Le concept du continuum

Le concept du continuum : un livre bouleversant !

Le concept du continuum

J’en avais parlé sur mon compte Instagram quand je l’ai commencé, et ça y est, j’ai enfin terminé ce livre passionnant et bouleversant ! 

Il y a tant à dire, le sujet traité est si complexe et si profond que je suis intimidée à l’idée de tenter de le résumer et d’exprimer ce qu’il m’a inspirée en un article ! Mais ce livre m’a tellement marquée que je ne pourrais pas ne pas en parler… alors je me lance ! Surtout, j’invite tout lecteur l’ayant lu également à partager son propre ressenti, ses propres interprétations, et à compléter mon résumé si nécessaire ! Je sais que ce livre chamboule la grande majorité de ses lecteurs, alors je pense qu’il serait très intéressant de partager ici nos impressions !

Allez, j’arrête ici le préambule et je rentre dans le vif du sujet, je suis certaine que le suspens doit être à son comble ! 😉

Jean Liedloff, l’auteure de ce livre, a passé 2 ans et demi dans la jungle amazonienne au sein d’une tribu « primitive » : les Yékwanas. Cette expérience a totalement bouleversé ses convictions et sa conception générale de la vie, notamment concernant la manière dont les bébés devraient être traités. En observant le mode de vie des Yékwanas, si différent du nôtre et bien plus proche de ce que l’évolution a prévu pour l’homme, elle en a déduit une théorie : Le concept du continuum.

QU’EST-CE QUE LE CONTINUUM ?

Selon Jean Liedloff, le bébé humain né avec des attentes bien précises forgées par l’expérience des êtres humains ayant vécu avant lui, depuis 2 millions d’années que l’Homme existe. Par exemple, à la naissance, il subit un véritable choc en passant de la vie aquatique à la vie aérienne, mais comme tout être humain est passé par là avant lui, il possède en lui cette attente liée à l’évolution de son espèce, et le vit bien. Il « s’attend » au bruit et au changement de pesanteur, il « s’attend » au changement de respiration, il s’attend aussi à recevoir l’étreinte chaleureuse de sa mère. Et tant que les choses se déroulent selon ces attentes, il se sent bien, parfaitement serein.

Selon Jean Liedloff :

« Le continuum humain peut être défini comme une enchaînement d’expériences qui correspondent aux attentes et tendances de notre espèce, dans un environnement de même logique que celui où sont nées ces attentes et tendances. Cela implique un comportement adéquat vis-à-vis des autres acteurs dans cet environnement et une attitude appropriée de ceux-ci envers nous. » 

Par contre, si des expériences attendues par le continuum viennent à manquer, le bébé ressent un profond sentiment de malêtre, un grand sentiment de perte qui le suivra sa vie durant. Le respect du continuum dès le début de la vie conduit au bonheur absolu, au bien être, à la plénitude, pour le présent mais aussi pour l’avenir. En revanche, les entorses au continuum entraînent souffrance, sentiment de manque, et incapacité à être pleinement heureux pour le reste de la vie.

Le continuum est unique pour tous les humains : les changements de ces derniers milliers d’années concernant le traitement des bébés dans nos sociétés modernes sont bien trop récents pour être pris en compte par l’évolution. Ce qui veut dire qu’un bébé naissant en France en 2018 a les mêmes attentes liées à son espèce et induite par l’évolution depuis 2 millions d’années qu’un bébé Yékwana naissant dans la jungle. Pourtant, ils sont loin d’être traités de la même manière !

Selon Jean Liedloff, les Yékwanas vivent en harmonie totale avec le continuum humain, alors que nous, « hommes civilisés », avons perdu notre sens du continuum. Notre intellect a pris le pas sur notre instinct primitif, au point que nous sommes maintenant totalement déconnectés de notre continuum. Dès le tout début de notre vie, nous sommes privés d’expériences essentielles. En conséquence, nous vivons dans l’attente éternelle d’un bonheur qui ne vient jamais (je vous avais prévenus que ce livre avait quelque chose de dérangeant !!). Et à notre tour, nous avons du mal à respecter le continuum de nos bébés, tous victimes de la société dans laquelle nous vivons, où l’intellect domine.

« L’intellect a pris le dessus en décidant ce qui est bénéfique et revendique la suprématie de ses caprices et opinions. Donc, ce qui était jadis l’attente confiante d’un traitement et d’un environnement appropriés est aujourd’hui une attente si frustrée que souvent l’homme s’estime heureux tant qu’il n’est pas sans domicile ni malade. Mais même lorsqu’il dit « je vais bien », il y a en lui un sentiment de perte, une aspiration vers quelque chose qu’il ne peut nommer, une impression d’être décentré, de manquer de quelque chose. »  

Alors, comment un bébé devrait être traité selon le continuum humain ?

LA VIE D’UN BÉBÉ CONTINUUM

La période des bras

La place attendue par un nouveau-né selon le continuum est l’étreinte des bras de sa mère. Dans les bras, il ressent un profond sentiment de plénitude, le bonheur absolu. Par contre, lorsqu’il est laissé seul à pleurer, ne serait-ce qu’une minute, il ressent un grand désespoir : le monde ne tourne plus rond, c’est pour lui intolérable.

« Sous la peau exposée pour la première fois, chaque terminaison nerveuse a un besoin extrême de l’étreinte attendue. Tout son être, toute sa nature indiquent que sa place est dans les bras de sa mère. Pendant des millions d’années, les nouveaux nés sont toujours restés dès leur naissance au contact du corps de leur mère. Certains bébés des quelques générations précédentes ont été privés de cette expérience capitale. Mais cela n’a pas fait oublier aux bébés actuels l’attente de se retrouver à leur place légitime ».

« Le fait que récemment, à certains endroits du globe, la mère en prenne ou non la responsabilité, ne change rien au besoin primordial pour le bébé d’être porté ». 

La période des bras correspond à la phase entre la naissance et le moment où le bébé commence à se déplacer au sol. Lors de cette phase, le bébé continuum est porté constamment, par sa mère, mais aussi par d’autres personnes de son entourage. Il est emmené partout, et participe pleinement et en tout temps à la vie quotidienne des adultes qui l’entourent. Sécurisé par les bras rassurants de la personne qui le porte, il vit toute une série d’expériences essentielles à son bon développement : il entend les voix, les sons, il est presque toujours en mouvement et même parfois bousculé, perçoit les changements de texture et de température. Il n’est pas spécialement « ménagé », puisqu’il accompagne l’adulte dans TOUTES ses activités :

« Il peut être couché sur les genoux de quelqu’un et en contact occasionnel avec les bras et les mains occupés, au-dessus de lui, à pagayer, à coudre ou encore à préparer le repas. Ensuite, il peut sentir un genou se dérober sous lui et une main agripper son poignet. Le genou disparu, la main resserre sa prise et l’élève dans les airs pour le ramener contre le buste. »

« Le bébé peut être à nouveau soulevé par le bras et plongé dans l’eau froide, éclaboussé et lavé. »

« Presque sec, il peut se faire tremper par une pluie battante et ne retrouver du confort que plus tard, lors d’un changement radical qui le fait passer de l’extérieur froid et humide à un refuge chauffé par un bon feu ».

« S’il y a une fête alors qu’il dort, il est secoué assez brusquement lorsque sa mère danse et saute au rythme de la musique ».

Malgré tout, il se sent bien car tout cela répond à ses attentes innées.

« Ce n’est que si on le privait de ce contact qu’il remarquerait le besoin pressant qu’il en a. Son attente sans équivoque et son expérience de ces circonstances très précises sont tout simplement en accord avec le continuum de son espèce. Il se sent bien, c’est pourquoi il éprouve rarement le besoin de pleurer ou de faire autre chose que téter, aimer satisfaire ce stimulus et déféquer. Sinon, il passe le reste de son temps à apprendre à quoi ressemble la vie ».  

« Sa vie, pleine d’actions, est en accord avec la façon de vivre de ses millions d’ancêtres et répond aux attentes de sa nature ».

Jean Liedloff précise que cette action est indispensable : un bébé porté constamment par une personne assise sera certes sécurisé, mais il lui manquera cette activité essentielle pour lui : il a besoin de mouvement et d’expériences ! Effectivement, quel parent porteur n’a pas constaté que son bébé se mettait à pleurnicher dès qu’il s’asseyait, pour se calmer aussitôt que le mouvement reprenait ?

Non, le bébé n’est pas dérangé par les bruits, les mouvements, ni même les bousculades. C’est le silence et l’immobilité qui lui sont intolérables, car rien ne l’a préparé à cela.

La nuit, le bébé continuum dort avec sa mère, et se nourrit à son sein lorsqu’il en a besoin. Ainsi, le contact n’est jamais rompu. Lorsqu’il a envie d’uriner ou de déféquer, il le manifeste par un petit signal, et sa mère l’éloigne rapidement d’elle pour qu’il ne la souille pas (il s’agit en fait de ce qu’on appelle chez nous la pratique du HNI, qui doit effectivement être bien plus aisée lorsque le bébé est nu dans la jungle plutôt qu’habillé en intérieur !).

Le contraste entre le traitement du bébé continuum sans cesse porté et intégré à la vie des adultes, avec le « bébé civilisé » qu’on laisse pleurer dans un berceau est édifiant. Le tableau peint par Jean Liedloff de ce dernier fait froid dans le dos. J’avais beau plus ou moins savoir tout cela (J’en ai écrit des articles sur le portage, le cododo, les conséquences du « laisser pleurer »), mais son écriture dramatique ajoutée au contraste de la vie du bébé Yékwana, le tout dans la lumière du concept du continuum m’a malgré tout bien remuée. Voici quelques extraits choisis, pour vous faire une idée :

« Au réveil, il est en enfer. Aucune mémoire, aucun espoir, aucune pensée ne peut le réconforter de ce purgatoire morose en lui rappelant sa visite à sa mère. Les heures passent, des jours, des nuits… Il pleure, se lasse, s’endort. »

« A son arrivée dans la maison de sa mère, le bébé a déjà un bon aperçu de ce qu’est la vie. […] Ainsi, la vie est pour lui synonyme de solitude, de souffrance et d’insensibilité à ses signaux ».

« Les heures où il est éveillé, l’enfant les passe dans la nostalgie, le désir ardent et l’attente interminable que le bon ordre des choses soit rétabli. Quelques minutes par jour, son désir devient réalité, car voilà qu’on répond à son désir plus qu’ardent d’être touché, porté et bougé. »

« Rien n’a été oublié dans la décoration de la chambre […].. Elle se penche pour déposer un baiser sur la joue toute douce de son bébé et s’écarte tandis que le premier cri d’agonie ébranle le corps de l’enfant.

Doucement, elle ferme la porte. […] Elle entend ce qui ressemble aux cris d’une personne torturée. Son sens du continuum l’identifie comme tel. La nature ne dicterait pas au bébé de hurler au martyr si tel n’était précisément pas le cas. L’heure est aussi grave qu’elle n’en a l’air.

La mère hésite, le cœur tourné vers son tout petit, mais tient bon et s’éloigne. Il vient de manger et de boire. Elle est persuadée dès lorsqu’il n’a pas vraiment besoin de quelque chose. Et elle le laisse pleurer jusqu’à l’épuisement. »

Bien sûr, elle parle là des cas les plus extrêmes de l’éducation « à l’occidentale » : séparation mère/enfant dès la naissance, pouponnière à la maternité, maman qui laisse pleurer bébé dans son berceau toute la journée, sauf aux heures des tétées imposées et aux moments des soins… Heureusement, la majorité de nos bébés est bien mieux traitée de nos jours (rappelons que l’écriture de ce livre remonte à l’année 1975 !).

Mais certaines choses décrites sont malheureusement encore criantes de vérité : l’attention toute particulière portée à la décoration de la chambre du bébé (qui aux yeux de la société, semble presque assurer à elle seule le témoignage d’amour de ses parents !), la surprotection, l’immobilité imposée dans le berceau/le parc, l’isolation avec la solitude et le silence qu’elle implique (plus vite le bébé dort seul dans sa chambre et toute la nuit, « mieux c’est »). J’ai plusieurs fois eu l’impression de passer pour une mère folle et indigne parce que je portais mon bébé à un mariage, au milieu du bruit et de l’action, alors qu’il « aurait été tellement mieux à dormir au calme dans un lit, seul dans une chambre, sous surveillance d’une baby-sitter »… Et malheureusement, c’est une triste réalité, on recommande (voire on sermonne !) encore aux parents de laisser pleurer leur bébé pour qu’il « apprenne » à faire ses nuits. Peut-être plus dès la naissance c’est vrai, mais à partir de 3/4 mois, nombreux sont les bébés de nos sociétés à connaître ce triste sort. L’auteure mentionne également le fait que le bébé civilisé suce son pouce et s’attache à un doudou pour combler le manque de contact physique, alors que ces comportements sont totalement inexistants chez les Yékwanas.

Le bébé « civilisé » est donc à la fois privé de la sécurité du contact permanent des bras, et de l’action qui découle naturellement du fait d’être porté en permanence au sein d’un environnement riche et stimulant. Il est avide d’expériences éveillant tous ses sens. L’auteure réduit le peu d’action de la vie des bébé non portés à la petite promenade en landau et à la sortie en voiture, qui au moins induisent un minimum de mobilité et de bruit, mais sont bien insuffisants pour combler les attentes du continuum. D’ailleurs, une balade en poussette/landau ne peut en rien se comparer à une balade en portage, puisque le bébé n’est pas à hauteur d’homme : il voit le paysage défiler au-dessus de lui (quand la capote n’est pas mise !), entend vaguement les voix discuter au-dessus de sa tête, mais n’est pas au centre de l’action… Il y a aussi les petits moments quotidiens dans les bras, avec la visite d’autres personnes, d’autres enfants, qui s’ajoutent au quota d’expériences du bébé. Les petits jeux, les sourires, les coucou/caché y contribuent également, mais toujours de manière bien insuffisante.

Et puis, il y a ces réprimandes que connaissent ne nombreux bébés de nos civilisation : quand ils se salissent, quand ils mettent quelque chose en bouche, quand ils tirent sur le collier de leur mère… et qui bien sûr ne contribuent en rien à les aider à se forger une bonne opinion d’eux-même. Tandis que les Yékwanas sont beaucoup plus détendus et compréhensifs vis-à-vis du comportement immature des bébés.

Lorsque le bébé continuum a satisfait ses besoins dans les bras, il signale qu’il est prêt à passer aux étapes suivantes. Dans un premier temps, il s’agit des stimulis et des jeux petits jeux comme le coucou/caché, les chatouilles, maintenir le bébé en l’air et le ramener contre soi, puis le jeter en l’air et le rattraper… Honnêtement ici, je ne vois pas de grosses différences avec nos façons de faire occidentales… Chez les Yékwanas, il s’agit aussi de l’habituer à se baigner progressivement dans des eaux de plus en plus vives (là par contre, si ! ^^ ). Et puis progressivement, il se détache de lui-même, lorsqu’il s’y sent prêt, pour apprendre à se déplacer au sol.

Les périodes suivantes

Le détachement progressif

« L’indépendance et la maturation émotionnelle trouvent principalement pour origine dans la relation dans les bras. Ainsi, il est impossible de prendre son indépendance par rapport à sa mère sauf grâce à celle-ci ».

Le bébé commence donc à explorer le monde en dehors des bras. Au début, il retourne souvent vers sa mère, toujours prête à l’accueillir pour le rassurer. Et petit à petit, il s’aventure de plus en plus loin, de plus en plus longtemps, revenant vers sa mère pour se ressourcer de sa présence. C’est exactement l’image du porte avion dont je parlais dans cet article sur l’attachement (d’ailleurs, l’auteure mentionne Bowlby et sa théorie dans ce livre). Le besoin de contact physique s’amoindrit ensuite avec le temps : le petit Yékwana, fort de ses expériences et doté d’une grande confiance en lui grâce à la « période des bras », ne requiert les bras de sa mère que lors des moments de grands stress.

D’ailleurs, Jean Liedloff explique que les petits Yékwanas géraient la douleur de manière impressionnante, notamment parce qu’ils ne cherchaient pas à se faire materner davantage pendant ces moments. Dotés d’une solide confiance en eux-mêmes et dans les autres, et rassasiés de tout le contact physique maternel obtenu lors de la phase « dans les bras », ils ne ressentaient pas ce besoin. L’auteure raconte plusieurs anecdotes étonnantes à ce sujet, comme celle d’un enfant de 4 ans ayant l’extrémité de son pouce arrachée, ou d’un petit de 2 ans ayant une coupure à la main à suturer. Lorsqu’elle les soigna, ils ne pleuraient pas ou très peu, ne se plaignaient pas, ne réclamaient pas de câlins et ne cherchaient même pas à gagner sa compassion…

L’approche de la sécurité

Lorsque le bébé Yékwana commence à se déplacer, sa mère le laisse gérer ses entreprises sans intervenir, ou alors très peu. Elle le laisse développer à son rythme ses compétences motrices, toucher aux divers objets de son environnement, et c’est ainsi que le bébé continue de remplir son quota d’expériences nécessaires à son bon développement. Bien sûr, il n’est absolument pas question-là d’isoler le bébé du monde extérieur en faisant usage d’un parc comme il est de coutume chez nous !

Par ailleurs, l’approche de la sécurité du bébé est ici bien différente de celle des pays dits « civilisés ». On laisse le bébé se saisir de couteaux tranchants par la lame, jouer avec des branches de feu, jouer tout près d’un puits ou d’une rivière à fort courant, et souvent même sans surveillance ! À 18 mois, les petits garçons commencent à pratiquer le tir à l’arc avec de vraies flèches ! Les Yékwanas ne sont pas fous contrairement à ce que l’on pourrait croire, mais leur sens profond du continuum leur donne une totale confiance dans la capacité naturelle du bébé  à s’auto-protéger. Ils lui laissent donc la responsabilité de cette tâche, et Jean Lidloff explique que les accidents sont bien moins nombreux que dans nos sociétés où les bébés sont surprotégés ! Elle donne d’ailleurs un exemple frappant : dans le village Yékwanas, les enfants jouaient tout près d’un puits de cinq mètre et il n’y avait jamais j’accidents. Alors qu’aux Etats-Unis, de nombreux enfants se noient dans les piscines familiales dès que l’on oublie de fermer la barrière de sécurité.

« Un bébé n’a aucune tendance suicidaire, mais possède en revanche toute une série de mécanismes de survie ». 

« Comme tous les jeunes animaux, il possède un véritable talent d’autoprotection et un sens réaliste de ses capacités. Si sa mère lui donne à penser que c’est elle qui doit assurer sa sécurité, il coopérera et lui laissera s’en charger. S’il est constamment surveillé et forcé à suivre la direction décidée par sa mère ou arrêté et brisé ainsi dans ses élans et sa motivation, le bébé apprend très vite à ne plus être responsable de lui-même puisque sa mère lui montre qu’elle ne l’en croit pas capable. »  

« Un jour, j’observais très anxieusement un petit se diriger à toute vitesse vers un puits et s’arrêter juste à l’aplomb de cinq mètres de profondeur. Cela lui arrivait plusieurs fois par jour au cours de son exploration du village. Insouciant comme l’animal passant à l’aplomb d’une falaise, il tombait en position assise, souvent dos au puits. Occupé avec un bâton, une pierre, ses doigts ou ses orteils, il jouait et gigotait dans tous les sens, sans voir apparemment le puits. Il fallait l’admettre : il ne se retrouvait jamais dans la zone de danger. » 

« Il semble que tout réside dans la prise de responsabilités. Chez les enfants occidentaux, le mécanisme permettant de veiller sur soi ne fonctionne que partiellement puisqu’une grande partie de cette tâche est prise en compte par les adultes. Ayant la redondance en horreur, le continuum supprime donc toutes les responsabilités que les adultes reprennent à leur compte. Il s’ensuit une diminution de l’efficacité étant donné que personne d’autre ne peut être plus constant et plus alerte que soi-même ». 

Le raisonnement de Jean Liedloff va très loin, puisque selon elle, les parents occidentaux sont eux-mêmes responsables de nombreux accidents de leurs petits, induits justement par la surprotection. Et on ne parle pas seulement là que des barrières de sécurité : une parole, un regard induisant à l’enfant que l’on a peur qu’il tombe pourrait induire sa chute, l’enfant  finissant par obéir inconsciemment à ce qu’il pense que l’on attend de lui.

« La simple interpellation « Ne t’éloigne pas de ma vue » prononcée avec une note d’appréhension (comme quoi on s’y attend) suffit à surpeupler les points de rassemblement d’enfants perdus. De plus, si on y ajoute un « Attention, tu vas te blesser ! », il s’ensuite un bon nombre de chutes graves, noyades et accidents de la route. Soucieux de répondre aux attentes de celui qui s’occupe de lui, le petit challenger n’est plus en équilibre par rapport à son environnement et son système d’autoprotection ne fonctionne plus comme il devrait. Inconsciemment, l’enfant en est donc réduit à obéir à l’ordre absurde de se blesser. S’il se réveille à l’hôpital, il ne sera absolument pas étonné de savoir qu’il a été renversé par une voiture puisque sa personne de référence le lui avait déjà annoncé maintes fois. » 

Au final, tout ceci incarne parfaitement la philosophie de la motricité libre, mais tellement poussée à l’extrême que je crois que ces affirmations ne peuvent laisser aucun parent du monde occidental indifférent !

L’enfant est intégré aux activités des adultes

Une autre grosse différence par rapport à notre culture est que l’attention de l’adulte n’est pas centrée à 100% sur l’enfant. Une mère Yékwana est toujours disponible pour son bébé s’il le demande, mais elle ne lui donne pas plus que nécessaire. Elle continue de vaquer à ses occupations en tout temps, sauf s’il demande toute son attention, auquel cas elle la lui accorde volontiers. Mais c’est le bébé/bambin qui est à l’initiative de ces contacts. De manière générale, l’enfant est dès sa naissance totalement intégré à la vie des adultes, on n’en fait ni trop ni pas assez. Si l’on y réfléchit, chez nous c’est assez contradictoire : on a tendance à « repousser » nos enfants lorsqu’ils nous demandent trop d’attention, et à la fois on les place souvent au centre de l’attention alors que cela n’est aucunement nécessaire. Selon Jean Liedloff, cela pourrait même être source d’angoisse pour l’enfant, qui aurait ainsi le sentiment qu’on attend quelque chose de lui. Et surtout, qui a besoin d’observer des adultes mener leurs propres activités.

La mère Yékwana laisse son enfant venir à elle en tout temps, mais elle ne cesse pas de vivre sa vie pour autant… Elle l’intègre simplement à ses activités. Les soins sont prodigués uniquement sur demande, la nourriture est disponible pour lui quand il a faim, il vient près d’elle pour dormir s’il est fatigué, et il peut à tout moment se joindre à l’activité en cours s’il le souhaite, ou partir jouer/explorer s’il le préfère. S’il a besoin des bras, elle le porte sur sa hanche, et continue ainsi de travailler. Lorsqu’elle marche avec son petit enfant, la mère Yékwana adapte son allure à celle de son enfant, mais elle ne se retourne pas pour s’assurer qu’il suit bien. Elle lui faisant comprendre par son comportement qu’elle a des choses à faire, et l’enfant suit de manière instinctive. Il ne l’interpellera que s’il ne peut plus la suivre. Il ne veut pas abuser de son temps, elle montre qu’elle sait qu’il ne lui demandera que le stricte nécessaire pour qu’ils poursuivent leur chemin, mais qu’elle peut être patiente s’il le faut. Encore une fois, tout se fait dans l’esprit de la confiance mutuelle.

Les enfants ont très jeune la possibilité de travailler aux côtés de leurs parents s’ils le souhaitent. Ils en ont la possibilité mais n’en sont jamais forcés. Jean Liedloff raconte qu’elle a observé une petite fille de 2 ans manifester l’envie de râper le manioc avec sa mère et les autres femmes du village. On lui a donc proposé à ce moment une toute petite râpe pour qu’elle puisse essayer, ce qu’elle a fait quelques minutes. Puis, une fois sa curiosité satisfaite, elle est repartie jouer. C’est de cette manière que les enfants apprennent à travailler : en observant les adultes d’abord, puis en les imitant et en se joignant à eux lorsqu’ils s’en sentent prêts, tout cela sans pression. Jean Liedloff explique d’ailleurs que la notion du travail est bien différente chez les Yékwanas que dans nos sociétés : travailler est pour eux un plaisir et non une corvée. Ils réalisent quotidiennement des tâches pourtant très pénibles et difficiles, mais  toujours de bon cœur, dans la joie et la bonne humeur. Dans leur langage, il n’y a même pas de mot pour dire « travail » ! On ne distingue pas travail et loisir…

L’éducation des enfants

Sur ce point encore, il y a un fossé entre l’approche traditionnelle de l’éducation dans nos sociétés, et celle des Yékwanas. Chez eux, l’enfant est perçu par tous comme un être intrinsèquement bon : on ne le voit pas comme un petit monstre cherchant sans cesse à manipuler les adultes ! On le respecte comme on respecte un adulte, c’est tout naturel. On ne cherche pas non plus à lui transmettre les notions de bien et de mal, à faire de longs discours… on se contente de montrer le bon exemple ! Ils ne les complimentent pas particulièrement lorsque ceux-ci font quelque chose de bien (ce qui signifierait que l’on ne s’attendait pas à si bien de leur part !), et ne les blâment pas non plus lorsqu’ils font quelque chose de mal : au besoin, on leur signale que leur comportement était inapproprié, mais ils ne se sentent jamais attaqués en tant que personne. Bien sûr, ni punitions ni récompenses ne sont pratiquées chez les Yékwanas. L’enfant devient naturellement responsable et auto-discipliné au fur et à mesure qu’il grandit. D’ailleurs, Jean Liedloff explique qu’elle trouvait les petits Yékwanas particulièrement « disciplinés » justement : ils ne parlaient pas à table par exemple, ne se battaient jamais entre eux, obéissaient sans discuter aux directives des adultes… Alors qu’elle pensait au départ qu’ils agissaient ainsi sous la contrainte, elle a vite compris que la dynamique était toute autre : un petit Yékwana obéit à une consigne donnée par un adulte simplement parce qu’il a envie de le faire. L’adulte ne vérifie même pas s’il a appliquée la dite consigne. Il montre simplement qu’il a toute sa confiance dans le fait que l’enfant fera ce qu’il lui demande… C’est là juste le témoignage d’une relation de confiance mutuelle, et non d’obéissance au sens où nous l’entendons.

Cela va même plus loin car ils ne cherchent jamais à persuader l’un des leurs, qu’il soit enfant ou adulte. Imposer sa volonté à cette d’un autre, ou ne serait-ce que d’essayer le faire, est une pratique qui dépasse leur entendement. Jean Liedloff raconte que même lorsque la vie d’un de leurs proches en dépendait, ils ne parvenaient pas à s’y résoudre !

Les Yékwanas ne cachent rien à leurs enfants, ne leurs servent pas de discours simplifiés ou modifiés par rapport à la réalité pour « se mettre à leur niveau » : ils se content de parler normalement entre eux devant eux quelque soit le sujet, et c’est l’enfant qui en grandissant, saisit de plus en plus de choses.

POURQUOI CE LIVRE M’A CHAMBOULÉE

Comme je le disais, ce livre m’a beaucoup marquée, bouleversée même. Arrivée au 2 tiers, j’ai même marqué une pause pendant plus d’un mois ! Je ne parvenais plus à le lire sans :

1/ culpabiliser : mon P’tit Loup enchaînait les tempêtes émotionnelles à ce moment-là, alors arrivée au passage où elle explique que chez les Yékwanas, les petits ne faisaient jamais de crises et qu’en 2 ans et demi de vie là-bas, elle n’avait été témoin d’une seul crise de colère, j’ai un peu tiqué…

2/ déprimer : parce que le tableau peint de notre société n’est vraiment pas réjouissant, et que toutes ces pages à propos de notre bonheur perdu et notre bien être véritable impossible à atteindre a fini par atteindre mon moral, alors je me suis dit que je n’avais pas besoin de ça…

Sur le premier point, c’est sûr qu’en tant que parent, il y a de quoi se poser des questions… La tâche de parent a l’air si simple chez les Yékwanas, tout est facile et coule de source ! Alors quand on galère chez soi avec son bébé qui pleure ou son bambin qui enchaîne les crises, on se torture forcément un peu l’esprit… « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Les bébés continuum ne pleurent jamais, les bambins ne font jamais de crises, et chez moi ça n’arrête pas… c’est que j’ai tout fait de travers ! »

Jean Liedloff explique que les bébés Yékwanas ne souffraient jamais de coliques ni de régurgitations. Qu’ils étaient toujours détendus et ne pleuraient jamais. Si je prends mon propres cas, il est vrai que mon P’tit Loup, lors des 4 premiers mois de sa vie, pleurait très peu. Il a tout de même souffert de quelques petites coliques. Pas énormes c’est vrai comparé à tout ce que l’on peut entendre, mais des petites coliques tout de même. Je me souviens que pendant un mois ou deux, il finissait toutes les nuits sur mon ventre : dormir ventre contre vendre le soulageait. Il régurgitait peu, du moins ce n’était pas douloureux, mais cela lui arrivait tout de même après chaque tétée. En même temps, j’avais un Réflexe d’Ejection Fort, ce qui pour moi expliquait ces régurgitations. À partir de ses 4 mois, il s’est mis à pleurer beaucoup, fort et longtemps plusieurs à plusieurs reprises dans la journée et tous les jours, parce que ses dents commençaient à le travailler et que cela semblait très douloureux.

Pourtant, il était énormément porté, je dormais avec lui et l’allaitais à la demande. Il n’avait jamais été séparé de moi à ce stade. Alors oui, je sais bien que je ne répondais pas aux critères du continuum : j’ai accouché sous péridurale (et en plus l’accouchement avait été déclenché !), je n’ai commencé à le porter que lorsqu’il avait 3 semaines, il a fait énormément de siestes dans son transat, sur le canapé ou dans un berceau, je n’ai pas osé tout de suite le prendre dans le lit parental (je l’ai reposé dans son berceau cododo après chaque tétée nocturne pendant bien trop longtemps), il a pris un peu la tétine, nous avons pas mal utilisé la nacelle pour les sorties au début, etc. Mais tout de même, de là à en déduire que ses régurgitations et coliques étaient la conséquence d’un mal-être chronique et profond (selon Jean Liedloff), je reste dubitative… Comment un bébé ne pourrait absolument jamais pleurer ?! J’avoue que cela me dépasse un peu. Qu’un bébé materné pleure moins j’en suis absolument convaincue, mais qu’aucun bébé de toute une société ne souffre jamais de rien… Il n’y a donc pas de douleurs dentaires chez les Yékwanas, ni de REF, ni d’indigestions ni d’allergies ni rien ? Tous ces maux bien présents chez nous ne seraient que de la somatisation ?

Quand mon P’tit Loup avait six mois, il a commencé à aller à la crèche 4 matins par semaine. Cela a duré 4 mois. C’est toujours une blessure pour moi car non seulement j’ai très mal vécu la séparation et lui aussi, mais en plus j’ai compris au fil du temps que ce n’était vraiment pas une bonne crèche et que les bébés n’y étaient pas bien traités. Je ne le saurai jamais pour sûr, mais je crois bien qu’ils l’ont laissé pleurer au moins quelques fois 💔. Alors forcément, lorsque j’ai lu ces lignes au moment où il s’est mis à nous enchaîner des crises spectaculaires tant pas leur intensité que par leur fréquence, j’ai repensé à cette abominable période à la crèche, et je me suis demandée si cela avait un lien… Parce qu’autant les tous premiers mois, je n’ai pas respecté le continuum de manière exacte, autant là on en était à des années lumières ! (Enfin lors de ces heures à la crèche, parce que clairement à la maison, je compensais en maternant plus que jamais !).

Les petits Yékwanas ne font jamais de crises à hurler à se roulant par terre, ne se tapent pas, ne se disputent pas entre eux, ne pleurent pas « pour un rien », ne jalousent pas leurs frères et sœurs… Mais de quelle planète parle-t-on ? Et c’est ça qui est sensé être la norme ? Est-il possible qu’on est tout raté, « à ce point » ? Finalement, à la réflexion, la parentalité positive ne devrait même pas avoir lieu d’être : elle nous sert surtout à réparer tant bien que mal ce qui a été cassé, elle propose des solutions (des bonnes, j’en suis toujours convaincue !) a des problèmes qui ne devraient pas exister… On essaie aussi ainsi de rétablir par l’intellect ce qui devrait être tout naturel, instinctif… Parce que là-bas, il est facile et naturel pour tous de respecter les besoins fondamentaux des bébés, d’écouter les émotions des enfants… Tout cela donne un peu envie d’être une maman Yékwana, non ?

Je sais que je ne suis pas la seule à être impactée de la sorte par ce livre (l’auteure commence d’ailleurs sa dernière édition en abordant ce point, car certains lecteurs l’ont informée que suite à sa lecture, ils avaient fait une dépression !). Il est normal qu’il remue, mais il n’y a en fait pas de quoi se sentir coupable. Lorsque j’ai confié les sentiments de culpabilité qu’il m’avait inspirés à une amie qui l’avait lu également, elle m’a répondu du tac au tac : « mais on ne vit pas dans la jungle ! » Et elle a tellement raison !

***

On ne vit pas dans la jungle.

Dans la jungle, les enfants ne sont pas exposés sans cesse à toutes les tentations de l’industrie, sur- stimulantes pour leurs cerveaux, frustrantes et donc génératrices de crises : images, publicité, écrans, jouets en abondance, produits industriels sucrés, supermarchés bondés…

Dans la jungle, il n’y a pas d’horaires à respecter, adultes et enfants en sont moins stressés.

Dans la jungle, l’adultisme n’est pas omniprésent.

Dans la jungle, on n’est pas considéré comme un parent fou et laxiste lorsque l’on refuse de laisser pleurer son bébé ou de punir son enfant, on ne ressent pas les regards plein de jugements lorsque notre enfant fait un « faux pas » en public.

Dans la jungle, les enfants sont admis partout et leurs comportements acceptés tels qu’ils sont.

Dans la jungle, on peut emmener ses enfants au travail et on ne force à aucun moment la séparation parent/enfant, encore moins maman/bébé.

Dans la jungle, on peut travailler tout en faisant vivre à son bébé de nombreuses expériences lui permettant de se construire (je ne suis pas si sûre que le travail de bureau réponde à ces besoins d’expérience du bébé lors de la « période des bras » ^^ ).

Dans la jungle, les mamans peuvent s’occuper à temps plein de leurs enfants sans être exclues de la société, en conservant leur travail et en maintenant très facilement une vie sociale enrichissante et satisfaisante.

Dans la jungle, une jeune maman n’est pas seule chez elle à devoir gérer son bébé, le ménage, la cuisine et les courses. Toute une tribu est là pour l’aider.

Dans la jungle, il est tout naturel et aisé pour les parents de respecter le continuum de leur bébé, parce que leur continuum à eux a été respecté.

***

Finalement, j’ai décidé de ne garder de ce livre que le meilleur.

Qu’il nous encourage à porter nos bébés le plus possible, à les allaiter à la demande, à dormir avec eux, à répondre à tous leurs pleurs dans les plus brefs délais , bref à répondre au maximum à leurs besoins primaires… sans culpabilité aucune ! Juste avec ce sentiment profond que l’on fait ce qu’il faut, que bébé est, dans l’étreinte de nos bras, là où il doit être. Clairement, je porterai ma fille à naître plus que je n’ai porté mon fils, elle pourra rejoindre notre lit dès le début de la nuit sans que je ne me pose trop de questions, sans que je n’aie peur de lui donner de mauvaises habitudes. Je penserai à ce livre en faisant tout cela, j’y penserai si jamais le doute m’envahit. Par contre, je ne veux pas repenser à ce livre de façon à culpabiliser dans les périodes où mon fils enchaîne les tempêtes émotionnelles, en me disant qu’elles ne devraient pas être là, que c’est parce que j’ai tout raté.

On fait du mieux que l’on peut, dans la société où l’on vit. On peut essayer de respecter au maximum le continuum de son bébé et même de son jeune enfant, mais à mon sens on ne doit surtout pas se morfondre et culpabiliser sur les entorses au continuum déjà commises : c’est contre constructif, inutile, voire dévastateur. Ces entorses sont souvent la conséquence de la pression mise par la société, qui induit les parents en erreur (« laissez le pleurer, ça lui fera les poumons ! »), (« il ne doit surtout pas dormir dans votre lit, il n’en partira jamais »), le miroir de ce que l’on a toujours connu (pourquoi faire autrement que ce que l’on a toujours observé ?), et puis aussi, tout simplement, on n’a parfois pas le choix malheureusement. C’est terrible mais tout le monde ne peut pas se permettre de prendre un congé parental d’un an, et il est extrêmement difficile de trouver une nounou qui accepte de pratiquer le portage intensif avec les bébés dont elle s’occupe…

Est-il possible d’avoir un bébé, puis un jeune enfant 100% continuum dans notre société ? À la réflexion, je ne crois pas. Il y a tellement d’obstacles ! Le principal je pense, c’est que notre société ne permet pas à toutes les générations de vivre et travailler ensemble. On ne peut emmener ses enfants au travail, et même si on le pouvait, la majorité de nos emplois ne répondraient pas à leurs besoins… Un bébé porté par une maman assise devant son ordinateur ne vivra clairement pas les expériences enrichissantes et stimulantes requises par le continuum. Même pour une maman à la maison, il s’agirait de le porter pour faire les courses, étendre le linge et faire le ménage, je ne suis pas si sûre que ces expériences soient aussi intenses pour le bébé que celles vécues par les petits Yékwanas… (Même si clairement cela vaut mieux que rien ! ^^). On ne vit pas en tribu ni même en famille élargie, et de ce fait les mères au foyer sont seules, isolées avec leurs enfants. Chez nous, il faut en gros choisir entre son travail/sa vie sociale/sa reconnaissance sociale et son rôle de maman à temps plein, les deux sont difficilement compatibles (même s’il y a des solutions et qu’on peut y travailler, c’est tout un challenge !). Chez les Yékwanas, tout cela va tout seul ! Mamans et enfants peuvent être facilement pleinement épanouis !

Et puis, il y a l’école qui impose horaires, rythmes, apprentissages prévus par le programme, et fort malheureusement pour la grande majorité, punitions aux enfants. Qui classe les enfants par année de naissance aussi. Oui il est possible de ne pas scolariser ses enfants, mais tout le monde ne peut pas le faire, le regard de la société est très jugeant sur ce choix ce qui est une barrière pour beaucoup, et pour les familles qui font ce choix, c’est alors dans ce cas aussi tout un challenge de leur offrir une vie sociale suffisamment riche, à la hauteur de celle que connaissent les Yékwanas. Concernant les dangers, nous n’avons pas les eaux à forts courants ni les guépards, mais nous avons les voitures et surtout les malades prêts à enlever nos enfants dans la rue… Et puis, n’ayant pas la foi comme les Yékwanas dû à notre propre continuum brisé, nous serions bien incapables de laisser nos bébés jouer avec de gros couteaux tranchants de manière sécuritaire : notre air apeuré suffirait à provoquer un accident…

Malgré tous ces obstacles qu’il est bon de se rappeler, on peut essayer de se rapprocher le plus possible de ce continuum, selon les moyens dont on dispose.  Je crois que c’est là la meilleure manière de « digérer » ce livre ^^ .

Voici ma petite liste des pratiques possibles dans nos sociétés et permettant de se rapprocher du continuum :

  • Accoucher le plus naturellement possible et pratiquer le contact en peau à peau juste après la naissance
  • Porter son bébé le plus possible, dès la naissance, même pendant son sommeil
  • Bien sûr, ne jamais laisser pleurer son bébé
  • L’allaiter à la demande jour et nuit, et le plus longtemps possible
  • Dormir avec son bébé
  • Reprendre le travail le plus tard possible, idéalement après la première année
  • Pratiquer la motricité libre : pas de parc, faire confiance à son enfant lors de ses expériences motrices, le laisser agir le plus librement possible et se garder de crier « attention » à la moindre tentative un peu périlleuse (on peut par contre se mettre juste derrière lui « au cas où », parce que bon, on n’est pas des Yékwanas non plus et notre sens du continuum brisé ne nous permettrait clairement pas d’appliquer leur approche de la sécurité à 100% de manière efficace, et sécuritaire pour le bébé justement ! )
  • Intégrer son enfant au maximum aux tâches de la vie quotidienne : on peut proposer à un tout petit de nous aider à passer le balai, débarrasser la table, vider le lave-vaisselle, étendre le linge… Les activités de vie pratique Montessoriennes répondent parfaitement à ce critère, c’est tout l’esprit !
  • Intégrer son enfant à ses propres activités lorsqu’elles s’y prêtent (forcément, s’il s’agit de regarder un film ou de tapoter sur son ordinateur, ce n’est pas possible…). Ou du moins, ne pas se priver de prendre un peu de temps pour ses propres activités dans la journée, tout en emmenant son enfant qui sera libre de s’y joindre ou non… Prendre ne serait-ce que quelques minutes de temps à autre pour lire, jouer de la musique ou faire son sport fait du bien et n’est pas préjudiciable à l’enfant. Surtout si à côté, on s’applique à lui accorder quotidiennement des moments privilégiés d’attention exclusive ! (je sais que ce n’est pas ce que font les Yékwanas, mais je persiste à penser que du moins pour nous, ils sont nécessaires et bénéfiques). De mon côté j’essaie de travailler sur ce côté-là, car j’ai trop longtemps attendu que mon fils dorme pour faire quoique ce soit pour moi ! Certaines sorties où l’on peut amener les enfants font du bien aussi : un resto entre amies, une réunion LLL… Des sorties où les enfants sont les bienvenus, mais qui sont davantage dédiées aux parents qu’aux enfants. Je sais que pour ma part, en tant que maman à la maison, ça me fait un bien fou et mon fils passe de bons moments aussi, donc j’essaie d’en faire régulièrement quand je suis seule avec lui en semaine.
  • Eviter les compliments et blâmes
  • Bannir le système punitions/récompenses
  • Et tout simplement essayer de n’écouter que son instinct profond, surtout quand il s’agit de s’occuper de son bébé !

Finalement, pour voir le verre à moitié plein, je trouve qu’entre le maternage proximal et la parentalité positive, on ne s’en sort pas si mal !

Cependant, autant je trouve cette liste est pertinente, autant je pense qu’il serait une grosse erreur de chercher absolument à la suivre à tout prix, y compris dans le cas où la situation ne convienne pas du tout aux parents. Si des parents ne sont pas à l’aise avec le cododo par exemple, il serait absurde de le laisser perdurer sur une très longue période juste pour « respecter le continuum ». De même si une maman n’est pas à l’aise avec le portage : je ne pense pas qu’elle devrait se forcer à porter son bébé en écharpe toute la journée, y compris lorsque son bébé ne le réclame pas, « pour suivre le continuum ».  Il en serait de même pour une maman qui ne supporte plus les tétées trop fréquentes de son bambin la nuit… De toutes façons, l’enfant ressentirait le mal-être du parent, et je ne pense pas que dans ces conditions l’effet soit le même… Nous parents devons également nous respecter, respecter nos limites, les faire comprendre à nos enfants et agir en fonction. (Je précise que je parle là des bambins ou des petits enfants, parce qu’il est selon moi normal et nécessaire de faire passer les besoins d’un petit bébé en premier). Apparemment, les limites des mamans Yékwanas sont infinies, mais leur continuum à elles a été respecté, cela leur rend certainement la tâche plus facile ^^ (et en plus, elles sont bien entourées !).

Concernant le second point sur le « bonheur perdu », clairement il est dérangeant et invite à la réflexion ! Pour vous donner une idée, voici quelques affirmations de l’auteure qui m’ont dérangée/fait tiquer/fait cogiter… :

  • Ayant manqué les expériences nécessaire au respect de notre continuum, nous ne pouvons atteindre le véritable bonheur, qui pourtant est la norme pour notre espèce. Le bonheur, au lieu d’être une condition normale, devient le but de notre vie. Nous passons notre vie à espérer être pleinement heureux un jour, sans jamais y parvenir. Une sensation de manque est toujours présente quelque part, et nous avons le sentiment que si nous parvenons à combler tel ou tel manque, nous serons enfin vraiment heureux. Mais une fois ce manque comblé, il n’en n’est rien, et alors nous trouvons un autre manque à combler : « si seulement j’avais ceci, si seulement je pouvais faire cela.. ». Selon Jean Liedloff, les personnes célèbres mettant fin à leurs jours alors qu’elles possèdent tout pour être heureuses illustrent parfaitement ce point : lorsqu’on a absolument tout ce que l’on n’a jamais voulu, il n’y a plus aucun manque à combler et donc aucun espoir de connaître un jour ce bonheur tant attendu…
  • Les toutes premières expériences de la vie seraient si déterminantes que nous les prendrions a posteriori comme référence à propos de l’état émotionnel que nous devrions entretenir. C’est-à-dire qu’un homme ayant connu le bien être absolu des bras de sa mère lors des premiers mois de sa vie rechercherait inconsciemment ce bien-être, tandis qu’un homme ayant connu la solitude rechercherait inconsciemment… la solitude. Car si son état est trop différent de ce qu’il a connu alors, il se sentirait mal de toutes-façons.

« Le même raisonnement est valable pour un certain degré d’anxiété chronique car la soudaine perte d’un « soucis possible » entrainerait une forme d’anxiété infiniment plus profonde et aigue. […] En réalité, tout cela est causé par la tendance à maintenir un degré établi dès la naissance, qui aurait dû être un haut degré de bien-être. Les stabilisateurs de notre continuum luttent contre les variations extrêmes de notre réussite, de notre bonheur et de nos convictions et cela, souvent à l’encontre de notre volonté ».

«  Quand ses expériences ultérieures ne correspondent pas à celles qui l’ont conditionné, il a tendance à les modifier pour combler la différence, pour le meilleur et pour le pire ».

  • Certaines personnes ressentent en elles un manque de maternage si profond qu’elles en tombent malades, ou subissent de graves blessures, afin d’être enfin « maternées ». Ces maladies ou accidents pourraient aussi être un moyen inconscient de rétablir la sensation de mal-être connue lors des premiers mois de la vie, selon les stabilisateurs du continuum déjà évoqués.
  • Notre goût prononcé pour les montagnes russes et films d’horreur traduirait le manque de la période « dans les bras ». Ces deux situations permettent en effet de connaître des sensations fortes tout en se sentant bien en sécurité, comme le bébé continuum lorsqu’il vit toutes ses intenses expériences bien sécurisé contre le corps de sa mère.
  • De nombreux drogués replongent malgré qu’ils soient physiquement sevrés de leur addiction, parce que la sensation de bien-être absolu que leur procure la drogue serait équivalente au bien-être du bébé porté lors de la « période des bras », qu’ils n’ont pas connue. Il serait aussi équivalent au bien être « normal » que l’on devrait connaître en étant adulte, mais que l’on ne connait pas et ne connaîtra jamais à cause du non-respect de notre propre continuum. Les drogués seraient donc les seuls adultes de nos sociétés à connaître cette sensation de grande plénitude, et une fois qu’ils y auraient goûté, ne pourraient plus s’en passer…

Et encore, je dois en oublier ! Certaines affirmations me paraissent totalement « tirées par les cheveux », et à la fois plausibles à la réflexion… Je crois que la partie la plus dérangeante et déprimante est pour moi le côté « bonheur perdu », et surtout cette histoire de stabilisateurs du continuum ! Je trouve que c’est à la fois difficile à croire vraiment, à la fois le raisonnement se tient, mais en même temps on n’a pas envie d’y croire, c’est trop noir, et tellement dénué de tout espoir !

Je pense qu’il convient tout de même de relativiser les propos de ce livre selon lesquels nous ne pourrions jamais être pleinement heureux. Je pense qu’il y a probablement du vrai, oui sûrement. Mais je refuse de me dire que je ne pourrai jamais être pleinement heureuse, que ce doit être une fatalité. Et même si c’était vrai, même si la plénitude ressentie par les Yékwanas était impossible à atteindre pour nous (ce que je veux bien croire), que cela ne nous empêche pas de tout faire pour être heureux dans la vie, à notre propre niveau : en écoutant nos sentiments et nos besoins réels pour chercher à les satisfaire, et surtout de prendre la peine de reconnaître et savourer bonheur quand il est là ! Parce qu’après tout, la vie peut être belle même pour nous, non ? :)

POUR CONCLURE

J’aime beaucoup la conclusion de Jean Liedloff alors je la reprend telle quelle ^^ :

« Sans attendre de changer complètement la société, nous pouvons nous comporter correctement envers nos nouveaux-nés et leur donner une base solide à partir de laquelle ils seront capables d’affronter n’importe quelle situation. Au lieu de les priver de manière à ce qu’ils soient tiraillés entre le monde extérieur et leurs conflits internes, nous pouvons les amener à être forts et à relever n’importe quel défi du monde extérieur.

Une fois que nous prendrons entièrement conscience des conséquences de notre attitude envers les bébés, les enfants, le autres et nous-mêmes, et que nous apprendrons à respecter notre vraie nature, nous ne pourrons que découvrir en nous un énorme potentiel de bonheur ».

❤️

23 réflexions sur “Le concept du continuum : un livre bouleversant !

  1. fanny dit :

    Oh c’est incroyable, c’est le bouquin que je suis en train de lire et le prochain dont je vais parler sur mon blog dans le cadre de mon défi lecture : https://naissance-enfance-nature.com/defi-lecture-pendant-grossesse/
    !!!!
    Du coup je me permets de poster ce commentaire sans lire ton article, histoire de faire le mien bien à ma sauce…
    Mais dès que je l’aurai publié, je reviendrai voir ce que toi tu en as dit avec grand plaisir !
    Ce livre a tout l’air d’être une révélation pour beaucoup de parents…
    😉

      • fanny dit :

        Coucou !

        Et bien voilà j’ai moi aussi fait ma petite chronique de ce magnifique livre :

        https://naissance-enfance-nature.com/le-concept-du-continuum/

        J’ai lu ton article que je trouve très complet. Bravo et merci. J’ai moi-même volontairement fait une interprétation plus résumée et personnelle.

        Nous avons la même dernière phrase d’article ! lol

        Quel bonheur de lire ce livre quand on a toujours été tenté de suivre ce chemin qui n’est pas celui vers lequel notre société nous pousse…

        Bises à toi 😉

  2. Claire dit :

    C’est vraiment un magnifique résumé.
    Ce livre a été pour moi un bouleversement et une révélation à la fois. Il m’a profondément parlé et marqué. Alors, effectivement, nous ne vivons pas dans la jungle, le contexte est différent, mais comme tu le dis très bien, le maternage proximale et la parentalité « positive » peuvent nous permettre de s’en approcher.
    Comme tu le dis également, je pense qu’il n’y a pas de vérité générale et chacun doit faire ce qui lui semble le mieux.
    Enfin, c’est un des livres que j’ai lu qui m’a le plus marqué.

    • Floriane dit :

      Je te rejoins sur tout ces points, je pense que je ne suis pas prête d’oublier ce livre, et c’est bien rare qu’une lecture me marque à ce point ^^
      Et oui malgré ses côtés un peu sombres, il me conforte également dans de nombreux choix et de ce côté là il fait du bien ! J’aurais probablement dû le dire aussi ^^
      Merci pour ton commentaire :)

  3. Manon dit :

    Hihi, je suis en pleine lecture aussi. J’arrive sur le bout en 3 jours par contre. Il y aura aussi un article sur mon blog, mais certainement moins complet que le tien.
    Comme tu dis, surtout, nous ne devons pas culpabiliser. Je me rappelle comme j’ai été vulnérable aux conseils mes premières semaines de maman. Materner comme je le fais n’est pas courant dans mon entourage. Après, presque 5 mois, je me sens déjà beaucoup plus forte dans mon rôle. Et à mon avis, ce sentiment se renforcera au fur et à mesure des mois. Je pense que dans notre société, il n’est pas facile de trouver sa voie, car on dit tout et son contraire.
    Par contre, en le lisant, je me rends compte que ça ressemble beaucoup au livre qui aurait pu créer le mouvement du maternage proximal et de la parentalité positive. Mais je pense que si on écoute un peu ses tripes plutôt que les bons conseils, on ferait beaucoup de choses comme les Yékwanas parce que c’est instinctif.
    Comme tu le dis aussi, l’auteure va parfois loin dans ses idées en confrontant les civilisés aux Yékwanas. Le livre peut ne pas bien passer auprès de tous, mais il propose des choses très intéressantes. Je connais par exemple quelqu’un qui a développé une maladie à la naissance de son premier enfant. Sa femme s’est dévouée à son chevet au point de délaisser son propre fils. En tombant malade, il a donc trouvé une femme pour le materner. C’est un processus inconscient, mais avec le recul des années, tout l’entourage y voit maintenant une somatisation. Je comprends que certains concepts choquent mais la plupart me parlent. Je pense que ces dernières années, grâce à l’avancée des recherches notamment, certains auteurs peuvent faire passer des messages similaires en étant plus grand public.
    Mais ça restera pour moi un essentiel de la bibliothèque du parent proximal !
    Concernant le bonheur, à force de travail sur soi et d’une bonne hygiène de vie mentale, je suis convaincue qu’on peut y arriver. Il faut du courage et pouvoir se regarder en face.
    Merci pour ton bel article. Je devrai le relire, mais il est bien complet et intéressant.

    • Floriane dit :

      Merci à toi pour ton commentaire si pertinent et enrichissant !
      Effectivement, je pense aussi que ce livre peut permettre de mieux comprendre certaines situations difficiles de la vie, et en ce sens c’est très intéressant et constructif.
      Et oui, il encourage les mamans à écouter leur instinct, et ça c’est très important :)

  4. Natacha dit :

    Bonjour Floriane,
    j’ai moi aussi adoré ce livre. je l’ai lu plusieurs fois et ai l’impression d’aller plus profondément dans ma compréhension au fil des lectures.
    J’en ai moi-même fait un résumé que tu peux voir ici, si le coeur t’en dit :
    https://heureux-sans-couches.com/change-ma-parentalite/
    Par contre, en grande adepte de l’HNI, je n’ai jamais remarqué que Jean Liedloff y faisait mention dans son livre. Et pourtant j’ai bien cherché (trop?).
    Merci de m’avoir ouvert les yeux sur ce point, lire un autre point de vue que le mien sur ce livre me fait très plaisir :)
    Natacha

    • Floriane dit :

      Bonjour Natascha,
      Merci pour ton article, je trouve que c’est vraiment un beau résumé !
      Pour le HNI, elle n’en parle pas sous ces termes, mais signale dans la description de la phase « dans les bras » que le bébé est toujours porté, et que lorsqu’il a envie de faire, sa mère l’éloigne d’elle en vitesse pour ne pas être souillée, j’ai donc fait le rapprochement…
      A bientôt :)
      Floriane.

  5. Sara dit :

    Superbe article, tres riche ! C’est un livre qui attend gentiment sur ma table de nuit, j’ai envie de le lire depuis longtemps mais j’attends d’être vraiment prête ! Je culpabilise encore beaucoup d’avoir repris le travail (évidemment par obligation et non par choix) alors que ma fille refusait le biberon et ne se nourrissait pas pendant mes presque 9h d’absence. Je sais qu’elle a passé des journées tres difficile a cause de ca et je pense d’ailleurs que aujourd’hui a 22 mois si nous n’arrivons pas a la sevrer c’est bien que je porte en moi cette culpabilité qu’elle doit ressentir ! Bref je sais que ce livre va me remuer alors j’entend encore un peu meme si ton article m’a redonné l’envie de le lire !

    • Floriane dit :

      Effectivement la reprise avait l’air difficile :(
      Je pense que tu as raison d’attendre d’avoir mieux « digéré » ta reprise, un cœur de maman est fragile 😉
      Courage pour tout et à bientôt ! :)

  6. lola dit :

    Heureuse de voir que tu l as finalement fini et que tu,en retire finalement plus de possitif que de cupabilitee. Bel article hyper complet. Quel travail! Impatiente d en parler avec toi….

  7. Mazade dit :

    Merci!!!!!!!! Cela fait du bien et permet d y voir un peu plus clair!! Je travaille dans une crèche et j utilise tous ces supports pour en parler avec mes collègues et y réfléchir……!!!!

  8. Adeline Le Gorrec dit :

    Bonjour, je viens de lire votre article qui est très intéressant et le livre doit être aussi très intéressant… Mais voilà que votre article me fait culpabiliser (je ne dis pas ça à mal, ne vous inquiétez pas)

    Je suis maman d’un petit garçon de presque 6 mois. J’essaye de faire au mieux pour élever mon petit bébé avec son papa en respectant son rythme au mieux sans que notre vie de couple s’y perde aussi. Est-ce peut-être égoïste de notre part?! Je ne sais pas, mais c’est difficile dans notre société de tout concilier.

    Désolée si je paraîs confuse, mais cet article m’a tellement bouleversé que je ne sais plus si se que je fais est bien. Enfin bref, je sais que je me mets sûrement la pression car je veux faire au mieux pour mon fils.

    Je l’allaite, mais ne pratique pas le cododo. Au moindre pleurs je le rassure au mieux. Je vais commencer la DME. J’ai pris un congé parental de 6 mois et je me demande même si je ne vais pas le rallonger pour profiter de lui au mieux. Et croyez moi je passe pour une folle, car selon eux la vie de maman c’est bien, mais il faut savoir vivre autrement qu’avec toujours son bébé… Mais où est le mal à vouloir le mieux pour son tout petit?! Je veux dire par là que pour mon ce n’est pas faire un sacrifice mais donner tout se que je peux pour mon enfant!! Et ça, ce n’est pas compris par l’entourage.

    Malheureusement je ne sais pas si financièrement je pourrais rester en congé parental et ça me fends le coeur car pour moi mon fils n’a besoin que de moi et de son papa au tout début de sa vie pour devenir indépendant par la suite. Mais ça se trouve je me trompe complètement…

    Je n’ai pas eu une enfance malheureuse, mes parents ont tout fait pour qu’on soit bien. Mais nous avons toujours vécu dans des non dit qui maintenant à 28 ans fait de moi une personne qui parle peu car je n’ai pas appris à dire quand ça n’allait pas… Ce soucis pose parfois problème dans mon couple et ça me blesse énormément mais aussi mon conjoint. Je suis parfois en colère contre mes parents qui ont laisses passés nos sentiments/émotions pour de la faiblesse.

    C’est pour ça que je veux apprendre à mon fils qu’il peut parler librement de tout. S’exprimer sur ses sentiments et surtout mettre des mots sur ses maux… Je pense qu’un enfant épanoui doit pouvoir parler sans avoir peur d’être jugé.

    Désolée je m’éloigne du sujet de votre article, mais je pense que c’est un peu la continuité de l’article. Si nous ne pouvons pas garantir un continuum parfait car nous ne sommes pas dans la jungle. Nous pouvons leur apprendre à s’exprimer sur tout et les laisser apprendre par eux même en les accompagnant au mieux. Car je pense que notre rôle est d’être des accompagnants, des personnes qui ne veulent que du bien pour nos enfants. Nous sommes là pour les aider à vivre au mieux tout en étant accompagner pour affronter cette belle aventure qu’est la vie.

    Je ne veux pas contraindre mon enfant pour qu’il rentre dans le moule que la société impose. Ça ne sera pas facile mais je veux que mon enfant soit épanouie.

    Je vous dit merci pour votre article. Autant j’ai culpabilisé, mais en écrivant ce commentaire je me rends compte que je fais au mieux pour mon fils avec son papa et tant qu’on sera là pour lui il sera bien et heureux enfin je l’espère.

    Alors peut-être que je ne pourrait pas suivre le continuum, mais en écoutant au mieux mon fils, finalement c’est peut-être ça le continuum. Suivre l’instinct de son enfant tout en le guidant pour qu’il avance au mieux dans son enfance et dans sa vie d’adulte.

    P.S: désolée je me trompe peut-être complètement par rapport à votre article. Mais je vois ça comme ça. J’ai peut-être trop simplifié, mais je ne pense pas que de culpabiliser tout le temps soit bon pour le parent et l’enfant. Alors faire au mieux est toujours mieux que de ne rien faire!!

    • Floriane dit :

      Bonjour Adeline et merci pour votre commentaire qui m’a beaucoup touchée !
      A vous lire, je peux vous assurer que vous êtes une super maman et que vous n’avez pas de quoi culpabiliser ! Comme je le disais dans l’article, si vous ne vous sentez pas de pratiquer le cododo, je ne pense pas qu’il serait une bonne idée de vous forcer « pour le continuum »… Répondre à tous ses pleurs est bien l’essentiel à mon sens. Je trouve votre conclusion très juste : on fait au mieux selon les moyens et les conditions dont on dispose. Tout ce que vous faites pour votre fils, c’est énorme, surtout dans notre société ! Je suis convaincue qu’il deviendra un adulte épanoui et bien dans sa peau étant donné l’écoute dont vous faites preuve.
      Effectivement nous ne vivons pas dans la jungle et ni notre environnement ni notre passé ne nous permettent d’assurer un continuum à 100%. Mais essayer de s’en rapprocher un maximum, c’est déjà beaucoup, et c’est exactement ce que vous faites ! :)

    • Mon Utérus dit :

      Votre commentaire est hyper touchant ! Il ne m’est pas adressée mais je suis obligée d’y répondre !
      Lire des livres comme Le Concept du Continuum, L’art de l’allaitement maternel (LLL), Etre parents la nuit aussi (Sears), les livres de DidierJeanJouveau ( ou juste son site), les livres de Gueguen, de Filliozat, les livres de Dumonteil-Kremer etc ne doivent PAS vous faire culpabiliser.

      Ils doivent simplement vous libérer de cette pression sociale qui consiste à tout faire pour que vous ne viviez pas votre rôle de mère comme VOUS L ENTENDEZ.

      Je suis très touchée par votre commentaire car je me revois dans certains moments de doutes.

      Je vous invite vraiment à aller faire un tour dans mon blog, je le fais même pas pour la pub car à vrai dire, je suis une vraie brêle sur Internet et je suis incapable de commercialiser quoique ce soit, mais si mon blog peut vous aider VOUS et n’importe qui qui lit ce commentaire et qui se pose des questions dans sa parentalité car l’entourage est oppressant, intrusif et étouffant, alors je vous assure que aurez un sentiment cathartique après avoir fait le tour de mes articles !!

      Soyons solidaires, et on y arrivera :)

      Mon Uterus

      http://monuterus.blogspot.com

  9. Mon Utérus dit :

    Ahhhhhhh mais qu’est ce que je suis contente de voir cet article ICI !!!!

    Décidément on aura souvent abordé sensiblement les mêmes sujets !! Est-ce à la suite de mon commentaire que vous aviez lu ce livre ou pas du tout ? Je me rappelle vous avoir justement envoyé un lien de mon article sur Le Concept du Continuum.

    Peu importe. Simple question de curiosité.

    J’ai lu avec beaucoup d’attention votre article et je me suis rendue compte qu’il y avait de la culpabilité et des regrets derrière en repensant aux réactions de votre enfant … Et effectivement, on ne vit pas dans la jungle, pas au même rythme et votre amie a parfaitement raison ! Les écrans, la vie qu’on mène est à des années lumières de ce qui est décrit dans ce livre.

    Ce livre m’a aidé à simplement vivre ma maternité et mon maternage sans me poser aucune question type  » mauvaises habitudes et compagnie « .
    Je fonce droit devant et je n’écoute pas les « pédiatres de bons conseils ».

    Bon, moi je suis beaucoup moins régulière que vous dans mon blog mais je n’en fais pas mon métier, cela dit j’aime bien vous donner des nouvelles quand je ponds car je suis sûre que ça vous plaira ! On a vraiment beaucoup de points communs. Ma mère vous lit du coup et elle me dit  » j’ai l’impression que c’est toi qui écris tellement j’ai l’impression de t’entendre  » haha ^^

    Voici mon dernier article : https://monuterus.blogspot.fr/2018/01/15-mois.html

    Je vous souhaite une très belle année 2018 et je continuerai de lire avec un grand plaisir chacun de vos articles le soir avant de dormir !

  10. Mélissa Maltais dit :

    Je suis en pleine lecture de se livre… plus de la moitié de lu… il est complètement bouleversant. Par contre, pas tout à fait inattendu.. Pour moi, il est un lien solide entre tout ce qui touche la parentalité bienveillante, la philosophie de Maria Montessori, et toutes les écoles de pensées qui amène l’enfant au coeur de la société. Je me rend compte que ce livre est comme un pilier central à tout cela. Il valide bien la façon dont notre société « civilsée » a échouée. Il est vrai que c’est parfois culpabilisant mais étant nous-même victime de cette cassure du continuum, en prendre conscience nous permet maintenant de rétablir au mieux, par la parentalité bienveillante et le respect profond de nos enfants, un problème qui a commencé depuis déjà trop longtemps. Ce livre est pour moi fascinant et je ne manquerai certainement pas de le relire :)

    • Floriane dit :

      Merci beaucoup d’avoir partagé ton ressenti ! Je te rejoins tout à fait, ce livre confirme beaucoup de choses que l’on essaie malgré tout de mettre en pratique avec la bienveillance, la pédagogie Montessori, etc. Il fait magnifiquement bien le lien entre tout ça, et tu as raison, c’est ce qu’il faut retenir avant tout

  11. papelhilo dit :

    c’est très intéressant, cette vision d’un peuple si différent de nous ! et (comme chacun) je suis passée un peu par l’effet culpabilisant de ces théories, puis je me suis dit que nous pourrions aussi chercher ce que notre société occidentale peut avoir de « mieux » (ce n’est pas une course à l’éducation, bien sûr !!) que cette société tribale … peut-être une vision différente de la liberté, dans le sens où il existe la possibilité de vivre des styles de vie très différents les uns des autres ; la possibilité d’assouvir notre curiosité (quelle qu’elle soit : voyages, lectures, etc) … choses probablement plus compliquées « en pleine jungle » !! Donc on pourrait considérer ces éléments-là, que nous transmettons à nos enfants, comme une « compensation » à la perte de certains aspects du continuum !!