parentalité positive

La parentalité positive, c’est quoi au juste ?

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Les concepts clés de la parentalité positive

La parentalité positive, aussi appelée éducation bienveillante, éducation respectueuse, discipline positive ou encore éducation non violente,  est une approche alternative de l’éducation fondée sur le respect de l’enfant. Elle exclut toute forme de violence éducative, et propose à la place des outils basés sur l’écoute, le dialogue, l’accompagnement, le respect mutuel. Aux oubliettes les fessées, mais aussi les cris, le chantage, les menaces et les punitions. Les outils sont tout autres !

Cette approche éducative fait de plus en plus parler d’elle, et c’est tant mieux ! :) Cependant, force est de constater que ses principes fondateurs ne sont pas toujours bien compris. Beaucoup d’amalgames sont fait, notamment avec la permissivité et le laxisme (sujet que j’ai déjà évoqué ici]). Pourtant, cette philosophie éducative repose sur des principes clairs et cohérents. J’avais donc envie de faire un point sur ses piliers fondateurs !

J’aurais probablement dû écrire cet article plus tôt, puisqu’il traite des fondements de la parentalité positive, sujet que j’ai déjà largement abordé. Mais je me suis dit qu’il n’était jamais trop tard pour bien faire et poser les bases ! :)

Voici donc, selon moi, les principes clés de la parentalité positive :

L’ENFANT EST BON PAR NATURE

Je trouve que l’approche traditionnelle de l’éducation propose une vision extrêmement négative de l’enfant. On le perçoit comme un petit être plein de défauts et mal intentionné qu’il faille sans cesse recadrer de manière répressive afin d’en faire « quelqu’un de bien ». On atteste que c’est en lui imposant des règles et en le punissant s’il ne les respecte pas que l’on y parviendra. Et sinon, attention ! Il risque de devenir un tyran, un « enfant roi »… Comme si cela était ancré en lui dès le départ, et que sans un adulte pour le remettre dans le « droit chemin » par le contrôle et le pouvoir, il était voué à devenir un être mauvais. Alors déjà, cela me questionne : comment peut-on partir sur de bonnes bases avec son enfant et construire une belle relation avec lui en le voyant de manière si négative ? Alors que mon fils n’avait qu’un mois et que je l’allaitais à la demande, on m’a dit de faire attention parce que « je n’arriverais jamais à m’en défaire ». Lorsqu’il avait un an et commençais à faire quelques crises, on m’a dit que « j’allais me faire bouffer ». À chaque fois, j’ai pensé : « c’est comme ça que ces personnes le voient ? Mon P’tit Loup n’agit pas comme ça exprès pour m’embêter, voyons ! ».

L’approche de la parentalité positive est toute autre. Elle considère l’enfant comme un être intrinsèquement et naturellement bon. Oui, il peut avoir des comportements inappropriés, mais non, ce n’est pas machiavélique de sa part ! Par exemple, si un bambin se met dans une colère noire parce qu’il n’a pas eu quelque chose, ce n’est pas par provocation ni par manipulation, c’est simplement parce qu’il n’est pas encore en mesure de bien gérer ses émotions. S’il touche à tout dans la maison, c’est que son instinct d’explorateur le pousse à le faire. Ces comportements sont liés à son stade de développement, à son immaturité cérébrale.  Notre rôle d’adulte est de l’aider, de l’accompagner dans ses apprentissages, mais certainement pas de le « dresser » pour qu’il arrête de « faire des bêtises » ou des « caprices » !

Non, l’enfant n’est pas un être mauvais qui cherche sans cesse à nous nuire et à transgresser les règles, c’est tout le contraire ! Il aime aider, il aime coopérer, il est doté d’une empathie extraordinaire (ce dernier point a été démontré par les neurosciences, mais il me suffit d’observer mon P’tit Loup se mettre à gémir parce qu’il entend un autre enfant pleurer pour en être convaincue !). C’est un être naturellement positif, enthousiaste, bienveillant, un être doté d’un amour inconditionnel pour ses parents. Il cherche à bien faire, à s’améliorer, à comprendre le monde. Oui, il est parfois et même souvent maladroit, mais il apprend !  Et lorsqu’il est guidé avec bienveillance et respect, il est capable de tant de choses !

Oui, l’essence même de cette philosophie éducative est toute autre. La positivité commence dès la considération de l’enfant. Et, j’en suis convaincue, cela impacte directement son comportement. L’ enfant est une éponge. Son cerveau est plastique et se modèle en fonction de son environnement : tout ce qu’il voit et expérimente s’imprègne en lui, y compris nos moindre faits et gestes. Si, dès tout petit, on le rabaisse, on crie, on s’énerve sur lui, on entre constamment en rapport de force avec lui, comment peut-on espérer de lui qu’il soit doux, calme, réfléchi et coopératif ? C’est si paradoxal, mais l’approche autoritaire de l’éducation a tendance à encourager chez les enfants les comportements qu’elle réprouve ! Si cela n’est pas la définition même de l’inefficacité…

LE RESPECT DE L’ENFANT EN TANT QUE PERSONNE

Ce pilier est central et rejoint le précédant : l’enfant a beau être un être immature, c’est une petite personne à part entière qui mérite d’être traitée comme telle. Et cela passe en premier lieu par le respect.

Force est de constater que dans notre société, on manque de respect aux enfants presque en permanence : on les réprimande (voire on les punit) de leurs maladresses, on se permet des intrusions physiques, on parle d’eux comme s’ils n’étaient pas là, on commente leur physique… Bref, on se permet avec eux des comportements que l’on n’accepterait jamais de subir soi-même, et que l’on ne se permettrait pas avec un autre adulte. Il est comme communément admis que l’on peut se comporter de la sorte avec les enfants juste « parce que ce sont des enfants ». Un professeur du Michigan a même inventé un mot pour cela : l’« adultisme ». Il entend par « adultisme » : « tous les comportements et les attitudes qui partent du postulat que les adultes sont meilleurs que les jeunes, et qu’ils sont autorisés à se comporter avec eux de n’importe quelle manière, sans leur demander leur avis. » Rien que l’emploi commun du mot « caprice » illustre parfaitement cette notion : plutôt que de chercher à comprendre pourquoi un enfant se comporte de manière inappropriée (comme on aurait tendance à le faire avec un adulte), on dit d’emblée « qu’il fait un caprice » (j’en avais parlé ici). En témoigne également le triste fait que des actes clairement violents comme les claques, les cris, ou encore le fait de laisser pleurer seul soient totalement banalisés (alors que si l’on transposait ces scènes dans la vie conjugale, les réactions seraient toutes autres !). Qu’il s’agisse de véritable violences, ou plutôt de « douces violences », les sentiments de l’enfant ne sont pas considérés : on manque de se mettre à sa place, on ne fait pas preuve de suffisamment d’empathie envers lui.

La parentalité positive met un point d’honneur sur le respect de l’enfant en tant que personne : on le traite comme on aimerait être traité. Si un enfant renverse son verre par terre par exemple, plutôt que de le réprimander et lui dire qu’il a fait une bêtise, on va simplement l’inviter à nettoyer, sans commenter davantage, sans en rajouter, et surtout sans le rabaisser… comme on le ferait avec un adulte ! Lorsque cela nous arrive chez les autres, nous nous sentons honteux, confus, et souhaitons réparer notre erreur. Les enfants ressentent les mêmes choses, alors pourquoi réagir si négativement avec eux ?

Entre autres, le respect de l’enfant en tant que personne implique :

  • Le respect de ses besoins physiologiques: ne pas l’obliger à aller se coucher s’il n’a pas sommeil, à manger s’il n’a pas faim…
  • Le respect de sa personnalité, de son individualité: il a le droit de ne pas être toujours d’accord, d’avoir ses propres goûts et préférences… comme nous adultes ! (attention : respecter son point de vue ne veut en aucun cas dire « le laisser décider de tout » !).
  • Le respect de son corps: lors des soins par exemple, le manipuler avec douceur et respect, lui parler pour lui expliquer ce que l’on fait, être à son écoute (s’il nous fait comprendre qu’il n’aime pas qu’on le touche de telle ou telle manière, essayer d’en changer)… Ne pas se permettre d’intrusions physiques soudaines (comme lui essuyer le nez/la bouche par derrière sans prévenir par exemple), ne pas commenter son physique devant lui. Lorsqu’il grandit, le laisser faire seul dès qu’il en est capable et en manifeste le désir, respecter sa pudeur. Et ne pas le forcer à faire de bisous ni de câlins !
  • Le respect de ses émotions et sentiments: accueillir ses émotions négatives avec bienveillance plutôt que de les ignorer (laisser pleurer) ou les refouler (« arrête de pleurer », « tais-toi »…). Il a le droit d’être fâché ou triste, notre devoir est de l’écouter et l’accompagner. Cela demande également de chercher la cause profonde des comportements inappropriés : le mot « caprice » n’a évidemment pas sa place dans l’approche bienveillante ! On évite également de donner des étiquettes (« il fait son timide », « c’est un enfant colérique »…) qui peuvent vraiment être blessantes, affecter sa confiance en lui et renforcer ces comportements.
  • Le respect de son rythme de développement : ne pas avoir d’attentes précises sur ses acquisitions, ne pas lui mettre de pression, ne pas chercher à le faire « aller plus vite », et surtout ne pas le dévaloriser s’il ne parvient pas encore à faire quelque chose. L’esprit est simplement de lui fournir un environnement adapté, l’accompagner avec douceur et l’encourager dans son propre rythme.
  • Le respect de sa prise d’autonomie : en le laissant faire seul lorsqu’il en manifeste la volonté, du moins lorsque c’est possible. Faire sans cesse à sa place pour « aller plus vite », c’est entraver son autonomie et son développement !

Finalement, le mot d’ordre est empathie : en cherchant sans cesse à se mettre à la place de son enfant, à l’écouter, à prendre en compte ses émotions et sentiments, on ne peut pas faire fausse route !

Et puis, c’est vraiment un effort qui en vaut la peine, puisque l’enfant aura plus de chances de se montrer empathique et bienveillant avec son entourage si on lui a donné le bon exemple. Et comment pourrait-on transmettre à son enfant le sens du respect si l’on ne le respecte pas soi-même ?

LE RESPECT DU DéVELOPPEMENT DE L’ENFANT

Je l’ai déjà évoqué dans le point précédent : respecter l’enfant, c’est également respecter son rythme de développement, c’est-à-dire ne pas lui mettre de pression et ne pas chercher à accélérer les choses. Par exemple, concernant le développement moteur, il s’agira de ne pas le mettre dans une position qu’il ne maîtrise pas encore seul (je l’ai déjà évoqué ici, et ) : s’il ne se met pas dans cette position de lui-même, c’est qu’il n’y est pas physiologiquement prêt. Un autre exemple très parlant est celui de l’apprentissage de la « propreté » : on n’essaiera pas de le « rendre propre » à tout prix en lui retirant ses couches avant qu’il ne soit capable de faire régulièrement dans le pot.

Par contre, on veillera à lui offrir un environnement adapté pour ses apprentissages. Par exemple, pour le bébé qui cherche à se mettre debout, on installera des petits meubles à mi-hauteur sur lesquels il puisse prendre appui pour se redresser. Au bambin qui s’intéresse à l’apprentissage de la propreté, on installera un petit espace avec un pot en lui fournissant les explications nécessaires. Finalement, c’est principalement de manière indirecte que l’on interviendra, et toujours de manière positive, justement ! L’esprit est de laisser les choses se faire le plus naturellement possible, que l’enfant les vive bien, qu’il progresse avant tout pour lui et non pour nous faire plaisir, et que ces nouvelles acquisitions lui permettent de prendre confiance en ses capacités.

C’est en s’informant sur le développement de l’enfant et en observant son propre enfant que l’on parviendra à l’accompagner au mieux. Par exemple, si l’on remarque qu’il est dans une période où les transvasements le passionnent, on pourra lui proposer des activités de transvasement qui lui permettront de s’exercer ! Si l’on remarque qu’il est dans une phase d’angoisse de la séparation, on veillera à le rassurer, à limiter les séparations, à être d’autant plus tendre et présent au moment du coucher… S’il est dans une phase où les crises sont nombreuses, on essaiera de se montrer particulièrement empathique et on pourra travailler sur la reconnaissance des émotions. On cherchera également à comprendre ce qui déclenche les crises, pour pouvoir en éviter un maximum. En étant informé, on aura plus de chances de bien réagir pour mieux accompagner son enfant. Et surtout, savoir que certains caps difficiles font partie intégrante du développement normal de l’enfant permet vraiment de relativiser !

L’esprit de la parentalité positive, c’est également d’ajuster nos attentes en fonction du stade de développement de l’enfant. On ne va pas, par exemple, exiger d’un enfant de deux ans qu’il obéisse immédiatement et en tout temps à toutes les consignes, et se tienne tranquille en permanence : on reconnait que l’obéissance (ou plutôt la coopération consciente, terme que je préfère) est un apprentissage qui prend du temps, et nécessite des essais/erreurs, comme tous les autres ! À cet âge, il convient d’avoir des attentes réalistes et de faire preuve de patience et de compréhension. Ce point rejoint le précédant, car c’est en connaissant le développement de l’enfant que l’on pourra ajuster ses attentes et adopter la bonne attitude (décompresser aussi ! ;))

On reconnait également que même si cela peut impacter notre propre confort, l’enfant ait des besoins spécifiques liés à son stade de développement, et qu’il convient d’y répondre de notre mieux. Par exemple, il est naturel qu’un bébé cherche à toucher et manipuler tout ce qui est à sa portée : c’est sa manière de découvrir et comprendre le monde. L’en empêcher,  c’est l’empêcher de grandir, c’est mettre un frein à son développement moteur et intellectuel. (A ce sujet, je vous renvoie à la notion de périodes sensibles de la pédagogie Montessori que j’ai déjà expliquée ici). L’approche positive préconise d’adapter l’environnement à l’enfant (en mettant hors de sa portée les objets fragiles ou dangereux), plutôt que de demander à l’enfant de s’adapter à l’environnement (en lui interdisant de toucher à tout). De la même manière, un bambin a besoin de courir quotidiennement dehors. Si, pour une raison ou pour une autre, cela est impossible, il sera bien plus respectueux de ses besoins de lui proposer de courir et de se défouler en intérieur, plutôt que de lui interdire toute activité motrice parce que cela nous dérange (je suis toujours choquée lorsque j’entends que certains bambins n’ont pas le droit de courir à la maison ou chez la nounou). Là aussi, cela exige de la compréhension et de la tolérance vis-à-vis de l’enfant (même si c’est parfois difficile et épuisant, nous sommes d’accord ! 😉 ).

parentalité positive 2 ans

J’aime beaucoup cette image qui a beaucoup circulé sur Facebook :) (malheureusement je ne sais pas de qui elle est…)

SUSCITER LA COOPÉRATION, OU L’ART DE TROUVER DES SOLUTIONS GAGNANT-GAGNANT

En cas de désaccord entre le parent et son enfant, l’approche traditionnelle de l’éducation les met en confrontation : à l’issue de ce que l’on peut appeler un conflit, il y aura un gagnant, et un perdant. L’un des problèmes, c’est que les situations de désaccord pouvant être très nombreuses, cette approche peut vite entraîner parent et enfant dans une situation de lutte de pouvoir perpétuelle, ce qui est bien sûr très mauvais pour leur relation. Personne n’a envie d’être continuellement en conflit avec son enfant, de passer son temps à « faire la police ». Du coup, pour s’accorder un peu de répit, de nombreux parents auront tendance à osciller continuellement entre autoritarisme (« il n’en est pas question, tu fais comme je l’ai décidé, ou sinon tu seras puni » => le parent gagne et l’enfant perd) et permissivité (« ça ira pour cette fois même si je ne suis pas d’accord » => l’enfant gagne et le parent perd). Au final, cela engendre beaucoup d’insatisfaction pour les deux parties, et aussi beaucoup d’incohérences quant aux règles, que l’enfant aura beaucoup de mal à intégrer de cette manière (« lorsque je fais telle chose parfois on ne me dit rien, parfois on me dit non et en plus on crie, on me punit »).

L’approche positive propose au contraire de trouver des solutions gagnant-gagnant. L’enfant n’est pas contraint de se soumettre, il est invité à coopérer. Tout est fait pour qu’il comprenne le sens des règles qu’il doit suivre, et ce que leur respect implique positivement pour lui et les autres. Il est d’ailleurs impliqué au maximum dans la définition de ces règles. En cas de difficulté, l’adulte est à son écoute pour comprendre le problème et trouver avec lui une solution constructive qui leur convienne à tous les deux.

Ce point rejoint les précédents puisque évidemment, un enfant sera bien plus enclin à coopérer s’il se sent respecté et écouté. N’oublions pas que le parent exerce sur son enfant une autorité naturelle, et que l’enfant a une volonté intrinsèque de bien faire. Si l’on instaure un climat de respect mutuel, d’écoute et de confiance, c’est alors un cercle vertueux qui s’installe ! :)

S’ils s’y sentent encouragés de manière positive, les enfants aiment naturellement coopérer : profitons-en pour leur proposer de manière ludique de participer aux tâches quotidiennes (préparer le repas, mettre la table, débarrasser, étendre le linge…). Beaucoup de sceptiques seraient si agréablement surpris en voyant tout ce qu’ils sont capables de faire avec enthousiasme lorsque l’ambiance est positive et l’accompagnement bienveillant ! Et puis, n’est-ce pas là une formidable manière de les responsabiliser et de développer leur autonomie ?

ALLIER FERMETÉ ET BIENVEILLANCE

Dans son livre La discipline positive, Jane Nelsen illustre les différentes approches comme suit :

L’approche autoritaire : « Voilà les règles que tu dois suivre, et voilà la punition que tu recevras si tu ne les respectes pas ». Les enfants ne sont absolument pas impliqués dans le processus de prise de décision.

L’approche permissive : « Il n’y a pas de règles. Nous allons nous aimer et être heureux, et plus tard, tu seras capable de choisir tes propres règles ». Les enfants ont toutes les libertés mais pas de cadre.

L’approche « discipline positive » : « Nous allons décider ensemble des règles qui seront bénéfiques pour tous. Nous allons aussi nous mettre d’accord sur des solutions qui aideront chacun lorsque nous rencontrerons un problème. Si j’ai besoin de décider sans pouvoir t’impliquer, je le ferai avec bienveillance et fermeté, dignité et respect ».

Ces définitions l’expliquent de manière très claire : la parentalité positive n’a rien à voir avec la permissivité, contrairement à ce que l’on entend si souvent ! Il ne s’agit en aucun cas de laisser l’enfant faire tout ce qu’il veut ! Il ne s’agit pas non plus de se manquer de respect à soi-même en tolérant des comportements qui nous posent problème. Des règles sont définies, des limites sont posées, mais ce sont les méthodes pour les enseigner et les faire respecter qui divergent totalement de l’approche traditionnelle. Appliquer la discipline positive, c’est être capable d’appliquer fermeté et bienveillance en simultané, c’est respecter l’enfant tout en se respectant soi-même. J’ai traité ce sujet dans cet article :) .

Voici un exemple de situation où une maman réagit avec fermeté et bienveillance (tiré du livre La discipline positive de Jane Nelsen) :

Son enfant lui manque de respect en lui répondant avec insolence. Elle quitte alors la pièce.

Plus tard, une fois le calme revenu, elle lui dit : « Chéri, je suis désolée que tu aies été en colère. Je respecte ce que tu ressens, mais pas la manière dont tu le gères. Si tu recommences à me traiter de la même façon, je quitterai à nouveau la pièce. Je t’aime et j’ai envie d’être avec toi, alors dis-moi quand tu seras prêt à me traiter avec respect et je serai contente de t’aider à trouver d’autres façons de gérer ta colère. Es-tu prêt à chercher avec moi d’autres solutions qui seront respectueuses pour nous deux ? »

ENCOURAGER LA RESPONSABILISATION ET L’AUTONOMISATION PLUTÔT QUE L’OBÉISSANCE PAR SOUMISSION

L’approche autoritaire place l’adulte en position de force et l’enfant en position de soumission : l’adulte décide, l’enfant doit obéir et s’il n’obéit pas, il recevra une punition.

L’approche positive, au contraire, ne cherche pas à soumettre l’enfant à la volonté de l’adulte. Comme je l’ai déjà dit, l’enfant n’est pas contraint de se soumettre, mais invité à coopérer de manière volontaire. En lui enseignant le véritable sens des consignes, en étant à son écoute pour prendre en compte son point de vue tout en prenant le temps d’expliquer le sien, en faisant preuve de flexibilité lorsque cela est possible, en lui laissant des choix, on lui permet de réfléchir, de développer son esprit critique, d’apprendre à argumenter, à mieux se connaître, et finalement de construire sa personnalité ! Avec le temps, il développera son propre sens des responsabilités, saura faire les bons choix de manière autonome, plutôt que d’agir uniquement en fonction de l’adulte et de changer totalement son comportement dès que celui-ci a le dos tourné !

Plutôt que d’exiger une obéissance immédiate à court terme, on prend ainsi le temps nécessaire pour accompagner nos enfants sur le chemin de la responsabilisation et de l’autonomie, on les aide à prendre confiance en eux-mêmes et en leur propre jugement, et ces facultés leur serviront toute leur vie.

À ce propos (que j’ai déjà largement développé dans cet article sur la punition), j’ai récemment lu un fait divers qui m’a fait froid dans le dos : il y a quelques années, aux Etats-Unis, un adolescent a reçu un grave coup à la tête lors d’une soirée alcoolisée. Ses amis ne voulaient pas que leurs parents apprennent qu’ils avaient organisé cette fête puisqu’ils n’y étaient pas autorisés et de ce fait, ils ont préféré ne pas appeler les secours ! Cet adolescent en est mort ! Par peur des représailles de leurs parents, ils ont entraîné la mort de leur ami. Que cela fasse réfléchir les plus fervent partisans de l’éducation punitive. N’est-ce pas là la preuve qu’elle n’enseigne que la peur du gendarme, au détriment de la prise de responsabilités et de la recherche de solutions ?

VOIR LE VERRE A MOITIÉ PLEIN

Finalement, je trouve que la « parentalité positive » porte bien son nom, puisqu’il s’agit d’essayer de se centrer sur le côté positif des choses, pour soi et pour l’enfant. Par exemple, on veille à donner des consignes plutôt que des interdictions, on met l’accent sur ce que l’on attend de lui plutôt que sur ce que l’on ne souhaite pas qu’il fasse, on encourage ses bons comportements plutôt que de blâmer ceux qui nous dérangent, on cherche des solutions constructives plutôt que de punir…

L’esprit est aussi de donner une place primordiale au bonheur et à l’épanouissement de l’enfant. Comme disait Maria Montessori : « La pertinence d’un modèle éducatif est le niveau de bonheur d’un enfant ». :)

PARENT « POSITIF » = PARENT PARFAIT ?

Vous vous dites peut-être : « c’est bien beau tout ça, mais encore faut-il pouvoir garder son calme et avoir une attitude positive en toute circonstance. Moi, je n’y arriverais pas, ce n’est pas pour moi! »

Et bien, bonne nouvelle, être un parent « positif » ne requiert en aucun cas d’être un parent parfait ! D’ailleurs, ce parent parfait n’existe pas ! (Je vous rassure, je suis bien loin d’être un modèle de perfection et il y a bien des situations où, à chaud, je ne réagis pas comme je l’aurais souhaité…) Il s’agit avant tout d’un cheminement, et avancer sur ce chemin de la bienveillance au quotidien, même s’il est parfois semé d’embûches, c’est déjà être dans une démarche de parentalité positive ! :) Être un parent « positif », c’est fournir les efforts nécessaires pour se rapprocher de cet idéal, c’est se remettre en question tous les jours, c’est apprendre de ses erreurs pour faire mieux la prochaine fois (et c’est comme tout : sans erreurs, on ne s’améliore pas !). La bienveillance envers soi-même fait partie intégrante, à mon sens, de la parentalité positive : il ne s’agit en aucun cas de culpabiliser en cas de difficulté parce que l’on a « pas été à la hauteur », mais de chercher à comprendre pourquoi les choses se sont passées ainsi afin de trouver des solutions satisfaisantes pour tous pour l’avenir.  Il est de toutes façons impossible de réagir parfaitement à tous les coups, surtout lorsqu’une nouvelle difficulté se présente. Et n’oublions pas que nous portons le poids de l’éducation que nous avons reçue : nous avons le réflexe de reproduire les comportements que nous connaissons, nous avons du mal à contenir nos propres émotions parce que les nôtres n’ont pas été suffisamment écoutées dans notre enfance…

Faber et Mazlish qualifient la communication bienveillante de « nouvelle langue » : elle est loin d’être naturelle pour nous ! On n’a pas le réflexe de dire « marche » plutôt que « ne cours pas ! ». Il est donc normal de rencontrer des difficultés au début, et que le changement soit progressif, que l’on n’y parvienne pas du jour au lendemain ! Mais il y a d’excellentes nouvelles :

  • Plus on pratique cette « nouvelle langue », mieux on la parle : après tout, c’est en forgeant qu’on devient forgeron 😉 . Avec le temps, ce qui demande un énorme effort au début semblera bien plus naturel (je peux déjà sentir que je parle beaucoup mieux cette « nouvelle langue » qu’il y a un an !).
  • Nos enfants qui auront été élevé ainsi parleront couramment cette « nouvelle langue » : il leur sera beaucoup plus facile et naturel de communiquer de cette manière avec leurs propres enfants, et même avec leur entourage en général. N’est-ce pas un merveilleux cadeau à leur transmettre ? :)

Le mot de la fin

Pour conclure, j’ai envie de partager mon ressenti personnel. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu beaucoup de mal à gérer mes émotions négatives et à faire preuve de calme et de patience dans les moments difficiles. Aujourd’hui avec mon P’tit Loup de 2 ans, tout se passe vraiment bien, et je suis convaincu que les outils de la parentalité positive que je mets en place y sont pour beaucoup !

Rien qu’hier, il y a eu plusieurs moments où j’étais excédée et où je sentais que je perdais patience. Mon P’tit Loup n’était pas directement à l’origine de mon état, mais forcément, avec son comportement typique d’un petit enfant de 2 ans (particulièrement agité ce jour là), il avait tendance à y contribuer malgré lui 😉 . Et bien, quand j’ai senti que je commençais à me laisser envahir par mes émotions, j’ai réussi à chaque fois à lui en faire part sans qu’il ne se sente personnellement accusé ni agressé. J’ai réussi à lui expliquer calmement ce qui me dérangeait dans son comportement pour qu’il l’ajuste en fonction de mes besoins, et il l’a fait ! Finalement, ni lui ni moi n’avons craqué, il n’y a pas eu de crise. Quelle victoire ! Sans les outils de la parentalité positive, la situation aurait été bien différente, j’en suis certaine ! Je lui aurais crié dessus (ça je le sais !), il aurait été blessé et aurait certainement réagi violemment, nous aurions été tous les deux malheureux.

Plus j’y pense, plus je suis convaincue que la parentalité positive préserve notre relation au quotidien et contribue grandement à l’épanouissement de notre famille. J’ai juste envie de dire MERCI à I.Filliozat, C.Gueguen, J. Nelsen, Faber & Mazlish et les autres pour l’avoir conceptualisée et pour rendre accessibles aux parents ces formidables outils de communication ! Vraiment, j’invite tout parent à entamer cette démarche avec ses enfants. Et pour ceux pour qui cela n’a pas été le cas dès le départ, sachez qu’il n’est jamais trop tard ! :)

Note : Je n’ai pas détaillé ici les astuces concrètes à mettre en place au quotidien, car sinon l’article aurait été bien trop long ! Mais j’écrirai bientôt un article à ce sujet :) .

Sources et références :

À propos de l’adultismehttp://www.kaizen-magazine.com/ladultisme/ 

À propos de l’application de la fermeté et de la bienveillance en simultané :

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, p 25 à 30, 35 à 40, p 42 à 44

À propos de la coopération : 

La discipline positive, Jane Nelsen, Poche Marabout, 2014, 65 à 70

À propos de la tragédie aux Etats-Unis : 

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Editions du phare, 2016, p 368 – 369  

Crédit photo :

Photo de Hamza Butt. Licence Crative Commons.

5 réflexions sur “La parentalité positive, c’est quoi au juste ?

  1. mademoiselle.kah dit :

    Merci pour ces précisions supplémentaires qui enrichissent mes récentes découvertes sur la parentalité positive. J’ai connu cette démarche parentale il y a quelques semaines et je trouve que c’est une alternative à la fois saine et epanouissante aussi bien pour l’enfant que les parents. Quand on a un enfant on a généralement tendance a reproduire les schémas parentaux sans savoir que d’autres possibilités existent et qu’on peut donc prendre le temps de définir soi-même l’éducation qu’on veut inculquer à sa progéniture.

    • Floriane dit :

      C’est vrai que si l’on a pas la connaissance d’autres outils, il est normal de reproduire le seul schéma que l’on connaît… Je m’estime chanceuse d’avoir découvert ceux-ci, et surtout de vivre à une époque où ils sont facilement accessibles ! Merci pour ton commentaire :)

  2. Sandrine dit :

    Merci pour tous tes articles que je lis depuis quelques mois. (J’ai d’ailleurs fait la tour d’observation il y a 2 mois et c’est génial) J’ai lu Filliozat et Gueguen. C’est très intéressant. Heureusement qu’on a toutes ses infos facilement. Même si au quotidien et surtout quand on est fatigué, c’est dur d’être patient et de reformuler des phrases positivement.
    Je me demandais si tu avais pu faire ton article sur les astuces concrètes au quotidien de la parentalité positive (cité dans ta conclusion) ?
    Merci aussi pour l’idée des fiches de routine que je ferai bientôt (ma fille a 15 mois et n’est pas encore dans l’opposition), les idées de jeux Montessori et les taches du quotidien à faire avec eux (ma fille aime jeter sa couche dans la poubelle…)

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