C’est un rappel pour les parents qui liront cet article et se sentiront mal parce qu’ils n’auront pas fait tout pil poil comme ça. Je suit plusieurs blogs et je remarque une course à la perfection nuisible aux parents qui s’épuisent dans cette démarche.

        P.S. Votre blog est un de mes préférés.

        • Floriane dit :

          Oh non c’est moi Laetitia qui suis navrée si j’ai donné cette impression, ce n’est pas du tout ce que j’ai ressenti ni ce que j’ai voulu faire passer. J’avais d »ailleurs mis un petit smiley pour que cela se ressente bien dans mon ton mais il ne s’est pas affiché
          Bref je comprends votre idée et je suis d’accord avec vous, mon article n’a pas vocation de faire culpabiliser, d’ailleurs je pense sincèrement qu’il est tout à fait possible de mener une diversification classique respectueuse de l’enfant, comme je l’avais dit dans un autre article sur la diversification.
          Merci pour votre retour sur mon blog, qui me touche

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