1 an dans la peau d'un bébé

1 an dans la peau d’un bébé : mon avis sur l’émission

M6 a diffusé récemment un documentaire-fiction : « 1 an dans la peau d’un bébé », qui a beaucoup fait parler de lui. Je tenais à donner mon avis !

 

Cet article arrive un peu tard, mais il faut être indulgent(e) avec moi : j’habite en Belgique et le replay n’était pas disponible tout de suite 😉

Pour ce mettre dans le bain, voici le synopsis d’M6 :

« 1 an dans la peau d’un bébé » nous renvoie au premier chapitre de notre vie, celui que nous avons tous vécu mais dont personne ne se souvient. Pour la première fois, ce documentaire-fiction exceptionnel et original va lever le voile sur nos 365 premiers jours en racontant l’incroyable épopée humaine d’un bébé, de sa naissance à ses premiers pas, tout au long de sa première année de vie. »

C’était une annonce très prometteuse !

J’ai été très agréablement surprise par certaines choses, mais d’autres aspects m’ont au contraire beaucoup dérangée, voire choquée. Je précise que je vais parler ici des deux parties de l’émission : « 1 an dans la peau d’1 bébé » et « 1 an dans la peau des parents », diffusée juste après. Je dois dire que cette seconde partie m’a beaucoup plus dérangée que la première… Je vous détaille tout cela !

De très bonnes choses…

Empathie et bienveillance

Un point très positif à souligner selon moi, c’est l’accent mis sur la bienveillance. On essaie de se mettre à la place du bébé, de faire preuve d’empathie envers lui en essayant de comprendre ses sentiments. Quelle avancée ! Ainsi, on parle du traumatisme de la naissance par exemple : du choc pour le bébé de se trouver soudain a l’air libre, à la lumière vive, de subir la pesanteur, le bruit ambiant, de découvrir les sensations de froid et de faim… On parle aussi des tempêtes émotionnelles du bébé, au cerveau encore trop immature pour maîtriser ses émotions. De la nocivité des situations stressantes et répétées pour le bébé avec l’impact de la cortisol sur le développement de son cerveau. On mentionne aussi à plusieurs reprises l’ocytocine sécrétée lors des moments de complicité et de contacts en peau à peau parent/bébé (on assiste même à un atelier de massages pour bébés !), ainsi que ses bienfaits sur la confiance en soi, le lien, l’attachement et l’empathie. L’intervention du Dr Catherine Gueguen est évidemment un énorme plus de l’émission !

De manière générale, je trouve que beaucoup d’amour pour ces bébés se dégage de l’émission. C’est beau, et c’est bien l’essentiel !

Des explications scientifiques claires

Des explications claires et intéressantes sont régulièrement données et illustrées. On nous montre, par exemple l’évolution de la vision du bébé. Des schémas nous expliquent ce qui se passe à l’intérieur de son corps. Des chiffres très précis sont donnés (l’évolution du nombre d’os du corps et du cerveau par exemple), ce qui rend les choses très concrètes.

Une mise en avant de l’allaitement

A une heure de grande écoute sur M6, on a parlé (avec schémas à l’appui !) : réflexe de succion, réflexe d’éjection, modification de la composition du lait en court de tétée, anticorps, bien-être du bébé pendant la tétée et ses impacts positifs sur le système nerveux… On a qualifié le lait maternel de « potion magique », l’allaitement de « miracle », c’est très positif !

… mais aussi des choses très contestables !

Un âge précis donné pour chaque étape du développement

Mois par mois, l’émission parle des évolutions du bébé, sans aucune nuance quant à l’âge auquel ces évolutions sont attendues. Attention : chaque enfant est unique. Chacun à son propre rythme. Certains seront plus en avance sur le langage, d’autres sur la motricité globale, d’autres sur la motricité fine… Il est important de respecter ce rythme propre à l’enfant, de ne pas le brusquer, lui montrer qu’on a confiance en lui pour qu’il ait lui-même confiance. Donner un âge précis pour chaque étape du développement est je pense une erreur : cela peut engendrer des craintes inutiles pour des parents dont l’enfant ne suit pas le rythme indiqué (« ils indiquent 9 mois pour le redressement, mais le miens ne se redresse toujours pas à 11 mois, est-ce normal ? », et l’enfant pourra ressentir cette crainte. Je préfère l’approche du livre sur le développement moteur « Un bébé, comment ça marche ? », qui donne de très larges fourchettes indicatives (parfois à 8 mois près !), mais parle surtout en « niveaux » (niveau 1, 2, 3…) plutôt qu’en mois du bébé.

Le sommeil

Clairement, le but ici est que le bébé fasse vite ses nuits pour « laisser les parents souffler »  (je cite le pédiatre, dans la seconde partie de l’émission). On ne mentionne pas d’astuces pour diminuer la fatigue des parents autrement. On alimente de vieux clichés : « à partir de 5 kg, on peut supprimer le biberon de 3 heures du matin ».  Je suis en profond désaccord avec cette approche de la parentalité. Je me permets de rappeler ici que le nourrisson est le mieux placé pour savoir s’il a besoin de manger à 3 heures, et que s’il réclame, il faut répondre à sa demande… De plus, les réveils nocturnes ont également une dimension affective : il cherche le contact avec sa maman/son papa. Il cherche à se rassurer. Supprimer un biberon à cet âge pour pouvoir se reposer est simplement égoïste et violent pour le bébé ! Même s’il a passé les 5 kg ! Je précise que mes propos ne sont pas porteurs de jugement envers les parents de l’émission. Je comprends tout à fait que l’on soit fatigué avec des jumelles et qu’on pose la question. C’est plutôt la réponse du pédiatre qui m’a dérangée… Je vous invite à lire pour mon article sur le sommeil des bébés pour approfondir cette réflexion.

« Sein ou biberon, peu importe », dit le bébé

Le bébé « dit » : « Maman alternait entre donner le sein, et faire des biberon avec du lait en poudre. Sincèrement, tant que je pouvais manger quand j’avais faim, les deux me convenaient parfaitement ». C’est contestable ! La production a visiblement choisi une famille pratiquant l’allaitement mixte pour ne pas se mouiller sur ce terrain « glissant ». Ce choix est discutable, mais il peut se comprendre vu le contexte « grand public » de l’émission. Ils veulent ne froisser personne… Par contre, ce commentaire, ils auraient dû selon moi s’en passer. Mettre le biberon et le sein au même niveau, c’est désinformer, minimiser les bénéfices de l’allaitement, et cela n’aide personne. Mais surtout, prêter de tels propos à un bébé me dérange profondément. S’il pouvait parler, ce n’est certainement pas le discours qu’il tiendrait ! Je précise que mon propos ne vise en aucun cas à juger la maman. Je peux tout à fait concevoir qu’avec des jumelles, on choisisse l’allaitement mixte…

Aucune explication technique sur la bonne mise en route de l’allaitement

Il m’aurait paru judicieux d’informer sur le fait qu’un allaitement mixte dès la naissance a très peu de chances de tenir sur la durée. D’ailleurs, la maman du reportage ne semble pas avoir allaité plus de quelques semaines. Le reportage laisse entendre que l’allaitement mixte est un choix anodin, or il peut véritablement compromettre l’allaitement, en empêchant la lactation de bien s’installer. Il me semble que c’est une information capitale que les futures mamans devraient connaitre, afin de ne pas se retrouver le « bec dans l’eau » avec un sevrage précoce non désiré, comme cela arrive malheureusement souvent.

Quelques explications techniques de base sur la meilleure conduite à tenir pour bien lancer sa lactation auraient été les bienvenues (allaitement aux signes d’éveil, positions, avertissements au sujet de la confusion sein/tétine…). Les mamans ont souvent des difficultés à bien démarrer leur allaitement par manque d’informations adéquates. C’était l’occasion d’apporter une contribution à ce niveau…

Des inepties au sujet de l’allaitement

Dans la seconde partie de l’émission, certaines choses dites à propos de l’allaitement m’ont vraiment fait bondir !

Comme par exemple : « l’allaitement est un exercice épuisant, c’est pour cela qu’une femme sur 3 n’allaite plus à 3 mois ».

Les vraies causes d’abandon de l’allaitement en France sont clairement le manque d’accompagnement efficace, et la durée trop courte du congé maternité ! Je trouve dommage de présenter l’allaitement comme « fatiguant », c’est encore décourager les femmes d’au moins essayer d’allaiter…

Avec un bon accompagnement, lorsque tout se passe bien, allaiter n’est pas plus fatiguant que donner le biberon. S’occuper d’un nouveau-né est épuisant, allaitement ou non. Oui, l’allaitement demande plus d’investissement de la part de la maman. Si on la conseille mal, à savoir qu’on ne lui indique pas comment mettre son bébé au sein sans douleurs, qu’on lui dit que donner le sein au lit est dangereux pour le bébé, qu’on ne lui conseille pas d’au moins mettre le bébé dans sa chambre dans un lit accolé au sien, et qu’elle doit se lever pour changer de pièce toutes les 2-3 heures la nuit, alors oui, allaiter est épuisant ! Si au contraire, on lui explique les règles de sécurité du partage de lit, alors elle peut allaiter en dormant et tout devient plus simple ! Il est bien moins fatiguant de prendre son bébé contre soi, le mettre au sein et se rendormir aussitôt, que de se lever pour préparer et donner un biberon… D’autant plus que lorsque le bébé allaité dort avec sa maman, leurs cycles de sommeil se synchronisent. Le bébé a tendance à se réveiller à un moment où la maman est en sommeil transitionnel. C’est bien moins fatiguant que d’être tirée d’un sommeil profond ! Il est aussi important de savoir que certaines hormones libérées par la tétée aident la maman comme le bébé à se rendormir. La journée, en cas de coup de fatigue, la maman allaitante peut faire la sieste avec son bébé au sein :) Quand le bébé pleure, elle n’a pas à se poser trop de questions, le sein suffit généralement à le calmer instantanément. Elle n’a pas de biberon à nettoyer, à préparer, à transporter… Alors oui, l’allaitement demande une plus grande disponibilité de la maman auprès de son bébé, mais c’est aussi du temps de gagné ailleurs. Certaines spécialistes se sont penchés sur cette question, et ont conclu qu’allaiter n’était pas plus fatiguant que donner le biberon. [1]

L’autre chose dite à propos de l’allaitement qui m’a choquée est la suivante : On parle « d’autonomisation » du bébé à 4 mois : « La prise d’autonomie des enfants commence par l’alimentation : se détacher du sein, une prise de distance symbolique, puis se détacher du biberon. A partir de 4 mois, le biberon ne suffit plus à nourrir un bébé : il faut compléter son alimentation par des fruits et des légumes. » Donc, le sevrage du sein au profit du biberon fait partie de l’autonomisation du bébé ! Et avant 4 mois, s’il vous plaît ! Cela rejoint tout à fait ce qu’a écrit récemment le magasine « Parents », et qui a fait réagir. Cela voudrait dire qu’un bébé toujours allaité serait moins autonome ? Je me permets d’apporter le témoignage de ma petite expérience : mon P’tit Loup allaité de 17 mois dit une vingtaine de mots, mange seul avec cuillère et fourchette, joue seul de longs moments, range ses jouets, marche… Souvent, quand nous sortons au parc, je dois faire bien attention à le garder dans mon champ de vision car il a tendance à partir loin pour explorer ou aller voir les autres enfants. Il est loin de rester accroché à moi en permanence ! On pourrait en dire autant de nombreux bambins allaités, ils ne sont  pas moins autonomes que les autres. Au contraire, le réconfort que leur offre le sein ne peut leur être que bénéfique à ce niveau. Je renvoie encore une fois à la théorie de l’attachement, qui dit : « Ce n’est que quand ses besoins de proximité sont satisfaits qu’un individu peut s’éloigner de sa figure d’attachement pour explorer le monde extérieur ». Isabelle Filliozat utilise l’image du porte-avion : la mère serait comme un porte avion, et l’enfant comme l’avion qui explore le monde, mais uniquement tant qu’il peut revenir dès qu’il en ressent le besoin vers sa figure d’attachement.  Tous les bébés ont besoin de se ressourcer auprès de leurs figures d’attachement, avec ou sans le sein ! La « prise de distance symbolique » mentionnée n’a aucun sens ! Rappelons aussi que la vraie autonomie de l’enfant n’est pas imposée par l’adulte : elle s’acquiert avec l’accompagnement bienveillant de l’adulte, c’est très différent ! Ainsi, on ne peut affirmer qu’un enfant a gagné en autonomie vis-à-vis du sein que s’il a décidé lui-même d’arrêter :) A ce sujet, la réalité du sevrage naturel contredit cette idée du reportage : le fait que les petits soient capables d’arrêter d’eux-même le sein prouve bien que l’allaitement long ne nuit pas à la prise d’autonomie !

J’en profite pour préciser qu’à 6 mois, mon P’tit Loup (comme de nombreux autres bébés) était toujours allaité mais mangeait déjà seul, puisque diversifié en DME. Les bébés sevrés du reportage, eux, étaient nourris à la cuillère. Je pense que c’est suffisant pour contredire cette affirmation désolante. Enfin, rappelons encore une fois que l’OMS recommande d’allaiter jusque aux 2 ans de l’enfant (6 mois en exclusif, puis en complément d’une alimentation diversifiée).

La diversification à 4 mois pile

Pour être respectueux du développement du bébé, il est important, avant de diversifier, d’être attentif aux signes indiquant qu’il est prêt à manger : il se tient bien droit, a l’air intéressé par la nourriture, porte des objets à sa bouche… J’en ai déjà parlé ici. Aucune mention n’est faite de ces signes dans le reportage. Les jumelles n’ont pas l’air de tenir assises, puisqu’elles mangent dans un transat. Elles n’ouvrent pas grand la bouche avant de manger, elles se font plutôt « enfourner » les cuillerées… Elles ne sont visiblement pas prêtes. Elles commencent à manger à 4 mois, ce qui est très tôt. Il est exceptionnel qu’un bébé soit vraiment prêt à cet âge. A titre comparatif, l’OMS recommande d’introduire les aliments solides aux alentours de 6 mois. Pire, dans la seconde partie de l’émission, il est dit, je cite : « A partir de 4 mois, le biberon ne suffit plus à nourrir un bébé : il faut compléter son alimentation par des fruits et des légumes ». Déjà, on ne fait plus mention des bébés allaités (ben oui, qui allaite encore après 4 mois ?), et surtout, on dit qu’il FAUT diversifier à 4 mois. Ce n’est pas parce que c’est l’âge à partir duquel c’est tolérable, que c’est l’âge idéal. Encore une fois, ce n’est pas ce que préconise l’OMS ainsi que les autres institutions nationales et internationales. Je trouve dangereux de tenir ce discours, car il incite les parents à la diversification précoce (qui peut avoir des répercussions sur la santé du bébé, surtout s’il est allaité) et de plus met une certaine pression : que faire si le bébé refuse ? On le force ? Comme le Dr Gonzales l’a très bien expliqué dans son livre « Mon enfant ne mange pas » [2], le biberon (et bien sûr le sein également), contient tous les nutriments nécessaires jusqu’à 6 mois révolus, voire même au-delà. Et puis, il n’y a pas d’obligation de commencer spécifiquement par les fruits et légumes. Rappelons que les industriels de l’alimentation infantile ont grand intérêt à ce que les bébés soient diversifiés dès 4 mois, et que leur influence est réelle sur certains médecins. Enfin, aucune mention n’est faite de la DME, ce qui laisse présager que le combo purées/compotes est la seule solution possible pour diversifier un bébé. Mais je dois dire que c’est sans surprise, je n’en attendais pas tant…

La crèche «  pour sociabiliser »

Alors là, je dois dire que j’ai été choquée. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas aimé voir les étapes du développement du bébé écrite mois par mois, sans aucune nuance. Mais entendre qu’au 7ème mois, le challenge pour le bébé est de « vivre en société et développer son système immunitaire » en allant à la crèche, là il ne faut pas exagérer ! Qu’en est-il de ceux qui ont la chance de pouvoir rester à la maison avec leur mère ou leur père, ils loupent une étape ? Ils ne seront pas sociables plus tard ?

Je pense qu’il est important de rappeler à quel point un lien d’attachement fort, une solide base de sécurité aide l’enfant à prendre son autonomie, à avoir confiance en lui et en les autres, et ainsi à être à l’aise en société. Les neurosciences ne cessent d’apporter de nouveaux éléments à ce sujet. Bien sûr, il n’est pas toujours possible de s’arrêter longtemps pour être avec son bébé (surtout en France où le congé maternité est bien trop court !), et je ne dis pas que faire garder son bébé soit nécessairement une mauvaise chose. Mais à l’âge de 6 mois, un bébé ne sera jamais aussi bien qu’à la maison avec sa maman, ou à défaut son papa ! Et à cet âge, la collectivité est loin d’être le mode de garde idéal. Affirmer le contraire, présenter la crèche comme quelque chose de 100% positif pour le bébé, et même de nécessaire, est une très mauvaise chose à mon sens. C’est alimenter des clichés trop ancrés dans notre société, qui pousse déjà à la séparation précoce, à la socialisation précoce, à l’autonomisation forcée. Qui met la crèche sur un piédestal, comme si c’était « l’élite du mode de garde ». Oui, il peut y avoir de bonnes raisons de mettre son bébé à la crèche. Mais le sociabiliser n’en est pas une ! En tous cas, pas à 6 mois ! A cet âge, le bébé se contrefiche des autres bébés autour de lui. Il a surtout besoin d’une personne référente très présente et disponible pour lui, pour répondre à ses nombreux besoins, surtout affectifs. Lui prodiguant des soins comparables aux soins maternels. Inutile de préciser que lorsqu’il n’y a qu’une personne pour 5 bébés (comme c’est le cas dans de nombreuses crèches), c’est compliqué… Une maman qui a des quintuplés bénéficie d’aides pour s’en sortir, mais peu de personnes sont choquées du ratio légal d’une auxiliaire pour 5 bébés en crèche… Je ne dis pas que tout est mauvais dans les crèches. D’ailleurs elles sont loin de toutes se valoir. Mais c’est un mode de garde qui a ses avantages et ses inconvénients. Si certains bébés, arrivés à un certain âge, pourront réellement s’y épanouir, d’autres auront vraiment du mal à s’adapter à la collectivité si tôt dans leur vie. A ce sujet, certaines voix commencent d’ailleurs à s’élever. En France, le livre : « Nos enfants sont-ils heureux à la crèche » écrit par Anne Wagner, ancienne directrice de crèche. Au Canada : « Le bébé et l’eau du bain » écrit par le Dr Chicoine. La pédopsychiatre Nicole Guedenay aborde également cette problématique dans sa conférence sur l’attachement [3].

On entend aussi qu’un bébé, avant 8 mois, ne connaîtrait pas le sentiment d’abandon. Alors là, attention. Effectivement, le bébé prend conscience qu’il est une personne à part entière à partir de l’âge de 8 mois environ, et c’est à partir de ce moment que commencent les épisodes d’angoisse de séparation. C’est à partir de cet âge que le sentiment d’abandon devient conscient. Mais cela ne veut pas dire qu’avant cet âge, le bébé ne souffre de l’absence de ses parents ! Comment expliquer alors, les bébés inconsolables lors de l’adaptation en crèche, qui se calment instantanément à l’arrivée de leur maman/papa ? Comment expliquer que de jeunes bébés fassent la grève de la tétée à l’issue d’une absence prolongée d’avec leur mère ? Si le sentiment d’abandon était totalement inexistant avant 8 mois, ne devraient-ils pas reprendre le cours de leur vie telle qu’elle était avant la séparation, comme si de rien n’était ? Le néonatologiste sud-africain Nils Bergman affirme que « l’habitat naturel » du nouveau-né est le corps maternel [4]. Cela paraît normal, il vient d’y passer 9 mois ! C’est comme sa « base » ! Ce spécialiste parle de « cri de détresse à la séparation » quand on sépare le bébé du corps de sa maman (effectivement, quelle maman n’a jamais eu de la difficulté à poser son bébé paisiblement endormi dans ses bras ?). Il explique à quel point le contact en peau à peau maman/bébé réduit le taux d’hormones de stress de ce dernier, et influe ainsi positivement sur ses paramètres physiologiques (son rythme cardiaque, sa température, et même sa digestion et sa croissance). Une étude a montré que le contact en peau à peau d’une mère et son bébé pouvait réduire ces hormones de stress de 74% [5]! Les bienfaits des contacts prolongés mère/enfant (via par exemple, le peau à peau, le portage, l’allaitement, le cododo) lors des premiers mois de vie ne sont plus à démontrer. Le Dr Sears parle ainsi d’une gestation de 18 mois : « 9 mois dans le ventre, 9 mois sur le ventre », tellement le petit bébé est immature et a besoin de ces contacts rapprochés avec sa mère ! Je trouve que les propos du reportage incitent à mettre son enfant en garde à 6 ou 7 mois plutôt qu’à 10 ou 12 mois par exemple. Le pédiatre dit « tant que ça se passe avant 8 mois, ça se passe bien ».  Bon, alors dans ce cas, mieux vaut se séparer à 3 mois qu’à 9 ? Certainement pas ! Je pense qu’il est également bon de rappeler que les pays les plus en avance dans le domaine de la petite enfance, comme la Suède ou le Canada par exemple, ont allongé la durée de leurs congés de maternité jusqu’aux 1 an du bébé, ceci dans l’intérêt des enfants. Bien sûr qu’en France ce n’est pas toujours possible, et bien sûr que pour que cela se passe bien, il faut que ce soit bien vécu par la maman, ou le papa si c’est lui qui reste à la maison. Bien sûr que cela ne convient pas à tout le monde. Mais quand c’est possible et bien vécu, c’est idéal ! Si une maman a envie et peut se permettre de rester avec son bébé pendant plus de 8 mois, et ne le mettre en garde qu’après, alors tant mieux ! Ces 8 premiers mois et plus sont d’une valeur inestimable pour le bébé ! ❤️ Or le reportage fait penser le contraire ! Il ferait presque douter ceux ou celles qui auraient prévu de s’arrêter 1 an ou plus pour s’occuper de leur bébé… C’est à cause de ce types de mentalités que je me suis fait entendre dire plusieurs fois que j’avais arrêté la crèche pour m’occuper de mon fils à temps plein « pour me faire plaisir », « dans mon propre intérêt », mais que cela n’allait pas dans son intérêt à lui… :(

Aucune mention de la motricité libre ni du portage

C’est vraiment dommage, le développement moteur est si fulgurant lors de la première année, et la motricité libre si importante ! D’ailleurs, on peut constater que les jumelles passent énormément de temps dans leurs transat…

Presque rien sur le portage non plus. Les jumelles sont ramenées à la maison dans des Manduca à la sortie de la maternité (des porte-bébés physiologiques, c’est déjà ça !), mais c’est tout.

Attention à la sécurité !

Quelques règles de sécurité de base ne sont pas respectées : les jumelles dorment avec un tour de lit. Il n’est bien sûr pas question ici de faire un procès aux parents : chacun fait du mieux qu’il peut avec les informations dont il dispose. Mais des petits rappels informatifs concernant la sécurité auraient été les bienvenus.

Pour résumer, je trouve qu’il y avait d’excellentes choses dans ce reportage : on a tout de même parlé à une heure de grande écoute sur M6 d’allaitement, de bienveillance et de ses impacts positifs sur le cerveau immature des bébés, du stress et de ses conséquences nocives. C’était presque inespéré ! Mais malheureusement, de fausses idées déjà trop répandues y sont également alimentées, notamment par rapport à l’allaitement, la séparation, la diversification. C’est vraiment dommage…

Et vous, qu’avez-vous pensé de cette émission ?

Sources et références :

[1] Allaiter Aujourd’hui, Fatigue et allaitement :  : http://www.lllfrance.org/1082-claude-didierjean-jouveau-lallaitement-ca-fatigue  

[2] Dr Carlos Gonzáles, Mon enfant ne mange pas, Ligue La Leche, 2010 : p139 à 148

[3] Conférence de Nicole Guedeney sur l’attachement : (Le passage en rapport avec la séparation et notamment la crèche de 1h16 à 1h22) : https://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o  

[4] Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Partager le sommeil de son enfant, Jouvence,2005, p43

[5] Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Partager le sommeil de son enfant, Jouvence,2005, p44

 

4 réflexions sur “1 an dans la peau d’un bébé : mon avis sur l’émission

  1. Laetitia dit :

    Bonjour. Bonne analyse de ces émissions. Ce que j’ai le plus aimé c’est les parties scientifiques : Sur la vue de l’enfant etc, le trop plein émotionnel qui fait « disjoncter » le cerveau (l’ exemple de la plage). Je trouve que comprendre ça c’est énorme pour un parent et permet de réagir correctement parce que l’on comprend vraiment ce qui se passe.

  2. maite dit :

    Juste un petit commentaire : non avec des jumeaux le mixte est plus fatiguant! Vu et revu de nombreuses fois sur un site d allaitement de jumeaux. J allaite mes jumeaux de 10mois. J ai du me battre (c est le mot vu qu on m a harcelée jour et nuit pour que je leur donne des biberons mais non c est non je suis renseignée et plus têtue qu une mule) pour les allaiter et quand les deux pleurent en même temps, surtout la nuit… hop hop et c est réglé XD

  3. pauline dit :

    Bonjour, merci pour votre article bienveillant. je me permet de faire un commentaire sur l’allaitement. Je suis pour l’allaitement exclusif mais je viens de terminer mon congé maternité et j’enchaine sur un congé sans solde ( je ne vis pas en france) de 3 mois encore. Je suis complètement épuisé pourtant j’ai été accompagné et soutenu par mes sage femmes depuis le début ( beaucoup d’eau, de tisane allaitement, de repas complet, de sommeil, cododo, allaitement allongé,etc…); Heureusement qu’il y a un congé maternité car j’ai passé les 4 précédent mois à dormir presque qu’autant que ma fille!! J’adore allaiter ma fille ( qui a 4 mois et pèse 7kl pour 65 cm!) mais le soir depuis maintenant 1 semaine je rajoute un biberon le soir, et cela me soulage énormément. Car ca devient vraiment très compliqué le soir: je n’arrive clairement pas à produire suffisemment alors que le biberon l’apaise de suite. Je vais continuer à faire cet allaitement mixte et lorsqu’elle se fera garder par sa nounou, j’essayerai de l’allaiter matin et soir mais ne tirerai pas mon lait (pour différents raisons liées à mon travail). Alors il faut bien garder en tête que les femmes ( et les corps des femmes) sont différents et de ne pas chercher (peut être involontairement) à établir que c’est parce que celles qui n’allaitent exclusivement pas sont mal accompagnées… Même si beaucoup de femmes choisissent de donner le biberon de peur de ne pas être à la « hauteur » de la tâche et que si elles avaient été soutenu, elles auraient pu tenter l’expérience merveilleuse de l’allaitement. Parallèlement à ca j’ai des copines qui allaitent encore leurs enfants à 1 ans sans avoir rajouté de biberon depuis le début et qui n’ont pas ressenti autant de fatigue.
    Encore une fois, merci beaucoup pour tout ces articles instructifs, bienveillant et surtout qui ne cherche pas à opposer les parents les uns aux autres. Car c’est assez difficile de trouver des sites qui établissent des faits de manière apaisés.

Laisser un commentaire